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Billet de blog 10 janv. 2022

Russie-États-Unis… à la fin c’est la Chine qui gagne

La Russie et les Etats-Unis développent toute l’étendue de leurs désaccords à Genève. Troupes russes massées à la frontière ukrainienne et d’autres envoyées au Kazakhstan, Poutine poursuit sa stratégie de reconquête impériale. Mais a-t-il les moyens de ses rêves ? En tout cas, Pékin risque fort de tirer les marrons du feu en laissant Moscou se brûler les mains.

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Poutine part à la pêche mais son butin ne pèsera pas lourd face à la Chine

Joe Biden et Vladimir Poutine font assaut de gonflette pour impressionner la galerie mondiale. Le Russe fait masser quelque 100 000 soldats à la frontière ukrainienne et en expédie entre 2000 et 3000 au Kazakhstan afin d’aider la dictature de cette ancienne République soviétique à briser l’émeute qui a éclaté après l’augmentation des prix du carburant.

La bombe S

L’Etats-Unien, lui, agite une très vague menace militaire au cas où l’armée russe partirait à l’assaut de Kiev mais, surtout, brandit sa bombe nucléaire S : sortir la Russie du réseau interbancaire SWIFT[1], ce qui aurait pour effet d’exclure la Fédération poutinienne du système de paiement mondial, la reléguant dans les affres que l’Iran subit actuellement. Certes, SWIFT est une coopérative de droit belge, basée à La Hulpe près de Bruxelles, à laquelle ont adhéré quelque 10 000 établissements bancaires de par le monde. Toutefois, ce sont les Etats-Unis qui y font la pluie et le beau temps (surtout la pluie) car c’est leur dollar qui est la principale monnaie internationale.

Menaces malaisées à exécuter

Il en va des menaces russes sur l’Ukraine comme de celles des Etats-Unis, elles seront très malaisées à mettre à exécution. Envahir l’ensemble de l’Ukraine ne serait pas pour Moscou une promenade de santé. L’armée de Kiev s’est aguerrie au fil des combats au Donbass, contre les milices pro-russes et serait en mesure, sinon de lui faire barrage, du moins de lui donner bien du fil de fer barbelé à retordre.

 De plus, Moscou ne peut pas trop dégarnir ses régiments dans la perspective de troubles en Asie centrale, comme l’exemple du Kazakhstan le démontre.

Surtout, une guerre, ça coûte fort cher. Or, le rouble ne roule pas sur l’or. L’économie russe n’est pas florissante, c’est le moins que l’on puisse dire (lire ici l’analyse de la Direction générale du Trésor – Ministère français de l’économie et des finances).

Pour les Etats-Unis, sortir la Russie du système SWIFT n’est pas sans risque. La Fédération pèse plus lourd, à tous points de vue, que l’Iran et la bouter hors du système des paiements interbancaires risque de mettre à mal les échanges commerciaux entre les pays occidentaux et Moscou.

Un contre-SWIFT chinois et bitcoin en embuscade

Surtout, une telle mesure aurait pour conséquence de contraindre la Russie à nouer des liens encore plus étroits avec la Chine qui reste l’adversaire numéro 1 de Washington. Depuis les sanctions économiques contre l’Iran, Pékin tente de tisser son propre réseau interbancaire pour contourner SWIFT en lançant dès 2015 le Système de paiement interbancaire transfrontalier (CIPS). Parallèlement, la Russie a dupliqué les standards de SWIFT. D’ailleurs, les règlements commerciaux entre Moscou et Pékin en dollars, via SWIFT, sont passés de 90% en 2015 à 46% l’année dernière.

Pour l’instant, le poids financier du dollar reste trop important pour que SWIFT soit contourné. Toutefois, l’éjection de la Russie de SWIFT risque de donner un nouvel élan au contre-réseau chinois. Sans compter l’utilisation du bitcoin comme substitut au dollar (lire aussi cet article du site « Cointribune »).

Que ce soit sur le front iranien ou russe, Xi Jinping est à la manœuvre contre Joe Biden. En utilisant habilement le déclassement bancaire de Téhéran et Moscou, la mégadictature chinoise veut affaiblir les Etats-Unis déjà minés par des haines internes qui ont pris un tour spectaculaire entre les démocrates et les républicains incapables de sortir de l’ornière Trump.

« Jolitorax » Poutine un peu maigre

L’étreinte de Pékin va se resserrer sur Téhéran et Moscou. Poutine a beau jouer les Jolitorax[2] en bombant ses pectoraux, face à Xi, il ne représente pas grand-chose. L’économie chinoise occupe le deuxième rang des puissances économiques de la planète, en attendant de détrôner les Etats-Unis (Produit intérieur brut : 16 493 milliards de dollars en 2021) alors que celle de la Russie ne se situe qu’à la 11e place avec un PIB de 1 584 milliards de dollars, soit à peine plus élevé qu’une seule des vingt-trois provinces chinoises (celle de Guangdong présente un PIB de 884 milliards de dollars).

Par conséquent, l’actuel bras de fer entre Poutine et Biden risque de ne faire qu’un seul gagnant, Xi Jinping.

Jean-Noël Cuénod

[1] Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication

[2] « Astérix chez les Bretons », of course !

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