Las revelaciones del vampiro
.
.
Los hombres escaparon, pero yo miré
y extendidos ante mí
estaban los terribles mundos
de mis sueños.
.
H.P. Lovecraft
.
.
I
.
La tarde cae redonda de sueño
El vampiro despierta
se estira
y luego se inclina ávido
clavando los dientes
en la garganta casi dormida
.
Se escucha una leve detonación
.
Y mientras bebe sorbo a sorbo
las últimas gotas de luz
Los campesinos que regresan
del trabajo
se frotan el cuello
súbitamente fatigados
.
II
.
Caníbal de mí mismo
me devoro, las manos
y luego me siento a contemplar
mis huesos cubiertos de arena
.
III
.
He sorprendido en varias ocasiones
la cabeza de un perro
pronta a saltar sobre mi cuello
en estos últimos meses
.
IV
.
Las campanas tañen
y desde la boca de los curas brota
una baba espesa
en donde los hombres quedan atrapados
pataleando
Inútilemente
.
V
.
¡Oh las blancas Catedrales
y su música de órgano!
Bach cae rodando por las escaleras
y vomita la sangre del Cordero
sobre la cabeza de un fraile
crucificado con incienso
.
VI
.
Los Angeles
entonan
su coro de alabanzas
mientras se despiojan las plumas
di
si
mu
la
da
mente
.
VII
.
El Ángel con los ojos llameantes
me gritó:
¡Pon la otra mejilla!
Yo le respondí
con un puñetazo en la boca
.
VIII
.
De noche
el silencio se pone azul
Los escarabajos parecen automóviles
y me deslumbran sus focos
mientras cruzo la plaza desierta
.
IX
.
Pelotas como helicópteros o ascensores
se descuelgan desde los edificios
La calle se llena de uvas saltarinas
De carros alegóricos
.
El día espantoso de sirenas
abre su hocico de perro
en mis orejas
.
X
.
En estos tiempos
ya nadie respeta nada
Los ciudades se derrumban
de puro desconcierto
Las gallinas
no respetan a los gallos
Los ratones
no respetan a los gatos
Los muertos
no respetan a la muerte
Los vivos
no respetan a la vida
.
XI
.
Los esclavos de la Gran City
corren en todas direcciones
Tropezando con los tachos de basura
Con pesados monumentos
Con edificios salvajes de odio
y entradas sin salidas
Los esclavos de la Gran City
corren acezantes a la oficina
Al Supermercado
Al paradero de buses
Hasta que un día exhaustos
terminan estrellados contra el suelo
con el alma vacía
y las tripas desparramadas
bajo
el sol
.
XII
.
Las balas atraviesan la calle
como hormigas
El olor a pólvora
hace estornudar
incluso a las palomas
La gente allá en la esquina
gira a cinco mil revoluciones por minuto
Mientras tanto a la puerta del café
los filósofos del siglo XXI
discuten acaloradamente
sobre la inmortalidad del cangrejo
.
XIII
.
Los perros de la Gran Ciudad
aúllan nostálgicos
recordando los viejos árboles
Mientras levantan su pata triste
contra los postes de cemento
.
XIV
.
Como mi pan magro
Pienso en Van Gogh
“el amarillo es el color de Dios”
decía
Y mientras cuento las monedas
juego distraído con sur oreja
cortada
.
XV
.
Alguna vez Toulouse Lautrec
bebió conmigo
Yo estaba solo
y vi salir a Jean D'Abril
desde mi vaso de coñac
.
XVI
.
El Amor...
¿Cómo es el Amor?
Lo busco por las plazas
Pero se esconde
bajo un paraguas ceniciento
.
XVII
.
A veces
creo reconocerte
mientras corremos por las calles
Tal vez nos amamos en algún lugar
pienso
Pero el sol se ríe
y me regala una ventana
de cristales empañados
.
XVIII
.
Yo soy el vampiro
y lloro
frente al espejo
cuando éste me devuelve
la imagen de una habitación
desierta
.
.
.
Les révélations du vampire
.
.
Les autres ont pris la fuite, mais j'ai regardé
car partout devant moi
régnaient les mondes infâmes
sortis de mes songes.
.
H.P. Lovecraft
.
