Cuenod
Poète et journaliste - Un regard décalé sur la France, la Suisse et toutes ces sortes de choses.
Abonné·e de Mediapart

639 Billets

0 Édition

Billet de blog 31 déc. 2020

Nouvel-An 2021: ne plus vitupérer 2020

Les réseaux soucieux n’en finissent plus de dégorger leur trop-plein d’amertume sur l’an achevé (HV comme Hautement Venimeux). Les gros médias, toujours suivistes, se mettent à l’unisson. Un Mur des Lamentations ! Virtuel, certes. Mais très casse-pieds. « 2020, annus horribilis » (attention, dans ce mot latin, il n’y a jamais trop de N!). « 2020, l’année terrible ». « 2020, l’année à oublier ».

Cuenod
Poète et journaliste - Un regard décalé sur la France, la Suisse et toutes ces sortes de choses.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cette gouache de l’admirable Burlingue (Xavier Bureau) pour vous redonner du cœur au ventre. © Burlingue (Xavier Bureau)


Eh bien, non, justement 2020 n’est pas une année à oublier ! D’ailleurs, elle ne court aucun risque de l’être. Elle fera date.

Ne pas oublier l’opacité de la Chine qui, au début, a surtout réprimé les lanceurs d’alerte plutôt que d’alerter les autres pays.

Ne pas oublier l’impréparation quasi-générale alors que le risque épidémique causé par la globalisation des échanges est connu depuis longtemps. Gouverner, c’est prévoir ? C’est surtout prévoir sa réélection pour les chefs d’Etats démocratiques et réprimer toute velléité d’opposition pour les dictateurs.

Ne pas oublier les demi-vérités et les quarts de mensonges assénés par des politiciens au pouvoir qui, dépassés par les évènements, ont feint d’en être les organisateurs, selon la formule de Jean Cocteau.

Ne pas oublier les imprécations de leurs opposants qui, tentant de surfer sur la vague covidienne, ont usé des plus grosses ficelles démagogiques pour se pousser du col dans les sondages.

Ne pas oublier celles et ceux dont les yeux se sont fermés avec le plafond de leur chambre pour dernier regard.

Ne pas oublier la démesure de la rapacité et de la cupidité de notre société qui n’a pour valeurs que celles cotées en bourse.

Ne pas oublier les actes de solidarité qui sont nés, à la base, pour pallier les manques laissés par les autorités.

Ne pas oublier le dévouement des personnels soignants dans les hôpitaux et les maisons de retraite qui ont fait passer leur métier avant leur santé.

Ne pas oublier ces chaînes d’amitié qui ont permis de briser la solitude des plus vieux.

Ne pas oublier toutes celles, tous ceux qui tomberont en faillite et se redresseront malgré tout.

Au plus noir de l’hiver

Nous en avons bavé certes. Et comme le fourreur du poème d’Aragon dans sa boutique, nous partageons l’amer plaisir de vitupérer l’époque[1]. Mais pour prendre la bonne mesure de ce Nouvel-An comparons-le avec celui de 1940-1941. Terrible hiver qui ne faisait pas trembler le monde que de froid. Hitler partout vainqueur. Les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique écrasés, la France humiliée, la Pologne rayée de la carte, la Grande-Bretagne sous les bombes.

Les Etats-Unis tardaient d’entrer en guerre. L’Union Soviétique était devenu l’allié de l’Allemagne nazie[2]. Au Nouvel-An 1941, il fallait avoir la foi chevillée au corps pour distinguer des lueurs d’espoir. Nul vaccin à l’horizon !

Pourtant, les femmes et les hommes de cette époque, nos aînés, ont tenu bon. Nombre d’entre elles, nombre d’entre eux se sont battus dans cette nuit qui semblait ne jamais finir. Ils se sont relevés des ruines pour nous permettre, à notre tour, de recevoir le plus lumineux des cadeaux : la vie.

Alors, avant de pleurer sur les décombre de 2020, songez à ceux de 1940.

