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24 Avril 1871
On se souvient que les premières tensions entre les courants qui animent la Commune étaient apparues quant à la publicité des débats au conseil. Les partisans du projet communal, convaincus par la démocratie la plus directe, espéraient la transparence des débats, voire la participation des citoyens aux prises de décisions. Ils n’avaient pas réussi à convaincre une majorité de membres de la Commune.
Ces tensions sont loin de se relâcher. Il y a quelques jours, Pierre Denis, un des fervents penseurs du projet communal, revenait à la charge dans le Cri du Peuple, pour en défendre le principe : « le peuple, c’est-à-dire l’ensemble des citoyens, est capable de se gouverner lui-même ». Et d’insister : « l’idée révolutionnaire, républicaine, fédérative, est supérieure à la tradition autoritaire, centralisatrice et monarchique ». Très vite, à mots plus ou moins couverts, il reproche à la Commune de ne pas avoir « le sens exact de la situation ». Il souhaiterait que le conseil communal montre l’exemple, même dans les « difficultés » et reste « en communion » avec les citoyens. « Les adversaires et les ennemis de la Révolution » trouveront toujours à redire, d’après l’auteur de la tribune, qui regrette que la Commune puisse prêter le flan aux critiques et aux exagérations. Sans le dire tout à fait, on comprend qu’il souhaiterait que la Commune renonça tout à fait au pouvoir dont elle hérite, « une régime gouvernemental, oppressif et onéreux », pour mettre en place de nouvelles modalités dans la prise de décisions, qui intègreraient une « opinion publique » déjà « presque tout entière d’accord sur le programme de la révolution communale ». Pour traduire une pensée qu’il n’ose pas formuler tout à fait, selon lui, par des « maladresses, des erreurs ou des fautes », les membres de la Commune donnent matière à ceux qui veulent les peindre en dictateurs et s’aliènent le soutien du peuple.
C’est à ce reproche qu’Auguste Vermorel, un membre de la Commune, répond indirectement dans sa feuille l’Ami du Peuple, qui revient sur un décret qui participait à donner cette impression de pouvoir autoritaire : la menace d’exécuter deux prisonniers pour chaque communeux fusillés par les versaillistes. Sil admet que la loi des otages « avait un caractère terrible ; elle consacrait le principe de représailles », il considère pourtant qu’elle « était l’œuvre d’une politique prévoyante et vraiment humaine ». Et d’expliquer son raisonnement : « Son effet fut immédiat. Devant cette menace de représailles, énergiquement formulées, les brigands de Versailles cessèrent aussitôt leurs atrocités ». On comprend que dans son esprit il s’agissait d’une intimidation qu’il n’a jamais vraiment été question d’exécuter.
On mesure le peu de marges de manœuvre dont dispose la Commune : répondre à la brutalité d’un gouvernement autoritaire, c’est s’aliéner le soutien du peuple et trahir ses principes ; montrer l’exemple d’un pouvoir démocratique, dans lequel les modalités de prises de décisions ne connaissent pas l’autorité, c’est s’assurer de l’échec à court terme, car les soldats de ce gouvernement sont là, prêts à écraser un projet avant même qu’il ne se déploie.
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