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Billet de blog 30 septembre 2022

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Arauco éprouve une peine (traduction d'une chanson de Violeta Parra)

Arauco tiene una pena (Levántate, Huenchullán) est une chanson de Violeta Parra, autrice, chanteuse et folkloriste chilienne, extraite de El folklore de Chile segun Violeta Parra (1962).

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            Arauco tiene una pena (Levántate, Huenchullán)

.

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Arauco tiene una pena

que no la puedo callar,

son injusticias de siglos

que todos ven aplicar,

nadie le pone remedio

pudiéndolo remediar.

Levántate, Huenchullán.

.

Un día llegó de afuera

Huescufe conquistador,

buscando montañas de oro

que el indio nunca buscó,

al indio le basta el oro

que le relumbrara el sol.

Levántate, Curimón.

.

Entonces corre la sangre

no sabe el indio qué hacer,

le van a quitar su tierra

la tiene que defender,

Arauco está desolado

y el afuerino de pie.

Levántate, Manquilef.

.

¿A dónde se fue Lautaro

perdido en el cielo azul?

y el alma de Galvarino

se la llevó el viento Sur,

por eso pasan llorando

los cueros de su kultrún.

Levántate pues, Calfull.

.

Del año mil cuatrocientos

que el indio afligido está,

a la sombra de su ruca

lo pueden ver lloriquear,

totora de cinco siglos

nunca se habrá de secar.

Levántate, Quilapán.

.

Ya rugen las elecciones

se escuchan por no dejar,

pero el quejido del indio

nunca se habrá de escuchar,

por más que truene en la tumba

la voz de Caupolicán.

Levántate, Curiñan.

.

Desde ese tiempo han pasado

las lunas en cantidad,

ya no son los españoles

los que les hacen llorar,

hoy son los proprios chilenos 

los que les quitan su pan.

Levántate, Pailahuán.

.

Ya no florece el mañio

ya no da fruto el piñón,

se va a secar la araucaria

ya no perfuma el cedrón,

porque al Mapuche le clavan

el centro del corazón.

Levántate, Curimón.

.

.

             Arauco éprouve une peine (Lève-toi, Huenchullán)

.

.

Arauco éprouve une telle peine

que je ne peux la taire,

ce sont les injustices des siècles

que tous voient se perpétuer,

personne n’a de remède

on pourrait pourtant y remédier.

Lève-toi, Huenchullán.

.

Un jour est arrivé d’ailleurs

Huescufe conquistador,

cherchant des montagnes d’or

que l’indien n’a jamais cherché,

à l’indien l’or qui brille

du simple soleil lui suffit.

Lève-toi. Curimón.

.

Ainsi s’écoule le sang

ne sait l’indien quoi faire,

ils vont prendre sa terre

ne doit-on pas la défendre,

Arauco est tout anéanti

et l’étranger toujours debout.

Lève-toi, Manquilef.

.

Par où est-il parti Lautaro

là-haut perdu dans les cieux bleus?

et l’âme de Galvarino

l’a emportée le vent du Sud,

c’est pourquoi pleurent tant

les peaux tendues de son kultrún.

Lève-toi eh bien, Calfull.

.

Depuis les années mille-quatre-cents

que l’indien affligé demeure,

à l’ombre de sa ruca

on peut l’y voir qui pleure,

jonc vieux de cinq siècles

jamais ne pourra sécher.

Lève-toi, Quilapán.

.

Déjà rugissent les élections

elles n’ont de cesse qu’on les entende,

mais la complainte de l’indien

jamais ne pourra s’entendre,

même si éclatait de la tombe

la voix de Caupolicán.

Lève-toi, Curiñan.

.

Depuis ce temps sont passées

les lunes en très grand nombre,

ce ne sont plus les espagnoles

ces gens qui les font pleurer,

aujourd’hui ce sont les propres chiliens

ces gens qui leur enlèvent leur pain

Lève-toi, Pailahuán.

