Glenn Greenwald : La comédie hypocrite de Hollande sur Edward Snowden et la NSA (traduction)

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Voici une traduction d’un passage que Glenn Greenwald – le journaliste américain qui a révélé l’espionnage de masse contres les Européens engagé par la NSA – consacre à ces « chefs européens » toujours prêts à courber l’échine pour les États-Unis : aussi prêts à collaborer à la torture, au kidnapping ou à l’espionnage avec la CIA qu’à punir ceux qui révèlent ces crimes. On y voit son style nécessairement verbeux, cette colère sainte, ce sarcasme avec toujours le même objectif : documenter et démontrer avec la rigueur d’un procureur l’hypocrisie et l’abus de pouvoir des puissants afin de susciter l’indignation et la mobilisation des citoyens.

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Maintenant nous arrivons aux des divers États de l’UE. Ces chefs viennent de passer une semaine à feindre toutes genres d’indignation vertueuse à propos des révélations que la NSA utilisait des mesures extrêmes pour espionner à tort et à travers non seulement de manière massive sur les communications de leurs citoyens mais aussi sur leurs propres ambassades et consulats – des choses qu’ils ont appris grâce au sacrifice d’Edward Snowden en choisissant de révéler au monde ce qu’il avait découvert au sein de la NSA.

Mais mardi soir, les gouvernements de trois de ces pays – la France, l’Espagne et la Portugal – ont soudainement retiré les droits de survol pour un avion portant le président bolivien Evo Morales, qui tentait de rentrer chez lui d’une conférence en Russie. Cette action a forcé la diversion de l’avion de Morales en Autriche, où il est resté pendant 13 heures avant de pouvoir partir ce matin (3 juillet 2013).

Ces gouvernements européens ont fait cela parce qu’ils soupçonnaient – à tort, paraît-il maintenant – que l’avion de Morales portait également Snowden : la personne qui les a permis d’apprendre que la NSA espionnait sur leurs citoyens et sur eux-mêmes, à propos de quoi ils prétendaient s’indigner. Ils voulaient empêcher physiquement la Bolivie d’envisager ou de donner raison à la demande d’asile de Snowden, à un droit séculaire du droit international. En même temps, le gouvernement allemand – qui a mené les condamnations rituelles de l’espionnage de la NSA que Snowden a révélé – a sommairement rejeté la demande d’asile de Snowden quasiment au moment même que celle-ci est tombée sur leurs bureaux.

Un rapport de 2013 de la Open Society documente que l’Espagne et le Portugal font partie des nations qui ont participé de diverses manières aux vols de renditions – c’est-à-dire de kidnapping – des États-Unis. En particulier, le rapport indique que « l’Espagne a autorisé l’utilisation de son espace aérien et de ses aéroports pour des vols associés au système carcéral secret de la CIA et aux opérations d’extraordinary renditions. Pareillement, « le Portugal a autorisé l’utilisation de son espace aérien et de ses aéroports pour des vols associés aux opérations d’extraordinary renditions de la CIA. » La justice française a enquêté précédemment sur des informations selon lesquelles le gouvernement français aurait consciemment autorisé la CIA à utiliser son espace aérien pour des renditions.

Ainsi ces États européens sont parfaitement heureux d’autoriser un pays – quand il s’agit des États-Unis – à utiliser leur espace aérien pour kidnapper des gens de part le monde sans procès en bonne et due forme. Mais ils empêcheront physiquement un avion portant le président d’un État souverain – quand il vient d’Amérique latine – pour saboter le processus bien connu de demande d’asile contre la persécution politique (et oui : les États-Unis persécutent les lanceurs d’alerte).

Tout cela à l’odeur du genre de parfait impérialisme et de colonialisme qui révolte la majorité de l’Amérique latine, et qui démontre encore l’hypocrisie des leçons américaines et ouest-européennes sur le sacré État de droit. Ceci est le comportement de nations-voyous. Comme l’a expliqué[ironiquement] le professeur de droit Sarah Joseph :

Bravo EU states. You allowed rendition flights. But not Bolivian prez due to bogus belief the guy who revealed mass spying on you onboard

— Sarah Joseph (@profsarahj) July 3, 2013

 

[Bravo aux Etats de l’UE. Vous avez autorisé des vols de renditions. Mais pas le prés bolivien à cause de la perception erronée que le type qui a révélé l’espionnage de masse sur vous était à bord]

Comme l’Index de la Censure a dit aux Etats de l’UE ce matin : « Les membres de l’UE ont un devoir de protéger la liberté d’expression et ne devrait pas interférer dans les tentatives de demande d’asile d’un individu. Edward Snowden est un lanceur d’alerte dont les droits d’expression devraient être protégés et non criminalisés. »

Comme d’habitude, les officiels étasuniens et leurs sbires qui invoquent « le droit » pour exiger la punition sévère d’individus impuissants (Edward Snowden, Bradley Manning), exploitent du jour au lendemain ce même concept pour protéger les officiels politiques étasuniens, leurs maîtres et leurs alliés des pires crimes : la torture, les écoutes sans mandat, les renditions, la fraude fiscale systémique, tromper le Congrès et le peuple américain à propos de leur surveillance. Si vous passez votre temps à demander la tête d’Ed Snowden mais pas celui de James Clapper [chef de la NSA qui q menti au Congrès étasunien à propos des données collectées], ou si vous êtes obsédé par les traits de caractères de Snowden (narcissiste !) fabriqués de toute pièce [par les médias] mais que vous êtes indifférent à la surveillance envahissante et hors de contrôle de la NSA, il vaut probablement la peine de prendre quelques moments pour réfléchir à ce que révèle ce schéma de priorités.

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