Confinement3: le casse-tête de Castex (2)

Avec une usine à gaz de cette dimension, par quel miracle la France pourrait-elle ne pas exploser ? Le confinement déconfiné – ou le déconfinement confiné, on ne sait plus ! – décrété par le gouvernement dans seize départements (un tiers de la population du pays) a de quoi ébouriffer une boule de billard[1]. C’est le casse-tête de Castex.

On peut se rendre chez le cordonnier mais pour le pantalon, il faudra repasser. On peut se rendre chez le cordonnier mais pour le pantalon, il faudra repasser.
Que le premier ministre français prenne garde de ne point nommer l’innommable, à savoir le mot « confinement », pour le remplacer par sa formule « mesures massives de freinage » ne fait qu’aggraver la situation.

Cela nous donne l’impression d’être le passager d’une voiture conduite par un conducteur très débutant qui ne cesse de s’emmêler les pédales d’embrayage et de frein et vous fait heurter le tableau de bord avant de vous projeter sur le dossier. Et ainsi de suite. Mal de mer !

En tout cas, voilà qui donne de l’ouvrage aux journalistes et aux infographistes qui, avec force tableaux, tentent de démêler l’interdit du permis, le licite de l’illicite, le recommandable de l’indésirable (lire notamment ici).

Chaussures sans culotte

Ainsi, les Franciliens et Nordistes pourront aller trouver chaussure à leur pied chez le cordonnier qui reste ouvert. En revanche, il ne leur sera pas possible d’acheter le pantalon qui va avec à la boutique de fringues qui, elle, sera fermée.

Preuve est ainsi offerte que ce ne sont pas forcément les cordonniers qui sont les plus mal chaussés. Mais pourquoi fermer les commerces d’habillement ? Peur des politiciens de prendre une veste aux prochaines élections ?

De même, il sera possible d’aller acheter un bouquin en librairie mais pas de l’emprunter dans une bibliothèque. Sympa pour l’étudiant sans le sou!

Rex ne doit pas lever la patte !

Les distances autorisées pour les sorties sont variables. Pour marcher, courir, se dépenser physiquement, vous pourrez parcourir dix bornes. Mais une seule pour faire pisser Rex. Et si je cours avec mon chien sur dix kilomètres, c’est permis, chef ? Oui, mais à condition qu’il ne lève pas la patte durant le trajet.

Facile d’incriminer le gouvernement, me direz-vous. Il doit concilier l’inconciliable, tenir compte d’impératifs contradictoires et s’adapter à ce virus qui ne cesse de le narguer en mutant à tout bout de champ. C’est vrai.

La déstabilisation institutionnelle

Les médecins hospitaliers des départements concernés sont débordés par les cas Covid-19 et réclament d’urgence un confinement pur et dur ; a contrario, les psychiatres clament que la santé mentale des Français est en train de se dégrader rapidement en raison de leur enfermement ; l’économie exige de laisser les gens travailler pour éviter le naufrage du pays ; les jeunes sont des cocottes-minute sous pression qui menacent d’exploser à la prochaine restriction sanitaire.

Alors, pour tenter de ménager les uns et les autres, le gouvernement est condamné à mécontenter tout le monde.           

Mais avec cette usine à gaz de marque Castex, l’exécutif prend un risque majeur : la déstabilisation institutionnelle. Quand le décideur politique ne parvient pas à édicter des mesures compréhensibles par ses administrés, il s’ensuit un climat de craintes et de suspicions généralisées. En croisant gendarmes et policiers, le cœur bat plus vite, l’estomac se noue. Où ai-je fourré cette bon Dieu d’attestation ? Ai-je dépassé les 10 kilomètres ? Aurais-je franchi la limite de région ? Chacun se sent suspect et cette crainte chronique se mue en colère contre les flics. Ces derniers ne sachant comment procéder, soit n’appliquent pas les arrêtés, et on se demande alors à quoi peuvent bien servir toutes ces mesures, soit les appliquent mal, et c’est le sentiment d’injustice qui monte en température.

C’est toute la société qui se trouve atteinte par cette ambiance déstabilisante, créatrice d’un mal-être collectif.

Quand un peuple ne sait plus sur quel pied danser, c’est la présidence qui risque de valser.

Jean-Noël Cuénod

[1] J’avais écrit « chauve » mais la censure ambiante m’a soufflé à l’âme que c’était vilain de se moquer des personnes à chevelure réduite.

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