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Billet de blog 17 octobre 2022

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Temps de chien (traduction d'un poème de Victor Valera Mora)

Tiempos de perros est un poème de Victor Valera Mora, dit "el Chino", auteur vénézuélien, extrait de son recueil Canción del soldado justo (1961).

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            Tiempo de perros

.

.

I

.

De la noche al camino andaba el grito

y se alojó enredado en mi garganta.

Conversando largamente con el mar

se inauguraron mis redes repartiendo peces y veleros

entre la pequeña gente de la calle,

a quien el huracán asesinó el último

rincón que respiraba:

el conuco* la playa los caballos.

Si los otros que transitan de rodillas

y almuerzan los platos más aéreos,

saborearan los simples alimentos que regalo:

ácida serían la miel y las aricas

amargo el pan y duro el panadero

negro mi corazón, agitador el grito.

.

Aletearán las fauces de los perros hambrientos

de sudor y de lengua al escuchar mi canto,

mis veinte años de regreso, mi siglo exasperado.

Sus pálidos colmillos, sus cárceles profundas y agónicas

cambiarían el color de mis hogueras

y la misión de voz entre los hombres,

si pudieran a sol entero desangrar todo crepúsculo,

romper rocío a puñales y noche continuada.

.

II

.

Mi  único bautizo es todo esto:

dos alpargatas negras y huecas de tristeza,

vienen desde el regreso

calzando mis latidos,

mis pequeños amores,

atravesando puras los grises paredones

roídos por los golpes de caínes de fuego.

Pero siempre tengo un pequeño jardín

un rojo jardinero riéndole a la lluvia

de pie sobre la tierra en arcoíris

(rosa la madre rosa, rojo clavel el hijo)

Si intentas destrozarlo, si muerdes la mano sembradora

rojas banderas quemarán tu lomo de judas,

puños inexorables romperán tu hocico para siempre.

.

III

.

Hoy madrugo alboradas noviembre entre mis sábanas

El sol está bañándose en el río,

su cuerpo de ciudad despierta con el agua.

El único dolor que muelo entre mis brazos

son las horas que lamen los sentidos:

ignoro sus viajes en la noche,

sus fáciles apellidos, los ojos como dientes.

Yo sólo sé de los pasos a la Universidad

a desangrar mis ansias nuevamente

llegaré hasta las aulas para diluir la angustia,

el silencio escondido en los murales,

los ciegos espejuelos del profesor de turno.

.

IV

.

Si me vieran peinando tus negros ojos

con mi boca lejana,

cómo nos espiarían, con qué furor clavarían el aire de los parques.

Ay, amor, duro sería el rencor

de los acuartelados de los rincones,

por el que viene a levantar mi ausencia.

.

V

.

Cómo me alegra ver en los siete días del mundo

tu leve papagayo sobre los edificios,

tener entre mis brazos tu cuerpo de pequeño naranjo,

tu corazón de bosque y de gacela,

sentir en la mejilla tu aliento de lago y nube.

Longitud de alegría es tu mirada

crepuscular sonido, eres el niño errante,

bestias desnudas cortarían tu hilo de fiesta,

pero estoy a tu lado

hijo de párpados y raíces, elemental poema,

levantando murallas de fuego y agua para protegerte

y perpetuar tu papagayo airado,

constelación precisa del poeta azul marino marinero.

.

VI

.

Siempre de pie como un grito boca arriba

golpearé con mis versos la frente de la sombra,

el crimen, la cárcel, la tortura.

.

Ellos y su aguacero de chacales

escarbarán la tierra

con mil uñas de muertes afiladas,

procurarán ahogarme, callar mi voz,

anegar el mundo de huérfanos y viudas recién hechas.

.

Pero esto viene rodando, dando tumbos

desde los hombros de la sangre,

desde los puros carbones populares.

.

VII

.

Os doy mi voz erguida

mi sangre de regreso hacia tu edad primera.

Juventud siempre antigua, recomenzada toda,

agonía, irreductible fusil de barricada.

.

El tiempo pide corazones enarbolados.

.

¡Uníos! ¡Uníos, fuertes picapedreros!

Implacable tormenta de puños

y metálicas lunas sea la marcha,

porque esta tierra es un río de rodillas,

hay que levantarlo.

.

Y yo, os aseguro,

la muerte de los lobos será de madrugada.

.

.

            Temps de chien

.

.

I

.

De la nuit jusqu’au chemin marchait le cri

et il s’est logé tout emmêlé dans ma gorge.

En parlant longuement avec la mer

se sont inaugurés mes filets en répartissant poissons et voiliers 

parmi les plus humbles personne de la rue

à qui l’ouragan a tué le dernier

petit recoin qui respirait:

le conuco la plage les chevaux.

