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Billet de blog 23 octobre 2022

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Le treizième boulot (Poésie)

Ou l'apocatastase du chaos

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

            Le treizième boulot ou

                        L'apocatastase du chaos

.

.

                        « L’homme contient non pas l’enfant mais

                        l’homme précédent », dit Joe Chip - avec raison!

.

Philip K. Dick, L’Exégèse Volume I

.

.

J’ai voyagé différentes morts

  dès l’âge de deux mois

  en janvier je mourrai

  une première fois

.

Et la separatio est l’opération

  la plus douloureuse qui

  nécessite l’intellect le plus

  trempé

    le plus aérien

      le plus froid

  .

De la coupe s’échappe 

  le poison du corps du fils

  agonisant

  mort et vivant

  rajeunifié et vieilli

  roi et manant

  poisson ou serpent

  bicéphale

  âcre fumée de ma

  combustio

  fruit infâme de l’unique péché

  Voler plus pauvre que soi.

.

Le chemin pour monter

  était donc celui pour descendre

Quand tu voudras monter

  sans escalier

  tu devras prendre avec toi

  l’humble du fumier foulé

  aux pieds des puissants

  Sans quoi tu tomberas

          sur la tête

.

Au bout de vingt-et-une années

  marchant sur la terre

  je suis tombé fou

  que rien n’est réel

  que tout est permis

          je pensai

.

Tout a commencé par une interrogation

  parmi d’autres

Que signifie cette entéléchie et le rêve

  du papillon gobé par la grenouille

  mangée par le poisson?

.

Et j’ai compris qu’il était temps

  de ne pas louper ma folie

  de brûler cette illusion du moi

  réduire l’ego à cette petite chose

    posée sur l’Arcane XVII

.

Et tu savais ces vieilles femmes

  aux habits de poussière dormir

  pieds nus dans la rue couchées

  sur le trottoir elles n’ont

  ni père ni mari ni fils car

  la foudre ou la guerre est venue

       le leur enlever

.

Et tu pensais

  Dieu c’est comme cette brique

  que j’ai placée là pour coincer

  le sac poubelle où l’on balance

  les crottes des chiens,

Si tu jettes la brique

                   si tu te débarrasses de Dieu

  eh bien

           ça sent la merde

.

À la première année

     tu as vu derrière le faux dieu

  un céleste parmi d’autres qui

  assassina ses frères et ses soeurs

  et plus tard     l’oublia

     se crut l’unique

.

À la deuxième année

  tu entendis sa voix

  Toi le plus jeune des fils

  d’en bas qui as suivi le porteur

  de la flamme dans sa rébellion

  son ascension et sa chute

  Toi l’enfant terrible de la génération

                 des sans roi

  Toi l’exilé qui savais lire les étoiles

  dans les yeux des grandes bêtes

               indomptables 

.

À la troisième année

  tu ne différenciais plus

  les anges des démons

  la représentation du désir

  et l’on te trancha la gorge

  pour te faire mourir

    encore une fois

.

À la quatrième année

  tu n’étais déjà plus un profane

  et ton épitaphe profanée

  n’intéressait déjà plus que

  les mères anxieuses

  les femmes sincères

    et quelques folles

.

À la cinquième année

  tu échappas

  sachant la quaternité

  et les fourberies de Saul

    à l’égard du crucifié

.

À la sixième année

  tu as suivi l’image

  du trickster des renards

  et des loups qui se détestent

  tu es parti un peu plus loin

  vers la sauvagerie

    et dans l’oubli

.

À la septième année

  tu savais le calendrier

  et les messagers qui

  rapetissent à l’infini

  les envoyés d’en bas

  qui passaient par la lune

    la plus froide la plus morte

.

À la huitième année

  tu as voulu

  à la place d’une imagination

  déjà fragmentée

  comme les caïnites l’avaient

  prédit

       faire du huit

  un neuf et du sept

       un huit

  et tu sauras arriver

     vaincu et brisé

  jusqu’à la chambre nuptial

     où la salvatrice aimer

.

