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Billet de blog 17 déc. 2021

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La stratégie du chaos, selon Josiane Chevalier, Préfète de la région Grand Est

Comment créer une situation de blocage et d'affrontement lors d'un conflit social ? Suivez la méthode Josiane Chevalier, aujourd'hui Préfète de la région Grand Est. Méthode analysée dans le cadre de la gestion (catastrophique) du projet du barrage de Sivens, à l'Université de Toulouse.

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Comment créer une situation de blocage et d'affrontement lors d'un conflit social ? Suivez la méthode Josiane Chevalier, aujourd'hui Préfète de la région Grand Est. Méthode analysée dans le cadre de la gestion (catastrophique) du projet du barrage de Sivens, à l'Université de Toulouse.

Qu'apprend t'on dans cette étude ?

Il est déplorable qu’il ait fallu une tragédie pour que soient révélées les défaillances du projet de barrage de Sivens, tant du point de vue de sa gestion que de son objet (la gestion de l’eau), et que soit stoppée sa mise en œuvre. Cette phrase, sans équivoque, se trouve en conclusion de l'étude.

On y retrouve le soutient particulièrement marqué de l'Etat, et donc de sa représentante, Josiane Chevalier, en faveur du projet.

Il est démontré qu'un tiers, soit 33% des simulations amenaient à une situation de blocage.

Il y'avait donc 2 chances sur 3, soit 66%, d'éviter cette situation de blocage, d'affrontements, et surtout l'irréparable, à savoir le décès de Rémi Fraisse, âgé de 21 ans. C'est suite son décès que le projet a pris fin, la déclaration d'utilité publique du barrage ayant été annulée, plus d'un an après l'abandon du projet, une victoire a posteriori pour les opposants qui les conforte dans leur sentiment que le projet était bien « illégal ». Il est important de préciser que le Préfet au moment du décès de Rémi Fraisse était le Préfet Thierry Gentilhomme, qui a succédé à Josiane Chevalier le 01 septembre 2014, un mois et demi avant le drame.

Mais c'est bien Josiane Chevalier, en tant que représentante de l'Etat, qui a mis en place le contexte, la situation. C'est un lien entre les différentes parties, un acteur MAJEUR. 

En effet, c'est bien elle qui a effectué tous les arrêtés les arrêtés concernant le projet, de 2013 puis 2014, à savoir DUP, DIG, puis les arrêtés concernant les espèces protégées et déboisement, dont 3 ont été annulés par le TA de Toulouse en juin 2016. La coupe s'est quand même effectuée, juste après son départ. 

C'est aussi Josiane Chevalier, qui en tant que Préfète, s'est chargée de la stratégie des forces de l'ordre. 

"Elle n'a pas hésité à "utiliser la FORCE, dans des "proportions inouïes pour réduire les opposants", "chacun connaît à quels degrés de violence, contre la nature et contre les personnes, cet entêtement à donné lieu, jusqu'au drame irréparable de la mort de Rémi Fraisse." Déclaration de Roland Foissac, ancien vice-président du Conseil général du Tarn."

Cette déclaration de Roland Foissac est confirmée par cette étude. On y retrouve tous les cas de figures ainsi que les autres possibilités qui s'offraient à elle. Autrement dit, tout ce qu'elle aurait pu faire pour éviter l'escalade, la montée de la tension, mais qu'elle n'a pas fait, préférant user de ses armes favorites : intimidation et répression, en utilisant la force, ce qui provoqua des affrontements entre FDO et Zadistes. La stratégie du CHAOS.

Prenons par exemple la notation de "l’état des relations", càd du dialogue entre les différentes parties :

L’État soutient -AVEUGLEMENT- le projet (comportement de 10) et les zadistes occupent (comportement de 10) au maximum de leurs possibilités ; les circonstances de la survenue d’un accident sont donc réunies. De plus, la déviation est nulle, toutes les simulations conduisent exactement à la même configuration de blocage : le jeu est surdéterminé, aucun acteur ne voit comment il pourrait se comporter autrement.

Pour pourrir et bloquer encore plus la situation, Madame Chevalier et l'Etat ont reçu l'aide du conseil général du Tarn, dont les moyens d'action sont la communication, dans la presse et auprès de la population, des syndicats agricoles, dont la FNSEA (manifestations, presse, tracts, etc.), aux niveaux national et local, à la réalisation du barrage, occasionnellement accompagné par l’Avet. Les moyens de l’Avet sont des opérations commando et d’intimidation in situ. Une véritable milice. Une division et une tension au sein même des habitants du village s'est "créée", entre pro et anti barrages. De nombreux anti barrage ont été eux aussi menacés, intimidés.

