Tiempo de perros
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I
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De la noche al camino andaba el grito
y se alojó enredado en mi garganta.
Conversando largamente con el mar
se inauguraron mis redes repartiendo peces y veleros
entre la pequeña gente de la calle,
a quien el huracán asesinó el último
rincón que respiraba:
el conuco* la playa los caballos.
Si los otros que transitan de rodillas
y almuerzan los platos más aéreos,
saborearan los simples alimentos que regalo:
ácida serían la miel y las aricas
amargo el pan y duro el panadero
negro mi corazón, agitador el grito.
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Aletearán las fauces de los perros hambrientos
de sudor y de lengua al escuchar mi canto,
mis veinte años de regreso, mi siglo exasperado.
Sus pálidos colmillos, sus cárceles profundas y agónicas
cambiarían el color de mis hogueras
y la misión de voz entre los hombres,
si pudieran a sol entero desangrar todo crepúsculo,
romper rocío a puñales y noche continuada.
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II
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Mi único bautizo es todo esto:
dos alpargatas negras y huecas de tristeza,
vienen desde el regreso
calzando mis latidos,
mis pequeños amores,
atravesando puras los grises paredones
roídos por los golpes de caínes de fuego.
Pero siempre tengo un pequeño jardín
un rojo jardinero riéndole a la lluvia
de pie sobre la tierra en arcoíris
(rosa la madre rosa, rojo clavel el hijo)
Si intentas destrozarlo, si muerdes la mano sembradora
rojas banderas quemarán tu lomo de judas,
puños inexorables romperán tu hocico para siempre.
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III
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Hoy madrugo alboradas noviembre entre mis sábanas
El sol está bañándose en el río,
su cuerpo de ciudad despierta con el agua.
El único dolor que muelo entre mis brazos
son las horas que lamen los sentidos:
ignoro sus viajes en la noche,
sus fáciles apellidos, los ojos como dientes.
Yo sólo sé de los pasos a la Universidad
a desangrar mis ansias nuevamente
llegaré hasta las aulas para diluir la angustia,
el silencio escondido en los murales,
los ciegos espejuelos del profesor de turno.
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IV
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Si me vieran peinando tus negros ojos
con mi boca lejana,
cómo nos espiarían, con qué furor clavarían el aire de los parques.
Ay, amor, duro sería el rencor
de los acuartelados de los rincones,
por el que viene a levantar mi ausencia.
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V
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Cómo me alegra ver en los siete días del mundo
tu leve papagayo sobre los edificios,
tener entre mis brazos tu cuerpo de pequeño naranjo,
tu corazón de bosque y de gacela,
sentir en la mejilla tu aliento de lago y nube.
Longitud de alegría es tu mirada
crepuscular sonido, eres el niño errante,
bestias desnudas cortarían tu hilo de fiesta,
pero estoy a tu lado
hijo de párpados y raíces, elemental poema,
levantando murallas de fuego y agua para protegerte
y perpetuar tu papagayo airado,
constelación precisa del poeta azul marino marinero.
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VI
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Siempre de pie como un grito boca arriba
golpearé con mis versos la frente de la sombra,
el crimen, la cárcel, la tortura.
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Ellos y su aguacero de chacales
escarbarán la tierra
con mil uñas de muertes afiladas,
procurarán ahogarme, callar mi voz,
anegar el mundo de huérfanos y viudas recién hechas.
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Pero esto viene rodando, dando tumbos
desde los hombros de la sangre,
desde los puros carbones populares.
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VII
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Os doy mi voz erguida
mi sangre de regreso hacia tu edad primera.
Juventud siempre antigua, recomenzada toda,
agonía, irreductible fusil de barricada.
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El tiempo pide corazones enarbolados.
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¡Uníos! ¡Uníos, fuertes picapedreros!
Implacable tormenta de puños
y metálicas lunas sea la marcha,
porque esta tierra es un río de rodillas,
hay que levantarlo.
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Y yo, os aseguro,
la muerte de los lobos será de madrugada.
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Temps de chien
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I
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De la nuit jusqu’au chemin marchait le cri
et il s’est logé tout emmêlé dans ma gorge.
En parlant longuement avec la mer
se sont inaugurés mes filets en répartissant poissons et voiliers
parmi les plus humbles personne de la rue
à qui l’ouragan a tué le dernier
petit recoin qui respirait:
le conuco la plage les chevaux.
