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Billet de blog 20 mai 2013

Réponse à Quatremer : Le machin maastrichtien a été fait pour rester sur pilote automatique

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Le journal populaire Bild, le plus lu d’Allemagne, offre le casque prussien à Mario Draghi, alors nouveau président de la Banque centrale européenne.

Je republie, légèrement retouché, ce commentaire que j’ai écrit en réponse à un article de Jean Quatremer sur Newsring sur un sondage Pew pointant la montée de l’euroscepticisme à travers l’Europe et notamment en France. Quatremer pense que la crise européenne s'agit d'un problème de personnel et qu'un démocratisation est possible. J'explique que, pour la zone euro, l'antidémocratie est problème structurel et non-résolvable parce qu'inscrit dans les traités et découlant de différences culturelles profondes entre les nations.

***

Quatremer écrit : « C’est donc l’UE que l’on rejette, et non la politique menée par le président de la Commission Européenne. Ne serait-il pas plus logique d’interroger les Européens sur leur confiance envers José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy ou Catherine Ashton ? »

Vous faites mine d’ignorer que ces politiques sont inscrites dans les traités européens et ne sont, juridiquement, modifiables par aucune majorité démocratique.

Au contraire, personne, ni au Conseil ni aux parlements européen et nationaux, n’est habilité pour remettre en cause l’euro cher, la liberté totale des mouvements des capitaux, l’interdiction de la relance (de style Obama ou Abe, par exemple) ou la dépendance artificielle des États sur les marchés pour se financer. Comme prédit par Philippe Séguin, on réduit mécaniquement les déficits en temps de crise d’une manière anti-keynésienne, quels que soient la volonté démocratique des peuples, la situation sociale ou les effets sur la croissance et l’emploi.

S’il y a exception à ces règles, celle-ci n’est pas décidée par une majorité démocratique au niveau national ou européen, mais par des fonctionnaires européens « indépendants » à la légitimité démocratique nulle ou fort douteuse. C’est-à-dire le Commissaire Olli Rehn et le Président Mario Draghi. Nous sommes dans l’arbitraire et l’irresponsabilité démocratique le plus absolu.

Juridiquement, la Banque centrale européenne décide seule de la politique monétaire, y compris le financement des banques et (indirectement) des États, en toute « indépendance », c’est-à-dire avec un contrôle démocratique par le Parlement européen absolument dérisoire. L'élaboration de ce système antidémocratique, observé dès l'origine même par des europhiles comme Paul De Grauwe, date de 1992 et a été demandé par les Allemands. C’est-à-dire que la technocratie est dans le code génétique-même de la zone euro. Et, n’en déplaise aux chantres de l’Europe fédérale, je ne pense pas que les Allemands soient prêts à avoir une politique économique européenne démocratique, c’est-à-dire déterminée et soutenue par une majorité d’élus, dès lors qu’ils sont minoritaires dans une zone euro composée d’une majorité latino-périphérique qui ne partage pas leur « vertu prussienne ».

Le machin maastrichtien a été fait explicitement pour rester sur « pilote automatique » quels que soient les changements de majorité démocratique, indifférent aux vulgaires élections. Ceci était déjà expliqué dans les années 90 par des économistes comme Paul Krugman. Le principe fondamental de l'Union économique européenne est la déparlementarisation de la politique économique (monétaire, puis budgétaire, bientôt tout ce qui touche au travail et aux salaires). Or, les préoccupations des Européens sont aujourd’hui avant tout économiques. Aucune surprise donc que les « citoyens » européens rejettent cette Europe autocratique et austéritaire sur laquelle ils n’ont aucune prise.

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