XXXI
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He despertado en las piedras y me he visto soñando he masticado hierba
como vaca me he vuelto sereno He besado las puntas del monte he bebido
rocío
He enloquecido entre antigüedades entre maquinaciones a mi espalda
Estoy clavado como una espada en medio de mis vísceras no tengo salidas
He contradicho mis palabras Todo yo soy una contradicción de carne
He vencidos los monstruos de mis fábulas estuve en mis castillos
Las grandes puertas bajan para recibirme con más esplendor que a un rey
Las banderas se agitan como demonios
rojas y puntiagudas
sobre las torres resplandecientes
Me acosté en el lecho de las escogidas me oriné en sus faldas
hice pucheros en sus ojos delicados y grandes
He sido jet invisible por los espacios de mi cuerpo acostumbrado a los vuelos
Manejé injertos de serpientes y de hombres atravesé cuartos de hora
He sido árbol tajado y pájaro herido he sido máquina negra y polvo blanco
Mi mano derecha ha ajustado los movimientos de la izquierda
y me ha permitido ser lo contrario mi acento aldeano me ha deparado burlas
inmisericordes
He salido desnudo a combatir los hielos y me he quedado petrificado
Me bañe en kerosene y me metí entre llamas
y he sido trozo de carbón al que el viento de vez en cuando inflama.
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XXXI
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Je me suis réveillé parmi les pierres et je me suis pris à rêver j'ai mastiqué de l'herbe
comme une vache je me suis fait serein J'ai embrassé la pointe de la montagne j'ai bu
la rosée
Je suis devenu fou parmi ces antiquités parmi ces machinations dans mon dos
Je suis planté comme une épée dans mes viscères je n'ai aucune sortie
J'ai contredit mes paroles Je suis tout entier une contradiction de chair
J'ai vaincu les monstres de mes fables j'ai été dans mes châteaux
Les ponts-levis descendent pour m'accueillir avec une gloire supérieure à celle d'un roi
Les bannières s'agitent comme des démons
rouges et pointues
en haut des tours resplendissantes
Je me suis couché dans les lits des promises j'ai pissé sur leurs robes
J'ai préparé ma soupe dans leurs yeux délicats et grands ouverts
Je me suis fait jet invisible dans le vide de mon corps habitué aux envols
J'ai conduit des essaims d'hommes et de serpents j'ai traversé des quarts d'heure
J'ai été l'arbre coupé et l'oiseau blessé la machine noire et la poussière blanche
Ma main droite lui a réglé ses mouvements à la gauche
et m'a permis d'être le contraire mon accent paysan m'a valu des moqueries
immiséricordieuses
Je suis sorti tout seul combattre les glaces et je suis resté pétrifié
Je me suis douché au kérosène et je me suis mis dans les flammes
et j'ai été ces bouts de charbon que le vent de temps en temps enflamme.
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