Si les autres qui transitent à genoux

et mangent les mets les plus aériens,

savoureraient les aliments simples que j’offre:

Acides seraient le miel et les abeilles nos terres

amer le pain et dur le boulanger

noir mon cœur, agitateur le cri.

.

Battront des ailes les mâchoires des chiens affamés

en sueur tirant la langue au moment d’écouter mon chant,

mes vingt ans de retour, mon siècle exaspéré.

Leurs crocs pâles, leurs geôles abyssales et affreuses

changeraient la couleur de mes bûchers

et la voix en mission parmi les Hommes,

s'ils pouvaient en plein soleil saigner tout crépuscule,

briser la rosée avec des poignards et la nuit persistante.

.

II

.

Mon unique baptême c'est tout ça:

une paire d'espadrilles noires et trouées par la tristesse,

qui viennent depuis le retour

chaussant mes pulsations,

mes petits amours,

traversant pures les gris murets

rongés par les coups des Caïnites de feu.

Mais je garde toujours un petit jardin

un jardinier rouge riant à la face de la pluie

debout sur la terre en arc-en-ciel

(rose la mère rose, œillet rouge le fils)

Si tu essaies de le détruire, si tu mords la main qui sème

de rouges drapeaux brûleront ta chair de judas,

des poings inexorables briseront ton museau pour toujours.

.

III

.

Aujourd'hui je lève tôt les aurores novembre entre mes couettes

Le soleil est en train de se baigner dans la rivière,

son corps citadin s'éveille au contact de l'eau.

La seule douleur que je mouds entre mes bras

ce sont les heures qui lèchent les sens:

j'ignore ses voyages dans la nuit,

ses noms faciles, les yeux comme des dents.

Moi je connais juste le chemin qui mène à l'Université

pour y saigner mes envies à nouveau

j'irai jusque la salle de classe pour y diluer l'angoisse,

le silence terré dans les muraux,

les lunettes aveugles du professeur en poste.

.

IV

.

Si l'on me voyait peindre tes yeux noirs

de ma bouche lointaine,

comme on nous espionnerait, avec quelle fureur on clouerait l'air des parques.

Ay, amour, trop dure serait la rancœur

des retranchés dans les recoins,

pour celui qui vient soulever mon absence.

.

V

.

Comme je suis heureux de voir dans les sept jours du monde

ton léger papagayo perché sur les édifices,

tenir entre mes bras ton corps de petit oranger,

ton cœur de forêt et de gazelle,

sentir sur la joue ton haleine de lac et nuage.

Longitude de joie est ton regard

son crépusculaire, tu es l'enfant errant,

les bêtes nues couperaient bien le fil de tes fêtes,

mais je suis à tes côtés,

le fils des racines et paupières, poème élémentaire,

bâtissant des murailles de feu et d'eau pour te protéger

et préserver ton papagayo courroucé,

constellation précise du poète bleu marin marinier.

.

VI

.

Toujours debout comme un cri la tête haute

je frapperai avec mes vers le face de l'obscurité,

le crime, la prison, la torture.

.

Ceux-là avec leur déluge de chacals

creuseront la terre

avec mille ongles de morts aiguisées

ils tacheront de m'étrangler, me faire taire,

nier le monde d'orphelins et de veuves fraîchement faites

.

Mais cela vient en dévalant, ça titube

depuis les épaules du sang,

depuis les purs charbons populaires.

.

VII

.

Je vous donne ma voix dressée

mon sang de retour vers ton époque première.

Jeunesse toujours ancienne, toute recommencée,

agonie, fusil irréductible de barricade.

.

Les temps réclament des cœurs brandis.

.

Unissez-vous! Unissez-vous, valeureux tailleurs de pierre!

Implacable tornade de poings

et de lunes métalliques soit la marche,

car cette terre est un fleuve à genoux,

on doit le soulever.

.

Et moi, je vous l'assure,

la mort des loups viendra très tôt le matin.

.

.

* * *

*

Le fichier pdf:

tiempos-de-perro-traduction (pdf, 97.3 kB)

.


Illustration 2
Victor "El chino" Valera Mora © Inconnu.e

.

* * *

.

*Le conuco est le type de jardin ou plantation agraire (collective) traditionnelle des amérindiens avant la conquête par les conquistadors espagnoles. Il se caractérise par la diversité et la variété des espèces cultivées en harmonie ou en collaboration. Malgré l’imposition de l’agriculture coloniale (monoculture, usage de la charrue), le conuco a perduré. Mot originairement taína, il est utilisé aujourd’hui pour désigner ces petites exploitations au Vénézuéla, à Cuba et en République Dominicaine. 

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