Si les autres qui transitent à genoux
et mangent les mets les plus aériens,
savoureraient les aliments simples que j’offre:
Acides seraient le miel et les abeilles nos terres
amer le pain et dur le boulanger
noir mon cœur, agitateur le cri.
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Battront des ailes les mâchoires des chiens affamés
en sueur tirant la langue au moment d’écouter mon chant,
mes vingt ans de retour, mon siècle exaspéré.
Leurs crocs pâles, leurs geôles abyssales et affreuses
changeraient la couleur de mes bûchers
et la voix en mission parmi les Hommes,
s'ils pouvaient en plein soleil saigner tout crépuscule,
briser la rosée avec des poignards et la nuit persistante.
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II
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Mon unique baptême c'est tout ça:
une paire d'espadrilles noires et trouées par la tristesse,
qui viennent depuis le retour
chaussant mes pulsations,
mes petits amours,
traversant pures les gris murets
rongés par les coups des Caïnites de feu.
Mais je garde toujours un petit jardin
un jardinier rouge riant à la face de la pluie
debout sur la terre en arc-en-ciel
(rose la mère rose, œillet rouge le fils)
Si tu essaies de le détruire, si tu mords la main qui sème
de rouges drapeaux brûleront ta chair de judas,
des poings inexorables briseront ton museau pour toujours.
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III
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Aujourd'hui je lève tôt les aurores novembre entre mes couettes
Le soleil est en train de se baigner dans la rivière,
son corps citadin s'éveille au contact de l'eau.
La seule douleur que je mouds entre mes bras
ce sont les heures qui lèchent les sens:
j'ignore ses voyages dans la nuit,
ses noms faciles, les yeux comme des dents.
Moi je connais juste le chemin qui mène à l'Université
pour y saigner mes envies à nouveau
j'irai jusque la salle de classe pour y diluer l'angoisse,
le silence terré dans les muraux,
les lunettes aveugles du professeur en poste.
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IV
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Si l'on me voyait peindre tes yeux noirs
de ma bouche lointaine,
comme on nous espionnerait, avec quelle fureur on clouerait l'air des parques.
Ay, amour, trop dure serait la rancœur
des retranchés dans les recoins,
pour celui qui vient soulever mon absence.
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V
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Comme je suis heureux de voir dans les sept jours du monde
ton léger papagayo perché sur les édifices,
tenir entre mes bras ton corps de petit oranger,
ton cœur de forêt et de gazelle,
sentir sur la joue ton haleine de lac et nuage.
Longitude de joie est ton regard
son crépusculaire, tu es l'enfant errant,
les bêtes nues couperaient bien le fil de tes fêtes,
mais je suis à tes côtés,
le fils des racines et paupières, poème élémentaire,
bâtissant des murailles de feu et d'eau pour te protéger
et préserver ton papagayo courroucé,
constellation précise du poète bleu marin marinier.
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VI
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Toujours debout comme un cri la tête haute
je frapperai avec mes vers le face de l'obscurité,
le crime, la prison, la torture.
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Ceux-là avec leur déluge de chacals
creuseront la terre
avec mille ongles de morts aiguisées
ils tacheront de m'étrangler, me faire taire,
nier le monde d'orphelins et de veuves fraîchement faites
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Mais cela vient en dévalant, ça titube
depuis les épaules du sang,
depuis les purs charbons populaires.
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VII
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Je vous donne ma voix dressée
mon sang de retour vers ton époque première.
Jeunesse toujours ancienne, toute recommencée,
agonie, fusil irréductible de barricade.
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Les temps réclament des cœurs brandis.
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Unissez-vous! Unissez-vous, valeureux tailleurs de pierre!
Implacable tornade de poings
et de lunes métalliques soit la marche,
car cette terre est un fleuve à genoux,
on doit le soulever.
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Et moi, je vous l'assure,
la mort des loups viendra très tôt le matin.
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Le fichier pdf:
tiempos-de-perro-traduction.
Agrandissement : Illustration 2
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*Le conuco est le type de jardin ou plantation agraire (collective) traditionnelle des amérindiens avant la conquête par les conquistadors espagnoles. Il se caractérise par la diversité et la variété des espèces cultivées en harmonie ou en collaboration. Malgré l’imposition de l’agriculture coloniale (monoculture, usage de la charrue), le conuco a perduré. Mot originairement taína, il est utilisé aujourd’hui pour désigner ces petites exploitations au Vénézuéla, à Cuba et en République Dominicaine.