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Billet de blog 9 septembre 2022

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Le Fleuve (traduction d'un poème de Javier Heraud)

El Río est un poème de Javier Heraud (Lima, 19 janvier 1942 - Puerto Maldonado, 15 mai 1963), auteur péruvien, extrait de Poesías completas y homenaje.

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      El Río

.

La vida baja como un ancho río.

Antonio Machado

.

    1

.

Yo soy un río,

voy bajando por

las piedras anchas,

voy bajando por

las rocas duras,

por el sendero

dibujado por el

viento.

Hay árboles a mi

alrededor sombreados

por la lluvia.

Yo soy un río,

bajo cada vez más

furiosamente,

más violentamente

bajo

cada vez que un

puente me refleja

en sus arcos.

.

    2

.

Yo soy un río

un río

un río

cristalino en la

mañana.

A veces soy

tierno y

bondadoso. Me

deslizo suavemente

por los valles fértiles,

doy de beber miles de veces

al ganado, a la gente dócil.

Los niños se me acercan de

día,

y

de noche trémulos amantes

apoyan sus ojos en los míos,

y hunden sus brazos

en la oscura claridad

de mis aguas fantasmales.

.

     3

.

Yo soy el río.

Pero a veces soy

bravo

y

fuerte

pero a veces

no respeto ni a

la vida ni a la

muerte.

Bajo por las

atropelladas cascadas,

bajo con furia y con

rencor,

golpeo contra las

piedras más y más,

las hago una

a una pedazos

interminables.

Los animales

huyen,

huyen huyendo

cuando me desbordo

por los campos,

cuando siembro de

piedras pequeñas las

laderas,

cuando

inundo

las casas y los pastos,

cuando

inundo

las puertas y sus

corazones,

los cuerpos y

sus

corazones.

.

    4

.

Y es aquí cuando

más me precipito

Cuando puedo llegar

a

los corazones,

cuando puedo

cogerlos por la

sangre,

cuando puedo

mirarlos desde

adentro.

Y mi furia se

torna apacible,

y me vuelvo

árbol,

y me estanco

como un árbol,

y me silencio

como una piedra,

y callo como una

rosa sin espinas.

.

    5

.

Yo soy un río.

Yo soy el río

eterno de la

dicha. Ya siento

las brisas cercanas,

ya siento el viento

en mis mejillas,

y mi viaje a través

de montes, ríos,

lagos y praderas

se torna inacabable.

.

    6

.

Yo soy el río que viaja en las riberas,

árbol o piedra seca

Yo soy el río que viaja en las orillas,

puerta o corazón abierto

Yo soy el río que viaja por los pastos,

flor o rosa cortada

Yo soy el río que viaja por las calles,

tierra o cielo mojado

Yo soy el río que viaja por los montes,

roca o sal quemada

Yo soy el río que viaja por las casas,

mesa o silla colgada

Yo soy el río que viaja dentro de los hombres,

árbol fruta

rosa piedra

mesa corazón

corazón y puerta

retornados.

.

     7

.

Yo soy el río que canta

al mediodía y a los

hombres,

que canta ante sus

tumbas,

el que vuelve su rostro

ante los cauces sagrados.

.

     8

.

Yo soy el río anochecido.

Ya bajo por las hondas

quebradas,

por los ignotos pueblos

olvidados,

por las ciudades

atestadas de público

en las vitrinas.

Yo soy el río

ya voy por las praderas,

hay árboles a mi alrededor

cubiertos de palomas,

los árboles cantan con

el río,

los árboles cantan

con mi corazón de pájaro,

los ríos cantan con mis

brazos.

.

    9

.

Llegará la hora

en que tendré que

desembocar en los

océanos,

que mezclar mis

aguas limpias con sus

aguas turbias,

que tendré que

silenciar mi canto

luminoso,

que tendré que acallar

mis gritos furiosos al

alba de todos los días,

que clarear mis ojos

con el mar.

El día llegará,

y en los mares inmensos

no veré más mis campos

fértiles,

no veré mis árboles

verdes,

mi viento cercano,

mi cielo claro,

mi lago oscuro,

mi sol,

mis nubes,

ni veré nada,

nada,

únicamente el

cielo azul,

inmenso,

y

todo se disolverá en

una llanura de agua,

en donde un canto o un poema más

sólo serán ríos pequeños que bajan,

ríos caudalosos que bajan a juntarse

en mis nuevas aguas luminosas,

en mis nuevas

aguas

apagadas.

.

...

.

      Le Fleuve

.

La vie s’écoule comme un large fleuve.

Antonio Machado

.

    1

.

