Le treizième boulot ou
L'apocatastase du chaos
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« L’homme contient non pas l’enfant mais
l’homme précédent », dit Joe Chip - avec raison!
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Philip K. Dick, L’Exégèse Volume I
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J’ai voyagé différentes morts
dès l’âge de deux mois
en janvier je mourrai
une première fois
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Et la separatio est l’opération
la plus douloureuse qui
nécessite l’intellect le plus
trempé
le plus aérien
le plus froid
.
De la coupe s’échappe
le poison du corps du fils
agonisant
mort et vivant
rajeunifié et vieilli
roi et manant
poisson ou serpent
bicéphale
âcre fumée de ma
combustio
fruit infâme de l’unique péché
Voler plus pauvre que soi.
.
Le chemin pour monter
était donc celui pour descendre
Quand tu voudras monter
sans escalier
tu devras prendre avec toi
l’humble du fumier foulé
aux pieds des puissants
Sans quoi tu tomberas
sur la tête
.
Au bout de vingt-et-une années
marchant sur la terre
je suis tombé fou
que rien n’est réel
que tout est permis
je pensai
.
Tout a commencé par une interrogation
parmi d’autres
Que signifie cette entéléchie et le rêve
du papillon gobé par la grenouille
mangée par le poisson?
.
Et j’ai compris qu’il était temps
de ne pas louper ma folie
de brûler cette illusion du moi
réduire l’ego à cette petite chose
posée sur l’Arcane XVII
.
Et tu savais ces vieilles femmes
aux habits de poussière dormir
pieds nus dans la rue couchées
sur le trottoir elles n’ont
ni père ni mari ni fils car
la foudre ou la guerre est venue
le leur enlever
.
Et tu pensais
Dieu c’est comme cette brique
que j’ai placée là pour coincer
le sac poubelle où l’on balance
les crottes des chiens,
Si tu jettes la brique
si tu te débarrasses de Dieu
eh bien
ça sent la merde
.
À la première année
tu as vu derrière le faux dieu
un céleste parmi d’autres qui
assassina ses frères et ses soeurs
et plus tard l’oublia
se crut l’unique
.
À la deuxième année
tu entendis sa voix
Toi le plus jeune des fils
d’en bas qui as suivi le porteur
de la flamme dans sa rébellion
son ascension et sa chute
Toi l’enfant terrible de la génération
des sans roi
Toi l’exilé qui savais lire les étoiles
dans les yeux des grandes bêtes
indomptables
.
À la troisième année
tu ne différenciais plus
les anges des démons
la représentation du désir
et l’on te trancha la gorge
pour te faire mourir
encore une fois
.
À la quatrième année
tu n’étais déjà plus un profane
et ton épitaphe profanée
n’intéressait déjà plus que
les mères anxieuses
les femmes sincères
et quelques folles
.
À la cinquième année
tu échappas
sachant la quaternité
et les fourberies de Saul
à l’égard du crucifié
.
À la sixième année
tu as suivi l’image
du trickster des renards
et des loups qui se détestent
tu es parti un peu plus loin
vers la sauvagerie
et dans l’oubli
.
À la septième année
tu savais le calendrier
et les messagers qui
rapetissent à l’infini
les envoyés d’en bas
qui passaient par la lune
la plus froide la plus morte
.
À la huitième année
tu as voulu
à la place d’une imagination
déjà fragmentée
comme les caïnites l’avaient
prédit
faire du huit
un neuf et du sept
un huit
et tu sauras arriver
vaincu et brisé
jusqu’à la chambre nuptial
où la salvatrice aimer
.
À la neuvième année
tu as appris le langage
de ce qui croît
et tu ne regardais plus
les oeillets et les chrysanthèmes
dans les yeux pour ne plus
entendre leurs lamentations
.
À la dixième année
tu as dormi toute l’année
tu as rusé et prié jusqu’à
recueillir les dits
de l’agréable démon
.
À la onzième année
tu as entendu qu’on te disait
en novembre ton amour
va mourir
.
À la douzième année
qui sait si ta haine
va mourir
.
À la treizième année
tu as tatoué le nombre
à ta cheville
et ton âme trop vieille
sera détruite
comme il se doit
.
C’était un pacte
je crois
je m’asseyais
écoutant la Grande, Grande,
Très Grande Nuit
.
Par trois fois ton souffle et ta psyché sombreront
dans l’Abyme du Père
comme autant de jours de nuits de folie
.
Par trois fois tu iras jeter tes habits à plus fous
que toi
tu te couvriras d’indéterminabilité et du fracas
des craintifs
.
Par trois fois tu renieras ton père tu renieras ta mère
tu renieras ton frère et ta soeur
par trois fois tu renieras Mekkis l’insatiable
.
Par trois fois tu voudras gravir sans rien à tes pieds
jusqu’aux hauteurs célestes la tête en bas
le chemin de l’arc-en-ciel
.
Par trois fois tu tomberas pour t’éveiller où
le signe de la main gauche rythme la danse
et sait des plans de l’étrange fils du chaos
.
Par quatre fois tu loueras Marie
son balai sa coupe sa cuillère son foulard
et les mystères les plus simples les plus durs
.
Par cinq fois tu loueras la chienne
et la vieille étoile des Dogons
ton serment à Antarès tes insultes à Venus
.
Par six fois tu loueras la beauté des nus
ta renaissance sur Mars et ce boiteux qui
promettait de t’enchainer à son rocher
.
Ô temples des Hommes
Banques, mairies, magasins,
églises, mosquées, synagogues
Où ma fille la chienne
Où ma fille la louve
ne peut entrer
Vous brûlerez vous brûlerez
quand viendra…
.
le moment opportun
.
Ils brûleront car
.
ne suis-je pas un traître à mon espèce?
.
J’accomplirai ce treizième boulot
et tous les anges viendront me frapper
et j’ouvrirai quand même
la porte des enfers
j’accomplirai le dessein de celles et ceux
qui hurlent vengeance vengeance
vengeance
Plus de dogme plus de temple plus d’état
.
Ici quand nous coupons un arbre
nous nous passons la hache
mais toujours vient et toujours
viendra
celui
qui donnera
le dernier coup
.
Et nous aiguisons cette lance depuis
bientôt deux mille ans
Arrive mon dieu l’heure du déicide
et je baiserai les pieds du Saint Père
avant d’élever pour son trône
un nid de mes meilleures Vipères
Et le Temps sera aboli
au moins trois jours
et tout l’or de la terre
envolé
.
Mes bêtes pour vous
j’ai acquis ce masque du Démon
pour vous
l’épée et les ordres enfouis sous terre
pour vous…
.
Laudato si'
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(L’espace d’un instant le chemin que j’arpentais
se changea en via romana
et les lampadaires
en d’étranges frères et soeurs crucifiés…)
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Et cette rivière de feu mon frère
que nous traversâmes
Et notre jeune culture moniste
et ce rêve au travers
du champs et ce charbon
baptismale après l’incendie
.
Pourquoi pourquoi?
À quoi nous a-t’on abandonnés?
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Dans une main je tiens le fait
que je suis fou
Dans l’autre je tiens la preuve
que tout ce monde est fou.
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Le fichier pdf: le-treizieme-boulot-1