Si l'on résume, avec quelques mots clé la stratégie employée par l'Etat et Josiane Chevalier dans ce dossier : 

Stratégie du chaos. Campagne de propagande via la presse, avec le soutient du conseil régional et des principaux syndicats agricoles, soutient de l'Avet, qui a agi comme une milice en provoquant, menaçant et agressant les zadistes, sans oublier bien entendu la répression via les forces de l'ordre, ainsi que les nombreux décrets préfectoraux, pour faciliter sa "mission", dont une bonne partie ont été jugés illégaux par le tribunal administratif de Toulouse. 

Comment peut on encore nommer un poste à responsabilités à une personne comme Josiane Chevalier ? A t'elle retenu les leçon du passé ? 

Que ce soit en Corse, ou en Alsace (elle est Préfète de la Région Grand Est aujourd'hui), la réponse est non. 

En Corse : stratégie de tension, de guerilla, d'instrumentalisation

« La préfète se mêle de tout. Elle a géré l'affaire des paillotes de manière calamiteuse. »

 « Ils sont devenus fous : ils veulent nous supprimer tout ce qui est en dur sur le domaine public » ... Nombreux sont les Corses qui redoutent un retour à la violence.

Trois paillotes ont été incendiées depuis début mars. « La feuille de route de la préfète est de faire chuter les nationalistes. On est en pleine partie de poker menteur », avance un correspondant local. Un élu paillotier évoque même une « stratégie de tension et de guérilla »… « En faisant de la lutte contre les paillotes une priorité absolue, la préfète cherche à instrumentaliser cette affaire pour mettre les nationalistes en porte-à-faux avec les acteurs de l'économie touristique »

On retrouve tous les mots clé ... Stratégie de tension, de guérilla même, utilisation de la presse et instrumentalisation et "diabolisation" des opposants, gestion d'affaire calamiteuse.

Elle est subitement mutée de Corse en Alsace, en février 2020. 

Et fait à nouveau beaucoup parler d'elle. 

Concernant la situation "sanitaire" : 2 de ses arrêtés préfectoraux concernant le port du masque ont déjà été jugés illégaux par le tribunal administratif de Strasbourg, ou encore, en avril 2020, "l'affaire de la réquisition de masques" au profit de son agence régionale de santé (ARS) qui en attendaient également plusieurs millions. Une partie de ces masques était destinée aux Bouches du Rhône, à la Bourgogne ainsi qu'à la Franche Comté.

Concernant les activités de Fonroche : Après des séismes inexpliqués en 2019, d’autres plus explicables en octobre 2020, puis un clairement anormal le 04 décembre, et après la décision préfectorale d'arrêter définitivement la centrale de Vendenheim construite par Fonroche au prix de 100 millions d’euros d’investissement, voilà l’entreprise accusée de « faute » : la préfecture lui reproche d’avoir dépassé les limites qu’elle lui avait fixées. Fonroche Géothermie se défend de son côté en déclarant avoir informé les autorités concernées, càd la Préfecture,  de l’« extension scientifique » du puits, et les pressions reprochées à l’opérateur ne correspondent pas au bon lieu de mesure, explique son directeur général.  Tiens, le jeu du poker menteur. Je vous rappelle son "acharnement dont elle a fait preuve contre la nature", Roland Foissac.

Les manifestations : Utilisation de la presse pour instrumentaliser et "diaboliser" les manifestants, qu'elle juge "radicaux". Stratégie de tension. Pression, mise sur certains manifestants avec de nombreuses gardes à vue, amendes. Pression aussi mise lors des manifestations, notamment via la stratégie de maintient de l'ordre. Pression accrue depuis l'arrivée de Laurent Tarasco au poste de directeur de la DDSP du Bas Rhin, ça n'est pas un hasard. Répression, intimidations. Nombres de CRS supérieur (!!!) au nombre de manifestants. Et comment ne pas comparer les miliciens de l'Avet avec les CRS Offenders, milice néo nazie qui sévit sur Strasbourg, groupuscule qui a notamment attaqué une manifestation, non sans une certaine "bienveillance" de la police, notamment lors de leur fuite ? 

Répression, intimidations, pressions, instrumentalisation des opposants via la presse, etc ... Depuis 2013, la "stratégie est bien rodée". Elle n'a pas (voulu ?) tirer des leçons du passé, de son passé, de ses décisions, ainsi que des conséquences de ses décisions. Elle reprend systématiquement le même schéma, la même stratégie. Faut il attendre un nouveau Rémi Fraisse pour s'en rendre compte et prendre les mesures nécessaire ? J'ose espérer que non. 

Présentation de l'étude menée à l'Université de Toulouse.

Une analyse formelle du jeu des acteurs autour du projet de barrage de Sivens, université de Toulouse (2017) :

À partir d’un cas bien documenté, le projet de barrage de Sivens, en se basant sur la sociologie de l’action organisée de Michel Crozier et Erhard Friedberg, l’auteur propose une modélisation du conflit. Les données sont mesurées sur des échelles ordinales à partir d’entretiens par questionnaire pour évaluer les degrés de satisfaction des différents acteurs et les poids des différentes contraintes.

