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Billet de blog 5 oct. 2022

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Nazisme – De capitaine des Bleus à lieutenant SS

Le foot peut mener au pire lorsque l’on a définitivement quitté les vestiaires par la mauvaise porte. La vie et la mort d’Alexandre Villaplane l’illustrent de la façon la plus radicale. Dans son livre qui vient de sortir « Le Brassard » Luc Briand retrace le parcours de cet ancien footballeur français devenu Allemand, officier de la Waffen SS et auteur de plusieurs massacres notamment en Dordogne.

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Monument érigé à la mémoire des 26 otages fusillés par Alexandre Villaplane et ses sbires, sur les lieux mêmes du crime à l’entrée nord de Brantôme en Périgord Vert. © JNC_Beaurecueil-Forge de la Poésie

Une grande colonne blanche se dresse à l’entrée Nord de l’un des plus beaux villages de France, Brantôme, dans le Périgord Vert. 26 noms y sont gravés, dont celui de Georges Dumas, père de Roland, ancien ministre de la justice sous la présidence de Mitterrand. 26 otages fusillés le 26 mars 1944 sur ordre de l’armée allemande par une phalange de truands français venant souvent d’Afrique du Nord. 

Il s’agit de supplétifs de la Hilfspolizei, la police auxiliaire de l’occupant nazi, qui faisaient partie de la sinistre Gestapo française dirigée par un gangster d’envergure, Henri Lafont, et un flic révoqué qui avait connu son moment de célébrité, Pierre Bonny. 

Une section de ces supplétifs au service de l’occupant ont pour chef un Français qui sera bientôt naturalisé allemand, le SS-Untersturmführer Alexandre Villaplane. Cette ancienne gloire sportive a troqué le brassard de capitaine de l’équipe de France de football qu’il portait au championnat du monde de 1930 contre celui à croix gammée.

Le terrible printemps 1944 en Dordogne

  En ce printemps 1944, la répression nazie se fait d’autant plus intense à Brantôme et dans les villages avoisinants que les forêts de la Dordogne et de la Corrèze abritent un grand nombre de maquis de résistants bien entraînés et qui mènent la vie dure à l’occupant.

Le destin d’Alexandre Villaplana – le « a » final sera francisé en « e » par la suite – commence la veille de Noël 1904 à Alger. Il naît, quartier Belcourt, dans une famille de modestes Français d’Algérie. Son père est un artisan tonnelier originaire de Minorque qui a bien du mal à développer sa petite entreprise. 

Devenu écolier, Alexandre obtient d’assez bons résultats. Il est habité par une passion dévorante: le football. C’est sous les couleurs du Gallia Sports qu’il est licencié pour la première fois à 12 ans. Le jeune Alexandre impressionne par son jeu et ses performance physiques. 

A l’âge de 16 ans, il quitte définitivement Alger en suivant sa famille qui s’installe à Sète (qui s’écrit alors Cette). Très vite, l’adolescent joue dans les minimes du club local puis, dès 17 ans, intègre l’équipe première.

Lorsqu’il est appelé sous les drapeaux, Villaplane est sélectionné dans l’équipe de France militaire contre les soldats anglais et belges, comme ailier gauche. Mais il excelle surtout au milieu de terrain, plutôt offensif. Selon la terminologie de l’époque, il occupe les postes de demi-aile ou centre-demi selon les matches.

Les hypocrites du ballon rond

Alexandre Villaplane brille sous les couleurs du FC Cette (Sète) puis change de club pour rejoindre l’UC Vergézoise, formation modeste mais financièrement bien pourvue. Le jeune homme âgé de 20 ans aime l’argent et s’est laissé facilement appâter par son nouveau club. Mais – chut! – il ne faut jamais parler gros sous dans cet hypocrite monde du foot qui n’est pas encore professionnel. 

C’est le règne des « amateurs marrons » qui touchent en cachette des enveloppes de tailles variables selon les résultats. Ils occupent aussi des emplois qui demandent autant d’assiduité au travail que ceux qu’exercera, bien plus tard, Madame Fillon. 

C’est ainsi qu’Alexandre devient représentant de commerce pour les eaux minérales Perrier. Mais s’il sillonne les routes du Midi pour s’arrêter de bars en cafés, ce n’est pas pour vendre sa pétillante flotte et encore moins pour la boire. Il préfère les tournées de pastis et les paris sur les courses hippiques. Villaplane met ainsi le doigt dans un engrenage qui va le happer progressivement.

Belle carrière internationale

Néanmoins, pour le moment, il poursuit sa belle carrière sur les terrains. Tellement qu’il attire en 1925 les regards des sélectionneurs de la Fédération Française de Football. Le 11 avril 1926, il revêt pour la première fois le maillot bleu frappé du coq. Villaplane jouera à 25 reprises dans l’équipe de France A. 

Il atteint son zénith en 1930. Le milieu de terrain est nommé capitaine de la sélection tricolore à l’occasion du premier championnat du monde de football qui se tient en Uruguay. La France y fait bonne figure – notamment en battant le Mexique 4 à 1 – sans parvenir à se qualifier pour les demi-finales. Et c’est la puissance invitante, l’Uruguay, qui remporte la première Coupe du Monde.