.

Conifères dès lors ne fleurissent plus

plus rien ne donne la pomme du pin,

elle va s’assécher l’Araucarie

la verveine sans parfum depuis,

parce qu’un clou on a enfoncé

en plein coeur du Mapuche.

Lève-toi, Curimón.

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Le fichier pdf:

arauco-tiene-una-pena-traduction-1 (pdf, 88.7 kB)

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Violeta Parra - Arauco tiene una pena © VioletaParraVevo

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Arauco: du mapudungun (langue Mapuche) ragko. Rag signifiant « glaise » et Ko « eau ou rivière ». C’est ainsi que les mapuches nommaient le cours inférieur du Biobío. Les espagnoles à partir de 1550 transcrivent Arauco pour nommer la région et ils en dérivent l’appellation de ses habitants los araucanos, las araucanas. C’est ainsi devenu un nom propre porté au Chili, actuellement, c’est aussi le nom d’une ville et d’une région du Chili.

Huenchullán, Manquilef, Calfull, Quilapán, Curiñan, Pailahuán: ce sont des noms propres, pour l’essentiel de « chefs » mapuches.

Curimón: Localité dans la région de Valparaiso qui connut notamment, avant les invasions espagnoles, les invasions incas.

Lautaro (1534? - 1557): toqui (du mapudungun toki, titre attribué aux chefs militaires) mapuche qui leva une armée contre l’envahisseur espagnol. (cf La Araucana, poème épique de Alonso de Ercilla)

Galvarino: ou Kalwarengo était un guerrier de l’armée du toqui Lautaro.

Caupolicán (? - 1558): Kallfülikan en mapudungun, ce qui signifie: la pierre de quartz bleu. Toqui mapuche qui lutta contre les conquistadors espagnols.

La ruca: parfois orthographié ruka, c’est la hutte mapuche, leur demeure traditionnelle.

Kultrún: instrument à percussion mapuche.

Huescufe: équivalent de « bandit, voleur » en mapuche.

Totora: mot d’origine quechua. Sorte de jonc des Andes.

Mañio: du mapudungun mañiw. Sorte de conifère habitant le Chili et l’Argentine.


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Ce travail de traduction est dédié à la mémoire de

Lautaro Morales Espinola (1990 - 2020)

qui nous a quitté trop tôt...

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Considérations en marge de la traduction:

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J'ai hésité à traduire ou pas totora car c'est un mot quechua, mais autant que mañio qui est mapudungun. Le seul qui soit vraiment intraduisible hors les noms propres c'est Huascufe. Surtout associé à Conquistador (qu'on a jamais traduit mais introduit, mais avouons que Conquêteur ce serait drôle...)...

Une différence avec les traductions littérales c'est que je m'essaie à traduire assonance et métrique avec le sens. Le rythme et ce que fait le texte.

Par exemple pour

Adonde se fue Lautaro / Perdido en el cielo azur

Par où est-il parti Lautaro / Là-haut perdu dans les cieux bleus

Lautaro perdu dans le ciel bleu c'est littéral mais le lien est plus fort dans la chanson. LaU, LaO. ça va beaucoup mieux pour rendre la musicalité. Aussi le lien cielo-azur. O-A c'est presque l'opposé de A-U, qu'une inspiration pour une expiration... S'il faut prendre cela en compte, pour une poésie ou une chanson, il faut faire ce que fait le texte, dans la limite de la langue et du langage. Faire ce qu'il fait ce n'est ni la littéralité, ni une interprétation. Il y a la sémantique, certes. Et tout ce que peut receler de politique le rapport à l'étymologie autant qu'à l'usage contextuel mais il y a surtout cela qui est le rythme. Mais le rythme n'est pas sans rapport avec la semiotique en générale - incluant la semiologie prise dans un sens plus large du coup. Signe-Son-Ton... N’étant aucunement linguiste, même amateur.

Ah et puis des fois pas le choix, faut improviser un glossaire...

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