Je suis un fleuve,

je vais m’écoulant par

les larges pierres,

je vais m’écoulant par

les roches dures,

par le sentier

dessiné par le

vent.

À mes côtés il y a des

abres assombris

par la pluie.

Je suis un fleuve,

je m’écoule chaque fois plus

furieusement,

plus violemment

m’écoule

chaque fois qu’un

pont me reflète

sur ses arches.

.

    2

.

Je suis un fleuve

un fleuve

un fleuve

cristallin le

matin.

Parfois je suis

doux et

tendre. Je 

glisse doucement

par les vallées fertiles,

je donne à boire des milliers de fois

au bétail, aux gens aimables.

Les enfants m’approchent la

journée,

et

la nuit des amants tremblants

enfoncent leurs yeux dans les miens,

et noient leurs mains

dans la claire obscurité

de mes eaux fantasmatiques.

.

    3

.

Je suis le fleuve.

Mais des fois je suis

brave

et

fort

mais des fois

je ne respecte ni

la vie ni la

mort.

Je m’écoule par les

cascades à la renverse,

je m’écoule avec furie et avec

rancoeur,

je frappe contre les

pierres encore et encore,

l’une après l’autre j’en

fais des morceaux

interminables.

Les animaux

s’enfuient,

s’enfuient en fuyant

quand je déborde

sur les champs,

quand j’ensemence de

petites pierres les

collines,

quand

j’inonde

les maisons et les jardins,

quand

j’inonde

les portes et leurs

coeurs,

les corps et

leurs

coeurs.

.

    4

.

Et c’est là quand

plus je me brusque

Quand je peux arriver

jusqu’à

ces coeurs,

quand je peux

les prendre par le

sang,

quand je peux

les regarder depuis

l’intérieur.

Et ma furie se

fait paisible,

et je deviens

arbre,

et je m’immobilise

comme un arbre,

et je me fais silencieux

comme une pierre,

et je me tais comme une

rose sans épines.

.

    5

.

Je suis un fleuve.

Je suis le fleuve

éternel de la

joie. Déjà je sens

les brises alentour,

déjà je sens le vent

sur mes joues,

et mon voyage à travers

monts, fleuves,

lacs et prairies

se fait interminable.

.

    6

.

Je suis le fleuve qui voyage par les rivages,

arbre ou pierre sèche

Je suis le fleuve qui voyage par les berges,

porte ou coeur ouvert

Je suis le fleuve qui voyage par les pâturages,

fleur ou rose coupée

Je suis le fleuve qui voyage par les rues,

terre ou ciel mouillé

Je suis le fleuve qui voyage par les sommets,

roche ou sel brûlé

Je suis le fleuve qui voyage par les maisons,

table ou chaise accrochée

Je suis le fleuve qui voyage à l’intérieur des Hommes,

abre fruit

rose pierre

table coeur

coeur et porte

retournés.

.

    7

.

Je suis le fleuve qui chante

au midi et aux

Hommes,

qui chante devant leurs

tombes,

celui qui tourne son visage

devant les voies sacrées.

.

    8

.

Je suis le fleuve qui s’est fait nuit.

Déjà je coule par les ravins

profonds,

par les peuples inconnus

oubliés,

par les villes

envahies de passants

sur les vitrines.

Je suis le fleuve

déjà je vais par les prairies,

il y a des arbres autour de moi

couverts de colombes,

les arbres chantent avec

le fleuve,

les abres chantent

avec mon coeur d’oiseau,

les fleuves chantent avec mes

mains.

.

    9

.

Arrivera l’heure

quand je devrai me

déverser dans les

océans,

mélanger mes

eaux propres avec ses

eaux troubles,

je devrai faire

taire mon chant

lumineux,

je devrai étouffer

mes cris furieux à

l’aube de tous les jours,

éclairer mes yeux

avec la mer.

Le jour arrivera,

et dans les mers immenses

je ne verrai plus mes champs

fertiles,

je ne verrai plus mes arbres

verts,

mon vent proche,

mon ciel clair,

mon lac obscur,

mon soleil,

mes nuages,

ni ne verrai plus rien,

plus rien,

seulement le

ciel bleu,

immense,

et

tout se dissoudra dans

une plaine d’eau,

où un chant ou un poème de plus

seulement seront de petits fleuves qui s’écoulent,

de grands fleuves déchaînés qui s’écoulent pour s’unir

en mes eaux à nouveau lumineuses

en mes eaux

à nouveau

éteintes.


.

* * *

Le fichier pdf:

javier-heraud-el-rio-traduction (pdf, 100.4 kB)

* * *

Illustration 2
Javier Heraud et sa soeur Victoria

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