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Billet de blog 16 sept. 2020

Pourquoi Trump ne perdra jamais les élections

A la manière des potentats qui s’accrochent au pouvoir en niant leur défaite, Donald Trump s’est mis dans la position médiatique de ne pas perdre l’élection présidentielle américaine, le 3 novembre prochain. « Ce sera moi ou le chaos » disait, en substance, de Gaulle. « Le chaos c’est moi », ajoute le Golfeur Fou de la Maison Blanche.

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Sleepy Jo versus Crazy Golfer

Depuis plusieurs mois, il martèle à coups de twitts que si Jo Biden L’Endormi (Sleepy Jo) l’emporte ce sera uniquement grâce à la fraude. Cela dit en passant, si Jo réussit ce tour de force, c’est qu’il ne serait pas aussi sleepy que ça ! Mais Donald n’en a rien à battre de se contredire. Ce ne sont pas les mots qui comptent mais leurs bruits. Et du bruit, Crazy Golfer sait en faire mieux que quiconque.

Dans tous les cas de figure, Trump ne peut pas perdre, selon sa stratégie du chaos. Que le candidat démocrate l’emporte largement ou d’une courte tête, son ennemi républicain annonce – dès maintenant – qu’il ne reconnaîtra jamais un résultat dû à une fraude massive des votes par correspondance. Que l’envoi des bulletins vienne à peine de commencer (le 4 septembre) dans un seul Etat (la Caroline du Nord) et qu’il est donc rigoureusement impossible de démontrer une fraude en l’état actuel des opérations électorales, voilà qui ne saurait troubler Crazy Golfer dans son swing. Il ne s’adresse pas aux Américains en général mais à son seul bloc de partisans.

Trump fait refroidir les incendies !

Trump peut dire et faire n’importe quoi – affirmer que la terre est plate, se mettre à poil devant les caméras, pincer les fesses de la Reine d’Angleterre, déclarer la guerre tout azimut – il sera acclamé par ses fans. Dès lors, les discours intelligents, bien balancés, bien documentés glissent sur les Rednecks (nuques rouges) comme l’eau sur les plumes de Donald Duck. Tout ça c’est de la bouillie qui fatigue la tête et qui ne fait rien qu’à embrouiller les cervelles.

La récente sortie de Trump à l’occasion des incendies qui ravagent la Californie illustre parfaitement cet état d’esprit (si du moins on peut encore parler d’esprit dans ce contexte). Aux spécialistes de l’environnement qui mettaient en cause le réchauffement climatique, Crazy Golfer s’est contenté de secouer sa moumoute jaune d’un air las : « Croyez-moi, ça va finir par se refroidir ». Et au responsable local qui lui a rétorqué en espérant que la science donnerait raison au président, Trump a soupiré – « Je ne pense pas que la science sache réellement » – avec l’air du gars qui aimerait en finir avec cette corvée pour aller enfin faire quelques trous dans l’un des rares golfs ayant échappé aux flammes.

Nombre de médias se sont partagés entre rires et indignations. Ils ont tort, car par cette ineptie Moumoute Jaune a conforté ses électeurs dans l’idée qu’il est le seul à braver les savants, les intellos, les ergoteurs. Pour les trumpistes, le réchauffement climatique est un truc inventé uniquement pour contester leurs habitudes. Et comme ils préfèrent leur mode de vie à court terme à la préservation de la vie à moyen terme, les propos de leur champion leur va droit au cœur.

Donald Trump ne cherche qu’à alimenter son électorat ­– 30 ou 40% grosso modo des électeurs – et non pas à convaincre ne serait-ce que les indécis. Peu lui importe de ne pas avoir la majorité. Avec le système très particulier de l’élection présidentielle par grands électeurs interposés, il avait remporté suffisamment d’Etats pour battre Hillary Clinton qui pourtant avait engrangé 2. 868.686 suffrages de plus que lui sur l’ensemble du pays.

Trump en porte-tweet du patriarcat blanc

Donald Trump s’est fait le porte-tweet du patriarcat blanc qui a dominé les Etats-Unis depuis leur fondation. Aujourd’hui, ce patriarcat blanc est mis à mal par les femmes qui sont devenues une force collective efficace (se rappeler le Mouvement #MeToo) mais aussi par les populations non-blanches qui vont devenir majoritaires[1]. L’angoisse de perdre cette hégémonie, d’être dos au mur, provoque dans de nombreux secteurs de la classes moyenne blanche un repli identitaire pour faire bloc. Combat d’arrière-garde ? Peut-être, mais ce sont les plus sanglants. Et ils ont trouvé en Donald Trump l’homme qui comprend leur rage de se voir dépossédés de ce qu’ils considèrent comme leur bien éternel.

Ils ne sont peut-être plus majoritaires, les trumpistes, mais ils votent, eux. Alors que les autres couches de la population américaine sont plus réticentes à se rendre aux urnes. Le calcul de Crazy Golfer avait réussi il y a quatre ans. Il peut fort bien se révéler payant cette année. Toutefois, la manœuvre sera plus difficile à conduire tant la gestion covidienne de Moumoute Jaune s’est révélée calamiteuse. Mais à l’image de son électorat qui s’accroche à son hégémonie, Trump ne veut même pas entendre le mot « défaite ». Dès lors, il anticipe un éventuel échec en criant à la fraude avant même que celle-ci soit éventuellement en mesure de se produire.

Détournement complotiste

Il n’hésite donc pas à détourner dans le sens complotiste certaines données. Les démocrates votent en moyenne nettement plus par correspondance que les républicains. Avec le Covid-19, les électeurs sont moins enclins à se déplacer dans un bureau de vote. Ainsi, la Caroline du Nord a envoyé 600 000 bulletins pour voter à distance, un nombre record dû à une hausse massive des demandes. Par conséquent, le poids de ce vote risque de peser très lourd dans la balance électorale. Comme le vote par correspondance est considéré, à tort ou à raison, comme plus perméable à la fraude, Trump a vite fait de choisir cette cible.

Depuis la fin de la Guerre de Sécession, jamais la société américaine n’a été aussi clivée. Entre trumpistes et anti-trumpistes, nulle passerelle. Si Trump gagne, il continuera sa stratégie de la provocation aux violences. S’il perd, il mobilisera son électorat pour contester sa défaite. Voilà donc le nouveau cauchemar américain. Le pire n’est pas sûr, certes. Mais il reste possible.

Jean-Noël Cuénod

[1] Selon le site Statista, les Blancs non hispaniques représentaient encore 61,27% de la population des Etats-Unis mais en 2060, ce pourcentage tomberait à 44,29%. Cliquer sur ce lien : https://fr.statista.com/statistiques/570757/pourcentage-de-la-population-des-etats-unis-en-et-2060-et-par-origine-hispanique/

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