Fascisme « démocratique »

« Méthode de gouvernement dont Tatcher et Reagan ont été les précurseurs, mais Berlusconi le véritable consolidateur en Italie… Et dont l’emblème historique restera Georges W. Bush. Son résultat contemporain est proverbial, c’est-à-dire l’accès métastatique des bonnes vieilles extrême droites au pouvoir. »

Un révélateur de la violence de la classe dominante

 

Ce fascisme « démocratique » s’installe avec l’aide de nos institutions, soi-disant « démocratiques » ; mais qui, de fait ne le sont pas. « On n’insistera jamais assez sur le fait que c’est par le suffrage démocratique que le parti national-socialiste allemand a accédé au pouvoir en 1932 » précise Mehdi Belhaj Kacem[1].

Ce fascisme est un révélateur de la violence de la classe dominante, malgré tous ses efforts pour le masquer, pour l’enrober de mots trompeurs, comme celui de « démocratie ».

« Le fascisme du vingtième siècle fut le révélateur (…) de la véritable nature de la bourgeoisie et des rapports de production : sa violence intrinsèque, mais enfin exposée au grand jour, ce qui contrevint aux mœurs bourgeoises courantes, fondées sur l’hypocrisie et la dissimulation. »

Et, Mehdi Belhaj Kacem de conclure : « Tant que c’est la bourgeoisie qui est exclusivement, de fait, au pouvoir dans les « démocraties », c’est-à-dire qu’elle seule est représentée dans les parlements des dites « démocraties » (ceci sans aucun pays qui fasse exception au folklore représentatif), le fascisme sera la vérité plus ou moins latente des régimes en question. »

Et, cela perdure depuis cinquante ans…

 

Pour en sortir

 

Ce fascisme « démocratique » se présente comme vertueux. D’une certaine manière, il est plus « soft » que ceux qui ont sévi en Europe et sévissent encore dans de nombreuses contrées du monde. Mais, rien n’empêche qu’il s’assombrisse pour de « bonnes raisons ». En effet, les conditions de vies sociales ne cessant de se durcir, la tentation est grande.

Daniel Guérin nous éclaire dans son livre intitulé « Fascisme et grand capital » paru initialement en 1936. Cette violence -tantôt feutrée, tantôt délibérée- est inhérente à l’homo capitalis. Voici ce qui en ait dit dans la dernière réédition proposée par les éditions Libertalia en 2013 :

« Publié pour la première fois en 1936, complété en 1945 (Gallimard), repris par Maspero en 1965, puis par Syllepse (1999) et La Découverte (2001), Fascisme et grand capital est incontestablement un classique. Sa lecture reste essentielle alors même que l’Europe bruisse de tentations autoritaires sur fond de désespérance sociale et de crise économique (…)

Daniel Guérin en tire un enseignement : « L’antifascisme est illusoire et fragile, qui se borne à la défensive et ne vise pas à abattre le capitalisme lui-même. » »

Le fascisme s’imbrique à merveille dans le grand capitalisme. Il en décuple la violence et la mégalomanie. Les « capitaines d’industries » et les hommes -et femmes- politiques « providentiels » cultivent la même démesure et le même ego dévastateur… Qui fascine !

 

Changer d’échelle

 

A ces échelles de gouvernance – celle de la Nation et celle de la conquête du monde auxquelles Empires et Multinationales se prêtent, - il n’y a que des perspectives despotiques. Les petits chiffres, les petits maux, les petites gens, c’est-à-dire, tout ce qui se situe à l’échelle de la réalité sociale et vivante y est méprisable.

Est-ce que le délire politico-économico-mégalomaniaque n’a pas encore fait assez de mal aux personnes, à la Planète et à l’espoir d’un monde humain ?!

Il semble, au point où nous sommes rendus – après un XIXe siècle d’esclavage industrielle et un XXe de tueries industrielles des êtres humains et du vivant, - que la réponse est effectivement : STOP !

Pour cela la coupure des réalités ne peut plus être acceptables. Le retour à l’espoir est indispensable, impossible sans révocation du cynisme social, politique et économique. Et, ce n’est pas au niveau de délabrement des instances internationales et nationales que cela se jouera en premier. Soyez-en assurés !

C’est à notre niveau. Celui de l’être humain ordinaire, qui consent à sa fragilité, à ses valeurs intimes et au fait de prendre soin de lui-même autant que des autres, ici et maintenant.

 

 

 Note:

Mehdi Belhaj Kacem, né le 17 avril 1973 à Paris, est un philosophe, écrivain et acteur franco-tunisien.

FASCISME (DÉMOCRATIQUE) Mehdi Belhaj Kacem Cairn.info 2010 https://www.cairn.info/revue-lignes-2010-3-page-38.htm

 

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