les mots pour le dire d'Aude Lancelin et la gomme youtube pour les effacer

liberté de la presse: Aude s'en va-t-en guerre

La vidéo youtube du Journal du Média du Lundi 14 Mai 2018 où intervenait Aude Lancelin avec énergie pour lancer l'alerte à propos de la liberté de la presse a justement disparu ce jour de la chaine youtube... 
Voici donc la retranscription de cette intervention au cas où cette vidéo ne réapparaitrait pas.

 

«  Ce soir je voulais revenir sur le fameux rapport de l’organisation, ou plutôt sur l’usage curieux qui en est fait depuis quelques semaines par les dirigeants de RSF eux-mêmes et par certains de nos confrères. Le 25 Avril paraissait donc le rapport de l’organisation censée observer l’état de la liberté de la presse dans le monde. La France y apparaît une fois encore en mauvaise posture, entre la Slovénie et le Chili cette année , en 33ème position.

Une légère remontée tout de même de six places par rapport à l’an dernier, mais une remontée qui n’est en fait qu’une correction mécanique du fait de la dégradation générale de la situation des médias dans le monde, au sein de l’Union Européenne notamment, où deux journalistes ont été assassinés l’an dernier dans le cadre de leurs enquêtes sur la corruption et les paradis fiscaux.

Les causes de cette altération de la liberté des médias en France, on les connaît depuis des années déjà. Ces causes qui précipitent régulièrement notre pays dans les profondeurs du classement: je me contenterai de citer le rapport 2016 du même Reporter Sans Frontières sur ce point: «  si la France est si mal classée, c’est à cause »  je cite, «  d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias, qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. " Vous l’avez bien compris, on parle ici des Vincent Bolloré, des Xavier Niel, des François Pinault, des Bernard Arnault, des Patrick Drahi qui possèdent 90% des médias en France; une situation sans précédent depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale.

Mais bizarrement ce ne sont pas ces géants du CAC 40, qui ont fait main basse sur l’information, que le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire et le président de l’association RSF, Pierre Aski, toujours salariés au sein de l’un de ces groupes, ont choisi, cette année de cibler.

Cette année , ces  vigies du journalisme français  ont choisi de s’alarmer , dans les médias, tenez-vous bien , du danger que représente le leader de la France Insoumise , Jean Luc Mélenchon.  Et oui , c’est original, le problème, aujourd’hui en France, ce n’est pas l’incursion du pouvoir et de l’argent dans les rédactions, le problème, c’est…..l’opposition.

Du reste, les Décodeurs du Monde  (propriété de Xavier Niel et Mathieu Pigasse), comme la station Europe1 (propriété d’Arnault Lagardère) , comme les  Incorruptibles, (propriété du même Mathieu Pigasse), ont donné un large écho à ces inquiétudes des dirigeants de RSF. Jean- Luc Mélenchon se serait rendu coupable de propos innommables à l’égard du journalisme français ; il installerait un climat délétère pour la liberté d’expression dans le pays, à l’instar de dictateurs en poste, comme Receip Erdogan ou du président Donald Trump! Je citerai les propos très véhéments de Christophe Deloire sur ce point: « la libération de la haine du journaliste est l’une des pires menaces pour les démocraties; les dirigeants politiques qui alimentent la détestation du journaliste portent une lourde responsabilité car remettre en cause la vision du débat public fondé sur la libre recherche des faits favorise l’avènement d’une société de propagande ».

Je dois vous dire qu’en lisant cela, je me suis sentie extrêmement inquiète. Pas tant pour la menace que ferait peser Jean-Luc Mélenchon sur les libertés publiques - parce que ça , tout le monde a compris que c’était une blague - non, inquiète de voir que l’organisme cible dans son rapport la seule opposition parlementaire qui réussit encore à se faire un peu entendre aujourd’hui face au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Inquiète aussi pour tous ceux qui mènent depuis des années une critique rigoureuse et entièrement justifiée de la dévoration des médias français par les intérêts privés; et qui voit donc leurs efforts qualifiés - par la plus importante instance de représentation du journalisme - de « pire menace pour la démocratie « .

Alors puisque vous faites semblant de ne pas comprendre, Monsieur Deloire, Messieurs les dirigeants de RSF, ce que nous essayons de faire depuis des années, je vais rappeler ce soir,  sur le plateau du Média,  quelques points importants

  1. 1. point: critiquer la mise sous tutelle des médias par des actionnaires du CAC 40 , ce n’est pas « alimenter la haine du journalisme ». 

Au contraire: critiquer cette mise sous tutelle , c’est rendre aux futurs journalistes l’espoir d’exercer un jour à nouveau leurs métiers dans des conditions dignes, des conditions de liberté retrouvée.


    2. point: il est scandaleux de faire mine de confondre le sort réservé aux journalistes dans des dictatures comme la Turquie ou l’Egypte, avec l’indispensable critique des médias menée depuis une vingtaine d’années par des penseurs comme Noam Chomsky ou Pierre Bourdieu; des journalistes comme Serge Halimi, ou plus tard François Ruffin; des politiques comme Jean-Luc Mélenchon, Bernie Sanders, ou Jeremy Corbin; autant de leaders d’opposition qui sont régulièrement confrontés à de violentes campagnes de dénigrement de la part de médias mainstream , possédés par les grands industriels et financiers qui veulent leur barrer la route vers le pouvoir


    3. point: c’est précisément dans les pays où on a laissé la culture démocratique se dégrader constamment que l’on voit un jour les journalistes , emprisonnés, victimes d’agressions ou d’assassinats. C’est dans les pays où le despotisme de l’argent et sa collusion avec l’Etat ont  à ce point gagné la bataille qu’ils n’ont plus rien à craindre de la justice, qu’on peut voir - comme à Malte récemment- une journaliste enquêtant sur la corruption gangrenant l’île, lâchement assassinée aux yeux du monde entier.

 Et c’est précisément parce que nous ne voulons JAMAIS voir ça en France que nous nous battons aujourd’hui.


    4. Dernier Point: Monsieur Deloire. Vous seriez sans doute plus fidèle à votre mission en protégeant notre pays des incursions de l’argent et de la puissance publique dans nos médias nationaux plutôt qu’en proclamant bruyamment votre satisfaction de collaborer avec l’Elysée au sujet d’une loi sur les « fake news » prévue pour Juin prochain. 
Une loi que de très nombreux professionnels du journalisme s’accorde à juger comme inquiétante sinon franchement liberticide.

    

De même que la Directive sur le secret des affaires qui s’annonce et qui ne rassure pas davantage sur les intentions de ce pouvoir à l’égard des enquêteurs et des gêneurs. 

A l’inverse de ce qu’on nous raconte aujourd’hui, Dolores, pour dissuader toute remise en question des médias, c’est précisément pour garantir à l’avenir la sécurité des journalistes français qu’il faut se battre aujourd’hui pour sauver l’indépendance des médias »

Intervention de Aude Lancelin au journal du Média le  Lundi 14 Mai 2018 à  20h

Afin que cette alerte donnée à toutes et à tous ne ne s'efface pas, ni de nos mémoires, ni de nos réflexions.

Pour paraphraser : Je dois vous dire qu'en constatant cette disparition , je me suis aussi sentie extrêmement inquiète.....

 

 

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