Après la fronde populaire éclate en plein jour celle du corps médical

Le début de la fronde populaire date de plus de deux ans. Le mouvement avait prévu de ne pas passer inaperçu en adoptant le Gilet Jaune (JG) comme signe de ralliement. Le pari est en passe d’être gagné, peut-être…

Les manifestations de mépris se sont accentuées sous le régime « princier » de Macron. Pour le peuple laborieux (travailleurs indépendants, petits entrepreneurs, fonctionnaires, commerçants et professions intermédiaires, dont médicales…) cela finissait par faire beaucoup trop !

La souveraine indifférence présidentielle face à la situation réelle de la société – et notamment celle des milieux professionnels les plus utiles socialement - a entrainé une situation extrême de frustration et des problèmes pour boucler les fins de mois. Son outrecuidance décomplexée montre à quel point le régime exécré que la Dame de Fer, a imposé jadis au Royaume Uni, aussi radical qu’il soit, a fait des émules.

(Lire dans l’Usine Nouvelle : « Le thatchérisme, une idéologie radicale devenue la norme », article paru à l’occasion du décès de Mme. Tatcher)

 

Les revendications des JG étaient, en partie, très légitimes, ce qui entrainé le soutien initial d’une grande proportion de la population non engagée directement dans les manifestations de rue. D’ailleurs une petite partie de ces revendications ont dû être prises en compte, sous la pression de l’opinion publique. Cela n’a pas suffi à apaiser le mouvement, dont la liste des revendications s’est affinée et politisée – dans le bon sens du terme - au fil des mois de révolte.

Mais, cela a dû constituer un traumatisme durable dans le psychisme « jupitérien », qui en a appelé ensuite à la force policière, sommairement pilotée puis a eu recours à l’infâme article 49.3 de la constitution, hâtivement brandi, pour faire passer une importante réforme unanimement décriée. Et, enfin – dernier épisode en date de cette saga gouvernementale hallucinante – ce régime princier géré de manière militaire une situation de crise médicale.

Cette réaction qui consiste à lever dans la panique des remparts entre le pouvoir et le peuple ne peut pas grandir l’image de ce pouvoir. Et, sa stratégie liberticide, digne d’un régime glissant inexorablement vers le despotisme, semble plus désespérée que maitrisée.

Il faut se rappeler que le creuset de la fronde des Gilets Jaunes a été la mesure de réduction de 90 à 80 km/h de la vitesse autorisée sur les routes. Mesure qui a été ressentie comme liberticide, entrainant un risque accru de verbalisation et à termes d’érosion des points de permis de conduire...

 

Vue de la petite caste dominante, la vie, jusqu’alors paisible, étincelait des honneurs dus au rang social et jouissait confortablement des frasques que permet la très grande aisance matérielle et les nombreuses opportunités de la corruption active et passive offertes par les abus de position dominante.

Cependant, ces mirifiques « privilèges » semblent être remis en cause frontalement par la sensibilité accrue de l’opinion face aux « scandales » et à l’inaction écologique.

Le système se lézarde fortement à maints endroits. A cause des percées décisives dans l’opinion du combat démocratique, celui des femmes et, comme si cela ne suffisait pas, celui contre le dérèglement climatique et la dévastation de la biodiversité.

Certaines analyses entrevoient, d’ailleurs, des corrélations entre toutes ses crises montantes simultanément, comme un faisceau de symptômes d’un mal plus général, donc plus globalement répréhensible. Le régime actuel n'en porte pas toutes les responsabilités mais assume, cependant, la filiation de l'idéologie responsable de l'accentuation des désastres.

Les causes écologiques de la pandémie virale actuelle et son (mauvais) traitement ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu. Comme si une pente fatale avait été prise par les tenants de l’idéologie dominante et que leurs gesticulations ne font que précipiter l'issue fatale.

Cela nous conduit à la nouvelle fronde : celle du corps médical (Le terme de "corps" médical est très imagé, je trouve). A force de chercher à museler tous les contre-pouvoirs, le scandale enfle et éclate comme une bulle qu’on a trop gonflée.

Le vent de colère, dans le milieu médical, sourd particulièrement depuis le début de l’épisode de pandémie, c’est-à-dire plus d’un an déjà. Et, c'est le comportement d'une totale ineptie de l'exécutif - en portant atteinte brutalement à l'exercice de la médecine-  qui l'a attisé.  Ce désaccord profond du corps médical vient de s’exprimer magistralement avec l’auto déclaration d’un « conseil scientifique indépendant » sur la crise médicale actuelle, soutenue explicitement par 30 000 médecins, autant d’autres personnels de santé et 100 000 représentants de la société civile.

Il y a là un moment de convergence des frondes, car le soulèvement populaire, temporairement muselé n’attend que l’occasion de se redéployer.

(Lire l’article : « Gilets jaunes : la défiance contre les consignes sanitaires après la fronde populaire »

 

Plusieurs documentaires, dont le dernier en date, plutôt bien documenté, ont été disqualifiés par le qualificatif, si rapidement galvaudé, de « complotistes ».

(Voir le documentaire : « Mal traité ».)

Ce titre « Mal traité » aurait pu être aussi le titre d’un reportage sur le mouvement des Gilets Jaunes. Cette maltraitance se poursuit et même s’intensifie au nom de quoi ? De l’arrogance, du manque total de discernement… Le Professeur Perronne parle de « l’union sacrée de l’incompétence et de l’arrogance. » Bref, une attitude désastreuse, d’une bêtise impardonnable dans le rôle de gouvernant, face à une situation mobilisant autant d’enjeux.

Il y a moins de chance que la propagande bienpensante parvienne à démonter aussi aisément la légitimité de la fonde médicale qu’elle l’a fait avec les JG. Même si nombreux sont ceux qui, tout de même, s’y essayent déjà. Malheureusement pour eux, les faits témoignent : le positionnement, par les multinationales pharmaceutiques, de leurs remèdes sur le marché du coronavirus est bel est bien passé devant les considérations les plus élémentaires de santé publique.

 

Bien que toutes ces tristement bonnes occasions de manifester son désaccord soient parfois un peu trop vite saisies, et parfois même sans trop de discernement ; faut-il se donner – pour autant - une fausse bonne conscience en stigmatisant cette propension un peu immature à protester à tout va ou vaut-il mieux prendre la peine de regarder les raisons du désaccord profond - et, peut-être, même, irrémédiable... - qui nous séparent d'un système de domination sénescent en pleine déliquescence.

 

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