Il a failli jouer à UGS

Le capitaine des bleus reçoit de nombreuses propositions de transfert dont l’une vient d’Urania Genève Sport, le club eaux-vivien qui faisait alors la nique au Servette FC. Mais Villaplane ne foulera jamais la pelouse du stade de Frontenex. Peut-être la trajectoire de son destin en aurait-elle été modifiée, qui sait?

Le professionnalisme s’installe en France dès 1932. Mais Villaplane est en perte de vitesse. Il a de plus en plus la tête ailleurs, aux chevaux de course, surtout.

 Il fréquente voyous et margoulins et tombe dans une affaire de paris truqués qui l’envoie en prison pour la première fois (condamnation à six mois d’emprisonnement). Son mariage – il est père d’une fillette – ne résiste pas à l’incarcération, d’autant plus qu’Alexandre vit avec une autre femme que la sienne!

Il plonge dans la trahison

La Seconde Guerre Mondiale le surprend dans sa dégringolade vers le grand banditisme. C’est dans le contexte trouble de la défaite française et de l’occupation allemande qu’il rencontre son âme damnée, Henri Lafont, un truand notoire qui a vite vu le parti qu’il pouvait tirer de la présence nazie.

 Il offre à l’occupant la compétence de ses bandes bien organisées qui connaissent Paris comme la poche de leurs victimes, offrant ainsi aux officiers allemands la connaissance du terrain qui leur fait défaut. 

La bande à Lafont pillera, rançonnera les Juifs qu’ils livrent sans vergogne aux nazis. 

Lafont devient le chef de la Gestapo française. Pour le compte des Allemands, lui et ses hommes livreront une guerre sans quartier aux résistants. Avec, hélas, un succès certain.

Lafont a bien saisi les qualités de Villaplane: un meneur d’hommes dépourvu du moindre scrupule. Pour les basses besognes, il a le bon profil. Voilà donc l’ancien footeux enrôlé dans la Gestapo française.

Il y prend du galon, celui de SS-Untersturmführer. Sous la conduite de Lafont qui, lui, a le grade de capitaine, se forme la Légion nord-africaine qui est destinée à réprimer, de la façon la plus sauvage, les maquis de la Résistance. (On lira à ce propos ce passionnant document de la Fondation de la Résistance.)

Massacres au Périgord Vert

Villaplane commande l’une des cinq sections de cette légion de malfrats dès février 1944. Sous sa conduite, les massacres se succèdent en Dordogne, surtout au Périgord Vert (le Nord du Département):

– 26 mars, 27 fusillés à Brantôme;

– 28 mars, 25 fusillés à Sainte-Marie-de-Chignac; 

– 7 avril, Villaplane et ses sbires pillent une maison à Pomport en assassinant le propriétaire et son domestique; 

– 11 juin 1944, 52 résistants tombent fusillés à Mussidan, dix sont tués de la main même de l’ancien capitaine des Bleus.

Entre deux tueries, lui et ses sbires continuent à rançonner les Périgordins. Villaplane engrangera 20 millions de francs français de l’époque… En trois mois!

La mort sous passeport allemand

Le 11 juin 1944 – le lendemain du massacre d’Oradour-sur-Glâne dans le Limousin tout proche – Alexandre Villaplane reçoit son passeport allemand. Un cadeau qui devient encombrant. Le temps presse, les Alliés progressent. Le bon temps de la « Carlingue » – l’autre nom de la Gestapo française – prend fin.

Villaplane veut encore régler une « affaire » à Paris avant de partir en cavale avec ses 20 millions. Le jour même de la libération de Paris – 24 août 1944 – il s’y fait cueillir par la police judiciaire.  Le 12 décembre, il est condamné à mort. Trois jours après son 40ème anniversaire, le 27 décembre, Alexandre Villaplane est fusillé au fort de Montrouge en compagnie de ses deux patrons de la « Carlingue », Lafont et Bonny.

En contre-point, un autre footballeur

L’auteur de ce livre captivant et supérieurement documenté, Luc Briand, est un magistrat français qui siège à la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence. Il a eu l’intéressante idée de tresser en contre-point le destin de l’un des coéquipiers de Villaplane en équipe de France, Etienne Mattler. 

Ce combattant de la Résistance, après avoir été arrêté par les Allemands, est parvenu à s’évader en Suisse où il sera interné à Granges en Valais dans de bonnes conditions, avant de reprendre les armes contre les nazis.

Le traitre et le héros avaient partagé le même maillot bleu, les mêmes joies et les mêmes peines d’après match, les mêmes rires et les mêmes engueulades au vestiaire dans la moiteur des douches. Avant que les choix de vie ne fassent dérailler l’un et s’envoler l’autre.

Jean-Noël Cuénod

Luc Briand – Le Brassard Alexandre Villaplane, capitaine des bleus et officier nazi. Editions Plein Jour -230 pages

Cet article est paru vendredi 30 septembre sur le magazine numérique Bon Pour La Tête-Média indocile https://bonpourlatete.com/ 

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