Billet d’humeur (très sombre) : Brigitte Lainé

Ce billet d'humeur de Sonia Combe a été publié pour la 1e fois sur le site du CVUH le 7 novembre 2018.

Comme si cela ne suffisait pas d’apprendre aujourd’hui que le président Macron rend hommage à Pétain, nous vient en ce 6 novembre l’annonce par le sous-directeur de la communication et de la valorisation des archives, service interministériel des archives de France, de la disparition de Brigitte Lainé, archiviste diplômée de l’École des Chartes. Sa carrière, jusqu’à sa retraite, en 2008, aux Archives de Paris a été brièvement évoquée.

On rappellera ici ce qui a été tu :

Brigitte Lainé et son collègue Philippe Grand ont été placardisés jusqu’à leur retraite après avoir témoigné au procès en diffamation intenté en 1999 par Maurice Papon à Jean-Luc Einaudi pour avoir parlé dans un article du Monde du « massacre des Algériens perpétré le 17 octobre 1961 par la police aux ordres de Maurice Papon ». C’est en leur qualité de conservateurs de documents non communicables de par la loi jusqu’en 2021 que Brigitte Lainé et Philippe Grand sont venus à la barre corroborer les propos de Jean-Luc Einaudi auquel la communication des documents avait été refusée.

Sans leur courage civique, Papon aurait pu gagner son procès.

Tous deux ont payé le prix fort. Interdiction d’être désormais en contact avec le public dans leur centre d’archives, non-convocation aux réunions de service, traitement de fonds retiré etc. Un temps circula une pétition des conservateurs généraux d’archives pour demander une sanction plus lourde.

C’est un hommage à cet acte, omis par le service interministériel des archives de France, que nous autres, historiens, devons rendre à Brigitte Lainé.

Sonia Combe

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