40 ans d'extrême droite...

40 ans d’extrême droite en France, ce sont les têtes qui se baissent sous le poids de quelque chose qui s’est installé trop lentement sur les épaules pour qu’on le sente…

 

 

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40 ans d’une présence forte de l’extrême droite dans ce pays, ça commence comme ça. Je pose ce fait, je le répète, ou je le dis autrement : ça fait 40 ans, l’extrême droite qui s’installe dans ce pays, qui infuse et contamine les pensées. Il y a ça, dans le corps de la France, qui travaille, qu’on ne sait pas reconnaître, dont on ne sait pas mesurer l’ampleur et surtout qu’on ne peut pas localiser précisément, parce que ça a tout imprégné. Tout. Le corps entier.

  C’est cette agressivité qu’on ne retrouve dans aucun autre pays voisin, ces regards méfiants qu’on croise, qui s’inquiètent d’abord, ces mères qui parlent mal à des enfants si petits qu’on a du mal à croire qu’ils aient pu venir déjà à bout d’une patience, ces amants qui se maltraitent dans ce qu’il peut y avoir de plus délicat dans la vie, l’intimité, cette hostilité, partout, dans la rue, au travail, à la maison. Nulle part ailleurs, l’autre est à ce point perçu comme ce contre quoi on doit avant tout se défendre ou se protéger, quitte, forcément, à attaquer le premier.

  40 ans d’extrême droite en France, c’est les bruits de la vie qu’on intimide, le rire, les chants qui se taisent parce que les gens autour sont déjà tellement exaspérés… On ne fait pas la fête dans les rues en France, jamais, pas comme dans les autres pays, avec ces rumeurs de joie qui hantent les villes toute la nuit, Lisbonne, Barcelone, Berlin, non, on rentre chez soi…

  Il n’y a pas de quoi se réjouir de toute façon, il n’y a plus rien à espérer… On ne refait pas le monde après 40 ans d’extrême droite en France, les vies paraissent impossibles, l’avenir est triste… Les têtes se baissent sous le poids de quelque chose qui s’est installé trop lentement sur les épaules pour qu’on le sente… On ne saurait pas le nommer… Mais on sait qu’il n’y a rien à attendre… Je ne sais pas pourquoi, parce qu’on a fatigué ses rêves, parce qu’on sait que ça ne sert à rien surtout, l’émancipation, tout ça, c’était pour les générations avant ou les fils de riches… On n’est pas dans le monde… Je ne me rappelle plus l’expression, c’est quelque chose avec des peluches… On l’entend souvent pourtant. Ca excuse la résignation et la férocité…

  Et puis, il y a des vacuoles que l’extrême droite n’a pas su atteindre. On le sent dans les gestes, dans les déplacements des corps, je ne sais pas, plus légers peut-être. C’est cet homme noir qui porte la valise de cette vieille dame blanche dans les escaliers, ce vieil homme arabe qui tient la porte et souhaite une bonne journée, cet immigré qui applaudit à une réunion politique avant de chanter la Marseillaise, cette jeune femme voilée si fière qu’on sourie à son bébé et qui raconte comme il est déjà éveillé, pour son âge, comme toutes les mères du monde, cette femme qui vient apporter du thé à des réfugiés qui, précisément, ne trouvent pas refuge, ces femmes noires, blanches, arabes qui s’amusent en regardant les enfants, ces femmes, ces hommes dont on ne voit plus les couleurs de peaux, de cheveux, d’yeux qui profitent des beaux jours, ceux-ci en jouant au ballon, ceux-là plus loin en pique-niquant, là en faisant un tour de barque, et ici en s’essayant à la chanson, sous le même soleil du printemps, avec la certitude de quelque chose comme la bienveillance qu’on a les uns pour les autres, parce qu’on est là, qu’on vit ensemble, que c’est doux aussi et qu’on ne va pas se pourrir la vie de toutes façons.

 

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