À la neuvième année

  tu as appris le langage

  de ce qui croît

  et tu ne regardais plus

  les oeillets et les chrysanthèmes

  dans les yeux pour ne plus

    entendre leurs lamentations

.

À la dixième année

  tu as dormi toute l’année

  tu as rusé et prié jusqu’à

   recueillir les dits

    de l’agréable démon

.

À la onzième année

  tu as entendu qu’on te disait

  en novembre ton amour

     va mourir

.

À la douzième année

  qui sait      si ta haine

     va mourir

.

À la treizième année

  tu as tatoué le nombre

  à ta cheville

  et ton âme trop vieille

    sera détruite

        comme il se doit

.

C’était un pacte

  je crois

      je m’asseyais

            écoutant la Grande, Grande,

                                                  Très Grande Nuit

.

Par trois fois ton souffle et ta psyché sombreront

  dans l’Abyme du Père

     comme autant de jours de nuits de folie

.

Par trois fois tu iras jeter tes habits à plus fous

  que toi

     tu te couvriras d’indéterminabilité et du fracas

          des craintifs

.

Par trois fois tu renieras ton père tu renieras ta mère

  tu renieras ton frère et ta soeur

     par trois fois tu renieras Mekkis l’insatiable

.

Par trois fois tu voudras gravir sans rien à tes pieds

  jusqu’aux hauteurs célestes la tête en bas

     le chemin de l’arc-en-ciel

.

Par trois fois tu tomberas pour t’éveiller où

  le signe de la main gauche rythme la danse

     et sait des plans de l’étrange fils du chaos

.

Par quatre fois tu loueras Marie

  son balai sa coupe sa cuillère son foulard

     et les mystères les plus simples les plus durs

.

Par cinq fois tu loueras la chienne

  et la vieille étoile des Dogons

     ton serment à Antarès tes insultes à Venus

.

Par six fois tu loueras la beauté des nus

  ta renaissance sur Mars et ce boiteux qui

     promettait de t’enchainer à son rocher

.

Ô temples des Hommes

  Banques, mairies, magasins,

  églises, mosquées, synagogues

     Où ma fille la chienne

     Où ma fille la louve

ne peut entrer

  Vous brûlerez vous brûlerez

     quand viendra…

.

     le moment opportun

.

Ils brûleront car

.

ne suis-je pas un traître à mon espèce?

.

J’accomplirai ce treizième boulot

  et tous les anges viendront me frapper

     et j’ouvrirai quand même

                    la porte des enfers

          j’accomplirai le dessein de celles et ceux

          qui hurlent vengeance      vengeance

                                        vengeance

Plus de dogme plus de temple plus d’état

.

Ici quand nous coupons un arbre

  nous nous passons la hache

  mais toujours vient et toujours

       viendra

            celui

               qui donnera

                  le dernier coup

.

Et nous aiguisons cette lance depuis

  bientôt deux mille ans

Arrive mon dieu l’heure du déicide

  et je baiserai les pieds du Saint Père

  avant d’élever pour son trône

          un nid de mes meilleures Vipères

  Et le Temps sera aboli 

                    au moins trois jours

     et tout l’or de la terre

              envolé

  .

Mes bêtes pour vous

  j’ai acquis ce masque du Démon

     pour vous

l’épée et les ordres enfouis sous terre

     pour vous…

  .

     Laudato si'

.

(L’espace d’un instant le chemin que j’arpentais

  se changea en via romana

et les lampadaires

          en d’étranges frères et soeurs crucifiés…)

.

Et cette rivière de feu mon frère

  que nous traversâmes

Et notre jeune culture moniste

  et ce rêve au travers

  du champs et ce charbon

     baptismale après l’incendie

.

Pourquoi pourquoi?

  À quoi nous a-t’on abandonnés?

.

Dans une main je tiens le fait

  que je suis fou

Dans l’autre je tiens la preuve

  que tout ce monde est fou.

.

.

*

* * *

*

Le fichier pdf: le-treizieme-boulot-1 (pdf, 90.8 kB)


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