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Billet de blog 2 janvier 2026

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Crans-Montana – ces parents devenus orphelins de leurs enfants

Lumineux balcon contemplant la vallée du Rhône, balayant du regard le cœur hors du temps des Alpes valaisannes, Crans-Montana fait partie des merveilles de cette planète. Cœur aujourd’hui mis en pièces par le feu qui a ravagé le bar « Le Constellation » de cette station. Une quarantaine de morts, 115 blessés, jeunes – et même très jeunes – pour la plupart.

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Illustration 1
© ©MlleNömi_Wikimedia Commons

« Il faut un temps pour tout » dit L’Ecclésiaste (Qohélèt). Lorsqu’un drame de cette ampleur nous endeuille, il convient de respecter les étapes de la douleur collective. Etablir les responsabilités et faire œuvre de justice légitime (et non médiatique) seront autant d’actes indispensables, ne serait-ce que pour que de tels événements ne se répètent pas.

Certes, aucun jugement ne saurait arrêter les drames dans l’histoire des humains. Mais au moins tentons de les limiter.

Récolte des preuves malaisée

Toutefois cette étape-là n’est pas encore de saison. Actuellement, nous vivons trop dans la sidération pour nous lancer dans des accusations forcément hâtives et donc potentiellement injustes. De plus, ayant dans mon passé de reporter vécu des moments semblables, je peux témoigner que la collecte des preuves dans un milieu dévasté par l’incendie est particulièrement ardue. Elle demande du temps, de la patience et doit s’accomplir sans pression aveugle exercée par des ignorants.

« Il faut un temps pour pleurer ». C’est celui-là qu’il faut vivre à l’heure présente, pleinement. Pleurer avec ces parents en proie à une douleur indicible. Qu’ils ne se sentent pas seuls, abandonnés sur l’île de leur souffrance, devenus orphelins de leurs enfants.

Jeunesse sacrifiée

Pleurer aussi sur cette jeunesse qui ne cesse d’être sacrifiée. Sacrifiée pendant le Covid pour protéger les vieux. Sacrifiée dans les pays en guerre où ils servent de chair à canon. Sacrifiée par la société hypercapitaliste qui détruit des emplois sans qu’ils soient toujours remplacés par d’autres jobs. Sacrifiée sur l’autel de la dette publique qui compromet leur avenir.

Vient à la mémoire, cet extrait du long poème d’Aragon, Epilogue qui fait partie du recueil Les Poètes paru chez Gallimard:

Petits qui jouez dans la rue enfants quelle pitié sans borne j'ai de vous

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude

Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris

Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix.

Il faut un temps pour tout. Celui de faire solidarité avec les jeunes relève de l’urgence.

Jean-Noël Cuénod

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