Cyril Mouquet
Adhérent à Nouvelle Donne.
Abonné·e de Mediapart

20 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 avr. 2022

Cyril Mouquet
Adhérent à Nouvelle Donne.
Abonné·e de Mediapart

Petit dictionnaire personnel portatif : C... comme Culture

Quelques entrées d'un dictionnaire politique personnel, histoire de d’éclaircir, à commencer pour moi-même, ce que je conçois en politique...

Cyril Mouquet
Adhérent à Nouvelle Donne.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une politique de la culture est toujours terriblement ambiguë : elle se place d’emblée à l'intersection de la vie privée (car le rapport de soi à la culture est un acte profondément intime) et de la vie publique (car le mécénat institutionnel est depuis des siècles devenu incontournable pour produire un monde culturel). La culture est un bien public essentiel pour la production d'un vivre-ensemble : créatrice de repères communs, elle évite le passage sous les fourches caudines du nationalisme faisandé, de l'identitarisme sclérosé, du communautarisme réactionnaire pour ouvrir sur une conception républicaine et ouverte de la nation. La culture est par nature inclusive. Il existe donc une responsabilité de la prise en charge par les institutions de cet axe essentiel de la vie publique.

Mais on en peut toucher à la culture qu'avec une main tremblante : elle est du domaine de la liberté par excellence, quand la politique est celui de l'exercice d'un pouvoir qui tend toujours à déborder de soi-même. La rencontre des deux ne peut pas et ne doit pas être aisée. Mais elle est nécessaire, au moins sous trois rapports :

  1. la conservation du savoir et sa mise à disposition aux citoyens, via sa protection, sa restauration et sa valorisation ;

  2. la création et la production grâce aux facilitations accordées aux artistes, via aux aides directes, aux commandes, mais aussi à l'organisation de rencontres avec les autres mondes tant disciplinaires que géographiques ;

  3. la motivation des citoyens pour leur permettre d'accéder à leur propre monde artistique, de devenir à leur tour des créateurs ou des interprètes, de faire surgir en chacun le bonheur d'apporter sa pierre tant à sa propre vie qu'aux plaisirs collectifs.

Pour le premier point, soulignons la nécessité de préparer au plus vite la résilience aux changements climatiques qui, alliés aux ravages du temps, porteront atteinte de plus en plus fréquemment aux patrimoines architecturaux. Les villes françaises sont particulièrement riches des héritages pluriséculaires : elles n'en sont pas moins menacées par la disparition rapide des bâtiments qui font leur originalité. La politique de la ville, de l'habitat, de l'énergie et de la transition écologique ne pourra pas oublier ce volet.

La sauvegarde de la culture passe aussi par de gigantesques efforts pour éviter l'oubli des productions du XXe et XXIe siècles déposées sur des supports de plus en plus fragiles : l'informatisation des données est gigantesque machine à oublier ; l'évanescence des 0 et des 1 ne laissera pas plus de traces pour nos héritiers que ne l'ont fait les pas de Cro-Magon sur le sol. (Mais il n'est pas impossible que nos générations, tout à leur obsession du présentisme, se contre-fiche totalement de transmettre quoi que ce soit aux humains du IVe millénaire).

Pour le deuxième point, développons pour les créateurs le même système que ce qui a été fait pour le cinéma : une microtaxe (quelques centimes) sur les livres, les disques, les abonnements aux plateformes, les entrées payantes de musée... qui abondera une caisse une caisse de redistribution de revenus minimums pour les artistes. Comme pour les films français, nous aurons ainsi le bénéfice d'un financement qui reposera aussi sur les ventes des auteurs étrangers.

Le troisième point enfin : pour un monde qui sera passé à la semaine de quatre jours, il est de la responsabilité publique de proposer un monde favorable à l'activité individuelle et collective de la culture ; de ne pas laisser le champ-libre à la consommation passive et commerciale sur les marchés du divertissement : mais bien offrir le temps et les espaces pour devenir créateurs. Si la semaine de quatre jours sera un moyen essentiel de dégage du temps pour ces activités, il n'en reste pas moins que les responsabilités politiques consisteront à mettre aussi à la disposition de toutes et tous des lieux d'apprentissages, de créations et d'expositions. Ces nouvelles « maisons de la culture », destinées à des retraites momentanées, adossées aux collectivités locales, seront alors aussi de nouveaux lieux pour l'expression de la cocitoyenneté.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte