Mémoires en jeu / Memories at stake

Ce billet de Sonia Combe a été publié pour la 1e fois sur le site du CVUH le 23 juin 2019.

Lancée en septembre 2016, la revue Mémoires en jeu / Memories at Stake en est aujourd’hui à son 8e numéro. Elle doit son double titre au fait que non seulement tous les articles comportent un résumé en anglais, mais qu’elle publie des articles jugés essentiels parus dans cette langue. (Des ouvrages en langue étrangère font également l’objet de comptes rendus.) Comme son nom l’indique, la revue est dédiée à la mémoire dont l’émergence dans l’espace public et dans le champ académique s’est imposée au cours des dernières décennies. Sont abordés bien entendu ses rapports avec le récit historique et historien, mais aussi la façon dont elle se reflète dans la créativité artistique (littérature, cinéma, production artistique plastique, muséographie etc.).

Mémoires en jeu se dit « Revue critique interdisciplinaire et multiculturelle sur les enjeux de mémoire » et ceci n’a rien d’une formule convenue. Dans la rubrique « Actualités » du numéro 8, on trouvera la critique qui ne mâche pas ses mots du livre Les Amnésiques de la journaliste Géraldine Schwarz sur lequel Carola Haehnel-Mesnard se serait sans doute bien dispensée d’écrire si cette fausse confrontation avec le papy nazi n’avait fait l’objet de tant d’éloges de la presse et même reçu en 2018 le Prix du livre européen. Le jury se serait-il contenté de la belle couverture rétro ? Il faut dire que la mode est aux récits « perso », même parmi les nôtres. (Parfois ça marche.) Mais on trouvera surtout un entretien de Meïr Waintreter avec Philippe Mesnard (directeur de la revue) sur « Antisémitisme, antisionisme et/ou mémoires », qui remet les idées en place, une discussion autour du concept de « mémoire multidirectionnelle » de Michael Rothberg dont le site de la revue permet l’écoute de l’interview intégrale (en anglais), une mise au point sur le génocide au Cambodge, un dossier proposant une encyclopédie des mots relatifs à la mémoire, leur évocation selon les contextes, les époques et les pays, un inédit du professeur Pawel Machcewicz, directeur du Musée de la Seconde Guerre mondiale à Gdansk de 2008 à 2017 – sans compter un détour par le siège de l’Alcazar de Tolède en 1936 ou encore le siège de Leningrad (1941-1944), autant de lieux où les commémorations peuvent se révéler des pièges. On touche ici le point névralgique lorsque l’histoire officielle l’emporte sur une mémoire embarrassante dont elle veut précisément se débarrasser. Dans d’autres cas, cela peut être l’inverse, la mémoire collective (pour parler vite) entravant le travail de l’historien(ne). Analyser ces cas de figures est le travail de base de Mémoires en jeu qui ne doit laisser aucun(e) historien(ne) indifférent(e).

Appuyée sur le site sus mentionné, la revue offre régulièrement entretiens vidéo et promenades à travers les expositions. On ne saurait que trop recommander aux collègues, enseignants en lycées et universités, de demander l’abonnement à leur bibliothèque, médiathèque et autres services communs de documentation. Elles/ils y trouveront support à leur enseignement comme à leurs propres recherches et aussi un grand plaisir de lecture à l’instar de l’auteure (qu’on me pardonne, mais « autrice », je n’y arrive pas !) de ces lignes.

Sonia Combe

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