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Cette fois-ci, nous y sommes. Impossible d’ignorer ce que les scientifiques du GIEC(1) clament depuis 1988: notre activité frénétique bouleverse le climat de la planète en multipliant, en accélérant les phénomènes naturels jusqu’alors espacés tels que sécheresses ici, inondations là, tempêtes, dômes de chaleur, mégafeux de forêt.
L’actuelle canicule tardive en apporte la plus ardente démonstration.
Chaque fois qu’un épisode extraordinaire survient, chacun se dit: « cette fois-ci, c’est bon! Nous allons enfin prendre conscience que nous allons dans le mur et agir en conséquence ».
Et chaque fois, les belles résolutions sombrent dans le train-train quotidien d’un mode de vie que nous ne voulons surtout pas toucher.
Il en ira sans doute de la canicule tardive, comme des autres évènements. Nous l’étoufferons sous d’épaisses couches de paresse intellectuelle et de veulerie politique comme nous étouffions sous son emprise.
« Exagéré! »
Et ça commence déjà! Lundi dernier, au micro de France-Inter, le député Thomas Ménagé, porte-parole du groupe Rassemblement National, estime que les experts du GIEC « ont tendance à exagérer », qu’ « Il ne faut pas que ça puisse contrevenir à notre économie, à la croissance » et que « si on suit bêtement les données du GIEC, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français ».
Juché sur la taupinière de son incompétence, ce Monsieur Ménagé, juriste de formation, donne donc la leçon à des scientifiques confirmés, venant de tous les pays et représentant les principales disciplines de la science.
Les lepénistes, ça ose tout et c’est même à ça qu’on les reconnaît!
On pourrait en rire si ce Monsieur Ménagé n’était pas membre d’un parlement apte à voter les lois et s’il ne portait pas la parole du groupe RN, parti qui risque de parvenir un jour au pouvoir.
Le vrai débat court-circuité
Faire croire que lutter contre le réchauffement climatique sans changer notre mode de vie relève de l’escroquerie morale. C’est pourtant la petite musique démagogique que font flûter les climatosceptiques à nos oreilles complaisantes.
Or, tous les avis compétents insistent sur le fait qu’il faudra bel et bien changer nos habitudes les plus ancrées.
Comment ces efforts seront-ils répartis? Les classes aisées seront-elles épargnées et les autres, pressurisées? Qui sera rejeté dans le fossé? Qui prendra l’autoroute? Qui subira? Qui profitera? Voilà quelques thèmes du vrai débat politique qui devrait être engagé. Un débat court-circuité par les politiciens style Ménagé qui préfèrent nous conforter dans l’illusion et la défiance vis-à-vis des scientifiques.
On préfère l’ignare au savant
Malheureusement, par l’abrutissement iconique des médias de masse qui fait fondre les cervelles, au savant, nous préférons l’ignare. C’est dire à quel point nous sommes mal partis.
Ce n’est pas la planète qui risque de crever mais l’humanité. Selon Spinoza, chaque existant est mû par une force, le conatus, qui le fait persévérer dans son être. Si nous persistons à entraver la planète dans son conatus, elle risque fort de trouver mille stratégies et dix milles tactiques pour se débarrasser de nous.
La menace n’a rien de nouveau. Des groupes d’écolos particulièrement radicaux prônent d’ailleurs depuis plusieurs années l’extinction de l’humanité pour sauver la terre.
Une dinguerie dangereuse, voire fascistoïde? A l’évidence. Mais l’idée d’un possible retournement, d’une manière ou d’une autre, de la planète contre son principal agresseur devrait nous faire réfléchir. Enfin, si nous sommes encore capables de déployer une telle activité…
Jean-Noël Cuénod
1 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.