Gilets jaunes, bientôt la saison 2 ?

Le mouvement des gilets jaunes fêtera son anniversaire le 17 novembre. À 1 an, le bébé le plus fluorescent du pays effectue ses premiers pas sans assistance. Les flammes des bougies du gâteau d’anniversaire pourraient raviver les tensions avec le gouvernement et promettre une saison 2 riche en rebondissements.

   Concernant le casting, on peut compter sur l’une des figures des gilets jaunes, Maxime Nicolle alias Fly Rider. Pendant que d’autres chassent des tornades, lui traque les complots : le pacte de Marrakech (la vente de la France à l’ONU et l’arrivée de 480 millions d’immigrés en Europe ), la Franc-maçonnerie qui guiderait les choix politiques du président, les Roms kidnappeurs d’enfants,... Un lanceur d’alerte comme on n’en fait plus. D’ailleurs, un livre intitulé « Fly Rider, gilet jaune » relate la lucidité de ses expertises. Un cadeau de Noël disponible à partir du 14 novembre qui comblera vos proches paranoïaques.

   On espère que la branche « handicap » des gilets jaunes sera en mesure de rempiler pour de nouveaux affrontements avec les policiers. Ceux-ci, en pratiquant à profusion des tirs de LBD (lanceur de balles de défense) ont crevé quelques yeux et arraché des mains. Jouer à la baballe peut s’avérer plus dangereux qu’on ne le croit. Il faut souhaiter une application de quotas de manchots et de borgnes dans l’industrie cinématographique sociale. Même les migrants disposent maintenant de quotas alors que c’est un handicap bien plus sévère qu’un œil perdu : pas de toit sur la tête, pas de toilettes ou de douche, peu de contacts avec la population autochtone,...

   Les black blocs devraient se joindre au mouvement en apportant leur savoir-faire en matière de manifestation. L’ équipement des hommes tout de noir vêtus tient dans un sac à dos : marteau, clous, masque contre le gaz lacrymogène, fronde (une valeur sûre de l’armement français depuis les Homo sapiens), Opinel et quelques boules de pétanque. Rien de mieux que de réaliser un beau carreau pour dégager l’horizon au milieu d’une manifestation.

 

   Les politiciens, les ministres et le chef d’État continueront à occuper la scène. Début 2019, Macron a lancé le « Grand débat » en réponse à la grogne sociale. Se métamorphosant en marsupilami, il s’est agité dans toute la France en participant à des réunions « citoyennes ». Le président a même été jusqu’à retrousser le bas de son pantalon en explorant des zones rurales ! Cela aurait fait une excellente émission de « Voyage en terre inconnue » mais l’animateur télé, Frédéric Lopez, a stoppé sa diffusion.

   Le quarantenaire a accompli des prouesses oratoires : en 16 rencontres, il a accumulé plus de 92 heures de discussions, soit une moyenne de 6 heures ! Porté par cette diarrhée verbale, il a réussi l’exploit d’apporter les « bonnes » questions et réponses à un public souvent charmé par ses one-man-shows. Macron a tellement élevé son niveau d’exaltation que le remuant Sarkozy fait désormais office de maître zen en comparaison. Et ce n’est pas de la pipe…

   D’autres acteurs pourraient rejoindre les gilets jaunes : agriculteurs, urgentistes, cheminots, jeunes des quartiers populaires,.. Il y a aussi Alexandre Benalla qui doit avoir des fourmis dans les jambes depuis sa sortie de prison. Le souci est de savoir quel camp il choisirait. On connaît son amour pour l’uniforme. Mais son apparition enrichirait le scénario. Il est également probable d’assister à un mariage plus manifeste entre écolos et gilets jaunes qu’à la saison 1. À la réalisation, on peut compter sur François Ruffin qui ne cache pas son enthousiasme débordant depuis le début de cette aventure sociale.

   Après les ronds-points comme lieu de rassemblement, les gilets jaunes occuperont-ils les pistes cyclables en guise de symbole écologique ? Le vélo remplacera-t-il le gilet ?

   Au niveau culturel, des manifestants se sont introduits dans l’Arc de Triomphe en décembre dernier et ont brandi des drapeaux de tête de mort sur le toit. Les pirates fluorescents ont ensuite tagué quelques vers sur le monument. Dans les prochains mois, ils pourraient viser plus haut et s’exprimer sur les tours de Notre Dame de Paris. La section « artistique » du mouvement participerait ainsi à la restauration de la cathédrale au même titre que les milliardaires Arnault et Pinault. Il y aurait sans doute des divergences sur la forme d’expression et Stéphane Bern risque de chialer à nouveau. Mais l’art est souvent subversif : une proposition esthétique fait rarement l’unanimité.

   Le même jour, des gilets jaunes ont éteint la flamme du soldat inconnu. Même les nazis n’y ont pas pensé sous l’occupation de Paris... Renouveler une telle performance ne sera pas aisé. Saccager les tombes du cimetière du Père-Lachaise pour se débarrasser une fois pour toutes des groupies de Jim Morrison ? Tenter de voler la Joconde au Louvre pour la vendre à l’Italie qui la réclame depuis des siècles ? Les bénéfices d’une telle action généreraient une caisse de grève faramineuse et encourageraient les gilets jaunes à s’investir encore plus dans leur lutte contre le gouvernement. Puis un cortège de gilets jaunes a déjà discuté avec le ministre 5 étoiles Di Maio en février à San Remo. Une connivence existe déjà entre les deux parties.

 

   Enfin, l’obsession de Fly Rider pour pénétrer dans l’Élysée pourrait devenir réalité. On peut imaginer un hélicoptère rempli de gilets jaunes aguerris atterrissant dans le jardin du palais. Ensuite, après avoir localisé Nemo, le labrador des Macrons, le commando lui proposera une gamelle remplie de soupe aux légumes assortis d’une dizaine de lexomils bien écrasés. Dès que le chien s’effondrera, Fly Rider emportera le cadavre pour conserver le museau en trophée. Il pourra clouer la bouille de Nemo dans son salon, ce qui ne manquera pas de faire son petit effet à ses visiteurs. Quant au couple présidentiel, les SPA sont remplis de chiens à attendre un foyer. Ce ne sont pas les Nemo qui manquent...

 

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