Certes, la structure du système est très particulière et linéaire, entraînant une « surdétermination » des comportements qui conduit au blocage et à l’affrontement. Pourtant, une « analyse de sensibilité » indique que d’autres positionnements auraient pu conduire à un relâchement dans la radicalité des oppositions.

Utilisée en modélisation d’accompagnement, cette approche qui décrypte et explicite les comportements des acteurs a pour visée d’imaginer des solutions ouvrant sur un dialogue entre acteurs.

Le modèle que nous présentons se focalise sur la survenue de l’accident mortel résultant de l’affrontement entre certains des opposants au barrage et les forces de l’ordre. Organisé autour de ces deux acteurs de terrain, ce modèle comporte cinq acteurs : l’État (le régulateur), le conseil général du Tarn (CG, le maître d’ouvrage), la CACG (le maître d’œuvre), le Collectif Testet (opposant légaliste) et les zadistes (opposant activiste). Chaque acteur contrôle une seule relation qui repose sur les moyens d’action, ou ressources, qu’il maîtrise.

Par État, nous entendons les ministres qui sont directement intervenus dans le jeu : le ministre de l’Écologie et du Développement durable – en l’occurrence Delphine Batho (jusqu’en juin 2013) puis Philippe Martin, Ségolène Royal nommée en mai 2014 ne s’étant saisie que tardivement du dossier – et le ministre de l’Intérieur, soutenus par le ministre de l’Agriculture et le Premier ministre. Nous entendons aussi le directeur départemental de la sécurité publique et les forces de l’ordre sur lesquelles il a autorité (en l’occurrence gendarmes mobiles, PSIG et CRS). Le préfet du Tarn (Josiane Chevalier jusqu’au 30 août 2014 puis Thierry Gentilhomme) est le représentant de l’État sur le terrain.

Le conseil général du Tarn, les pouvoirs locaux et les agriculteurs pro-barrage :

Le conseil général du Tarn est le leader de la coalition des « pro-barrage » : maître d’ouvrage de ce projet et définitivement adopté par la commission permanente du département en mai 2013, il le finance à hauteur de 10 %, tout comme le CG du Tarn et-Garonne.

 Le conseil général du Tarn-et Garonne, où est située la vingtaine des principaux bénéficiaires du projet pratiquant la culture de maïs semence à haute rentabilité, est lui aussi très attaché à la réalisation de ce barrage, en conformité avec son soutien à l’agriculture productiviste.

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et son instance dans le Tarn (FDSEA), ainsi que les Jeunes Agriculteurs et la Coordination rurale, sont des syndicats professionnels agricoles qui mobilisent les agriculteurs pour demander la réalisation de barrages.

La politique mise en œuvre par le CG est (conforme à) celle qu’ils souhaitent voir adoptée. Enfin, cette coalition est épaulée par l’Avet (association Vie Eau Tescou), qui a suscité, en marge des enjeux sur la réalisation du barrage, la constitution d’une véritable MILICE qui ne supporte pas la présence et le mode de vie des zadistes. 

Les moyens de l’Avet sont des opérations commando et d’intimidation in situ.

Les zadistes

Si le Collectif incarne la modalité légaliste – voire co-gestionnaire – de la contestation militante, les zadistes en incarnent la modalité activiste par l’occupation concrète du terrain.

Nous regroupons sous ce terme toutes les personnes qui ont participé d’une façon ou d’une autre à l’occupation du secteur de construction du barrage, accompagnant ceux qui l’ont institué en zone à défendre18 à partir de l’automne 2013 : participants aux rassemblements organisés sur place, hébergés occasionnellement ou ayant élu domicile sur la zone, venus de loin ou proches habitants apportant matériel et nourriture nécessaires à la vie quotidienne sur ce site isolé. 

Cet acteur contrôle la relation « occupation », dont les valeurs positives correspondent à une forte entrave à la réalisation des travaux.

Résultats de simulation

En ce qui concerne l’état des relations, l’État soutient (comportement de 10) et les zadistes occupent (comportement de 10) au maximum de leurs possibilités ; les circonstances de la survenue d’un accident sont donc réunies. De plus, la déviation est nulle, toutes les simulations conduisent exactement à la même configuration de blocage : le jeu est surdéterminé, aucun acteur ne voit comment il pourrait se comporter autrement.
En ce qui concerne la satisfaction des acteurs, le CG apparaît comme le gagnant et le Collectif et les zadistes comme les perdants, les autres acteurs étant dans une situation intermédiaire. Ces résultats correspondent à ce qui aurait dû se passer si le jeu n’avait pas été dramatiquement interrompu par la mort d’un opposant : le bétonnage de la digue devait commencer le 27 octobre. 

Hormis l’État, les comportements adoptés par les acteurs correspondent à un équilibre de Nash : chacun adopte le comportement qui lui convient le mieux, ne comptant pas sur les autres pour réaliser ses objectifs. 

Se'Th

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