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Billet de blog 7 avr. 2022

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Petit dictionnaire personnel portatif : H... comme Humanisme

Quelques entrées d'un dictionnaire politique personnel, histoire de d’éclaircir, à commencer pour moi-même, ce que je conçois en politique...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Conception du monde jugée aujourd'hui par beaucoup soit comme antique, dépassée, anthropocentrique, soit comme naïve, faible, infantilisante. C'est pour moi le moteur principal de toute démarche politique. L'humanisme est ce qui met chaque être humain au centre d'un projet de vivre-ensemble, ce qui ne signifie que ce projet est réductible au seul individu. L'humanisme considère que, potentiellement, chacun a à sa disposition un éventail de possibilités à développer pour coconstruire ce qui fait l'humanité. L'humanisme n'est pas un essentialisme en ce qu'il ne préjuge pas de ce qui sera réalisé automatiquement. Il accorde que le pire comme le meilleur est à la disposition de tout individu. Chacun de nos gestes témoigne pour toute l'humanité de ce qu'elle est et de ce qu'elle peut devenir. Nous sommes tous coresponsables de l'humanité non seulement dans son devenir (par les choix politiques que nous faisons), mais dans sa définition même (par les comportements que nous adoptons). De là, il convient de conclure que l'humanisme prend en compte les circonstances qui nous façonnent : les héritages, les contextes culturels, économiques, sociaux, familiaux... mais aussi la complexité du monde et des relations qui nous unissent à lui. Prendre en compte ce monde et faire des individus des gens qui savent s'y intégrer sans se désintégrer ni désintégrer leur univers, voilà l'objet de l'humanisme. Son échelle des valeurs est comme l'escalier de Penrose : son circuit n'accepte pas de dominante mais oblige à toujours chercher à avancer. En vain ? C'est peut-être la tragédie de l'humanisme post XXe siècle.

Les humanistes sont rares aujourd'hui : les pensées systémiques, fondées sur l'adoration de quelque déité chatoyante, enclavent les humains dans un monde qui déteste la complexité. Le Marché, l'Histoire, la Nature, Dieu... tous des occasions de broyer l'individu, de dénoncer l'humanisme, de déployer un monde totalitaire. Les humanistes sont-ils les derniers des Mohicans, buttes témoins d'un monde suranné, ou le fer de lance d'un monde à construire ? Nous avons à notre disposition des écrivains, des penseurs, des scientifiques et universitaires, depuis la fin du XXe siècle, qui pourraient être les porteurs, aux yeux de futurs historiens, d'un nouveau « Siècle des Lumières » : Alain Supiot, Mireille Delmas-Marty, Philippe Descola, Stéphane Hessel – et sa fille, Anne, qui a repris le flambeau – Thomas Piketty, Edgar Morin, Bernard Stiegler, Pierre Larrouturou, Barbara Stiegler... et tant d'autres. Le monde qui pourrait permettre de renverser les idoles idéologiques est à portée de main. Il est déjà pensé – même s'il s'agit d'un travail toujours à recommencer. Un monde alternatif peut sortir des réflexions riches et essentielles de tous ces penseurs. Ce monde où l'être humain vit en paix avec son monde comme avec soi-même est difficile à atteindre, il n'est pas impossible.

Qu'est-ce qui fait que l'humanisme et les Lumières nous semblent pourtant si hors d'atteinte, aujourd'hui ? Nous sommes, ou avons été, ou serons, tous, plus ou moins, les clients des prostituées du monde capitaliste : elles s'appellent Confort, Facilité, Sentiment de puissance, Lassitude... Elles se travestissent, se maquillent, se parfument avec l'Ignorance, la Couardise, la Peur du changement, le Défaitisme. Comme nous finançons la guerre russe en Ukraine pour continuer à nous suralimenter en énergie bon marché, nous acceptons par une multitude de petits gestes de nourrir ce monstre néolibéral, celui qui régulièrement accouche de la Bête immonde.

Face au désespoir, l’humanisme est ce qui entretient la lueur d'un autre monde, la possibilité d'un surgissement de ce qui est le meilleur de nous-mêmes.

Chacun de nos gestes témoigne pour toute l'humanité.

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