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Billet de blog 6 févr. 2021

Education Nationale: la destruction du service public s'accélère

Ce vendredi 5 février, cette motion a été déposée par les élus au Conseil d'Administration du collège où j'enseigne. Ayant contribué à la rédaction, je la partage ici. Prenez-le comme un cri d'alerte.

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"Nous avons comme vous découvert la dotation horaire globale pour notre établissement pour l'année 2021-2022. Comme dans l'ensemble de l'Académie, nous subissons les effets d'une politique de réduction des moyens en faveur d'un service public de qualité. Au nom d'un « rattrapage » de la moyenne nationale, le nombre d'heures supplémentaires s'envole. Nous dénonçons ces choix qui sont une violence envers les élèves, les personnels et montrent un profond mépris pour les missions qui sont les nôtres. En effet :

* les heures supplémentaires sont autant d'heures postes qui ne sont pas créées. Elles ne sont plus un éventail pour donner de la souplesse dans la répartition des classes (ce qui justifiait leur existence), mais un outil pour réduire le nombre de postes. Par exemple, en anglais, nous accueillons un BMP de 14h00 et les professeurs assurent 11 heures supplémentaires, soit un total de 25 heures : un poste de certifié pourrait – et devrait – donc être créé ;

* on accroît d'autant la surcharge de travail des titulaires, ce qui réduit la disponibilité pédagogique envers chaque élève (suivi quotidien, suivi d'orientation, analyse et remédiation, temps de rencontre avec les parents, appréciation sur les bulletins...), la possibilité de créer de nouveaux projets et le temps disponible pour notre travail personnel de mise à niveau et d'auto-formation ;

* la fatigue accrue se traduira par un risque élevé d'arrêt pour maladie ; ce sera aussi un plus faible investissement pour innover, développer des axes pédagogiques ; ce sera aussi moins de professeurs disponibles pour l’aide aux devoirs ;

* l'absence de création de postes n'est pas seulement équilibrée par un travail supplémentaire : il peut l'être par la présence de collègues dont le poste provisoire est réparti sur deux ou trois établissements : est-il utile de préciser que nous ne pouvons pas leur demander la même implication que pour les titulaires ?

* faire des heures supplémentaires doit être un choix. En réalité, elles nous sont imposées. Il s'agit d'une atteinte au droit du travail. Il s'agit aussi d'une mise en concurrence des travailleurs au profit d'une vision purement gestionnaire du service public, au détriment de sa qualité ;

* en réduisant les besoins en postes, nous participons à la réduction des postes ouverts aux concours et donc à leur accessibilité. Moins de postes ouverts aux concours de recrutement, cela signifie aussi un recours accru aux collègues contractuels, moins formés, moins payés ;

* cette offre en heures supplémentaires compte sur la nécessité financière dans laquelle se retrouvent les professeurs dont le niveau de vie ne cesse de baisser : or travailler plus pour gagner plus est une arnaque. En travaillant plus, on ne gagne pas plus, on gagne en fonction du travail qu'on a fait en plus. Gagner plus consiste à avoir plus d'argent pour un même nombre d'heures travaillées. Un plus grand nombre d'heures demandent souvent aussi des dépenses supplémentaires (ex : garderie d'enfants pour les jeunes parents) ;

* à un moment où le chômage explose, la création d'emplois publics répond à une triple nécessité :

- création directe d'emplois

- redistribution d'un pouvoir d'achat qui profite aux entreprises privées

- meilleure réponse d'un service public face à des usagers qui vont se retrouver dans des difficultés sociales accrues (familles mises en péril par l'explosion du chômage, enfants moins bien suivis à la maison, etc.).

Ainsi donc, notre métier nous demande un effort constant d'attention envers les besoins des élèves, une capacité à nous adapter (les derniers mois l'ont prouvé plus que de besoin). Madame la Rectrice, suivant les consignes de Monsieur le Ministre, préfère mettre fin à ces missions qui nous honorent, pour les remplacer par un service de garderie. Dans ces conditions, nous décidons de voter contre la proposition actuelle et nous nous réservons le droit d’agir selon les possibilités que nous donne le droit syndical."

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