Jean-Noël Cuénod

 [1] Et puis qu'on ait ou non vendu son chinchilla

Son hermine ou son phoque

Il vous reste du moins cet amer plaisir-là

Vitupérer l'époque

Dernier quatrain du poème « Les Fourreurs » qui figure dans le Roman Inachevé

[2] L’URSS de Staline et l’Allemagne d’Hitler n’avaient pas seulement conclu le Traité de non-agression du 23 août 1939 mais aussi le Traité d’amitié du 28 septembre 1939.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Violences sexuelles
Violences sexuelles : Damien Abad nommé ministre malgré un signalement adressé à LREM
L’ancien patron des députés LR, Damien Abad, a été nommé ministre des solidarités en dépit d'un signalement pour des faits présumés de viols adressé à LREM et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Deux femmes, dont Mediapart a recueilli les témoignages, l’accusent de viol, en 2010 et 2011. Il conteste les faits.
par Marine Turchi
Journal — Politique
Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’éducation nationale a fait remonter à la surface le racisme structurel de la société française et de sa classe politique, une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. La réaction de l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, donnera une première indication sur la tonalité du quinquennat.
par Ilyes Ramdani
Journal
En Italie, la post-fasciste Giorgia Meloni cherche à faire oublier ses racines
Elle espère devenir l’an prochain la première femme à présider le Conseil en Italie. Héritière d’un parti post-fasciste, ancienne ministre de Berlusconi, Giorgia Meloni se démène pour bâtir un parti conservateur plus respectable, en courtisant l’électorat de Matteo Salvini. Une tentative périlleuse de « dédiabolisation ».
par Ludovic Lamant
Journal
Mario Vargas Llosa, Nobel de l’indécence
L’écrivain péruvien de 86 ans, entré à l’Académie française en fin d’année dernière, vient de déclarer sa préférence pour Bolsonaro face à Lula. Cette nouvelle prise de position politique reflète un parcours intellectuel de plus en plus contesté, marqué par des soutiens à des figures d’extrême droite en Amérique mais aussi de la droite dure en Espagne. Une enquête du n° 20 de la « Revue du Crieur », disponible en librairie. 
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
Quand Macron inventait « l'écologie de production » pour disqualifier les pensées écologistes
[Rediffusion] Au cours de son allocution télévisée du 12 juillet 2021, Emmanuel Macron a affirmé vouloir « réconcilier la croissance et l'écologie de production ». Innovation sémantique dénuée de sens, ce terme vise à disqualifier les pensées écologistes qui veulent au contraire poser des limites, sociales et écologiques, à la production. Macron, qui veut sauver la croissance quoi qu'il en coûte, n'en veut pas.
par Maxime Combes
Billet de blog
Greenwashing et politique : le bilan environnemental d'Emmanuel Macron
[Rediffusion] Talonné dans les sondages par Marine Le Pen, le président-candidat Macron a multiplié dans l'entre-deux-tours des appels du pied à l’électorat de gauche. En particulier, il tente de mettre en avant son bilan en matière d’environnement. Or, il a peu de chances de convaincre : ses actions en la matière peuvent en effet se résumer à un greenwashing assumé.
par collectif Chronik
Billet de blog
Villages morts, villes vivantes
Nouvelle édition de « Printemps silencieux » (Wildproject). La biologiste américaine Rachel Carson avait raison bien avant tout le monde. Dans de nombreux villages de France, les oiseaux sont morts. Carson nous dessille les yeux au moment où une nouvelle équipe ministérielle veut accélérer la transition écologique. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Rapport Meadows 11 : est-il encore temps ?
Est-il encore temps, ou a-t-on déjà dépassé les limites ? C'est la question qui s'impose à la suite des lourds bilans dressés dans les précédents épisodes. Écoutons ce qu'a à nous dire sur le sujet le spécialiste en sciences et génie de l'environnement Aurélien Boutaud.
par Pierre Sassier