.
I
.
La nuit tombe ronde de fatigue
Le vampire s’éveille
il s'étire
et puis s’incline avide
pénétrant de ses dents
la gorge presque endormie
.
S'entend une brève détonation
.
Et tandis qu'il boit gorgée après gorgée
les dernières gouttes de lumière
Les paysans qui s'en reviennent
des travaux
se frottent soudain la nuque
et la trouvent épuisée
.
II
.
Cannibale de moi-même
je me dévore, les doigts
et m'assoie ensuite pour contempler
mes os couverts de sable
.
III
.
J'ai surpris plusieurs fois
ces derniers mois
la mâchoire d’un chien prête
à faire un festin de mon cou
.
IV
.
Les cloches résonnent
et de la bouche des prêtres déborde
une bave épaisse
dans laquelle les hommes sont pris au piège
et pataugent
Inutilement
.
V
.
Oh les blanches Cathédrales
et les orgues qui font sa musique !
Bach dégringole des escaliers
et vomit le sang de l'Agneau
sur la tête d'un moine
crucifié à ses bâtonnets d’encens
.
VI
.
Les Anges
entament
leurs louanges en chœur
pendant qu'ils s'épouillent le plumage
dis
crè
te
ment
à
l'ombre
.
VII
.
L'Ange aux yeux enflammés
me cria:
Tend l'autre joue!
Moi j’ai répondu
un coup de poing dans les dents
.
VIII
.
La nuit
le silence se fait tout bleu
Les scarabées ressemblent à des voitures
et leurs phares m'aveuglent
alors que je traverse la place déserte
.
IX
.
Des pelotes comme des hélicoptères ou des ascenseurs
se décrochent des immeubles
La rue se remplit de vignes bondissantes
De voitures allégoriques
.
Le jour affreux des sirènes
ouvre son museau de chien
dans mes oreilles
.
X
.
En ces temps
personne ne respecte plus rien
Les villes s'effondrent
simplement déconcertées
Les poules
ne respectent plus les coqs
Les souris
ne respectent plus les chats
Les morts
ne respectent plus la mort
Les vivants
ne respectent plus la vie
.
XI
.
Les esclaves de la Grande City
courent dans toutes les directions
Trébuchent sur des tas d'ordures
Sur d'imposants monuments
Sur des édifices sauvages de haine
et des entrées sans sortie
Les esclaves de la Grande City
déambulent à toute vitesse jusqu'au bureau
Au Supermarché
A la station de bus
Jusqu'à ce qu'un jour asséchés
ils ne terminent écrabouillés au sol
l'âme toute vide
et les tripes éparpillées
sous
le soleil
.
XII
.
Les balles traversent la rue
comme des fourmis
L'odeur de la poudre
fait éternuer
même les pigeons
Les gens là-bas au coin de cette ruelle
tournent à cinq mille révolutions à la minute
Tandis que devant le café
les philosophes du vingt-et-unième siècle
se querellent violemment
au sujet de l'immortalité du crabe
.
XIII
.
Les chiens de la Grande Ville
hurlent de nostalgie
se remémorent ces vieux arbres
alors qu’ils soulèvent leur patte triste
contre les colonnes de béton
.
XIV
.
Je mange mon pain doré croustillant
Je pense à Van Gogh
“le jaune est la couleur de Dieu”
qu'il disait
Et alors que je compte les pièces
je joue par mégarde avec son oreille
coupée
.
XV
.
Une fois Toulouse Lautrec
a bu avec moi
J'étais tout seul
et j'ai vu sortir Jean D'Abril
de mon verre de cognac
.
XVI
.
L'Amour...
C'est comment l'Amour?
Sur les places je le cherche
Mais il se cache
sous un parapluie cendreux
.
XVII
.
Parfois
je crois te reconnaître
alors que nous courons dans la rue
Peut-être nous aimons-nous quelque part
je pense
Mais le soleil rigole
et m'offre une fenêtre
de vitres brumeuses
.
XVIII
.
Moi je suis le vampire
et je pleure
face au miroir
quand celui-ci me renvoie
l'image d'une chambre
déserte
.
.
*
* * *
*
Le fichier Pdf: les-revelations-du-vampire-traduction