Dommages permanents

Ici l'expression versifiée d'angoisses d'un père pour ses enfants.

Le 28 octobre 2020, et pour 18 jours, Pierre Larrouturou, député européen et rapporteur général du budget, a fait une grève de la faim pour alerter l'opinion publique et les élus sur le blocage, par la France, de l'adoption d'une Taxe sur les Transactions Financières européenne.
Il y mit fin suite à une lettre de son médecin qui l'avertissait du risque sur sa santé de "dommages permanents". Pierre Larrouturou souligna combien les dommages permanents infligés à l'humanité et à la planète étaient plus graves.

 

Dommages permanents.

 

« Que n'avons-nous, hélas, réagi bien plus tôt ! »

Geignaient quelques vieillards à la recherche d'eau,

D'une brise, d'un vent qui pourraient là enfin

Soulager les souffrances d'un été sans fin.

 

« Par quelle décision, par quel aveuglement

Avons-nous provoqué la fin des océans ?

Que nous riions pourtant des cris de nos enfants

Quand ils disaient : « non aux dommages permanents ! »

 

Ces vieux en sueur avaient tenu en leurs mains

Le monde, le pouvoir, l'argent, en deux mil vingt.

Trente ans après, trop tard, c'était avec stupeur

Qu'ils contemplaient un monde où régnait la terreur.

 

« Qu'avons-nous fait ? » disait cet ancien président

Qui, jeune, avait trop cru aux forces de l'argent.

« Que nous riions pourtant des cris de nos enfants

Quand ils disaient : « non aux dommages permanents ! »

 

Il suffisait alors de bien peu de choses

En deux mil vingt pour que l'avenir fût plus rose.

Que le partage enfin fût à tous une évidence

D'Amérique en Russie, en Allemagne, en France.

 

« Se peut-il que nous portions ce crime flagrant ? »

Demandait une chancelière en allemand.

« Que nous riions pourtant des cris de nos enfants

Quand ils disaient : « non aux dommages permanents !»

 

« Quelle hubris nous poussa comme dans un enfer

En un siècle à brûler tout le carbonifère ?

Nous étions les docteurs Faust de l'anthropocène

Léguant à nos enfants un héritage obscène. »

 

« Il ne nous fallait qu'un peu de discernement

Pour ne pas vous laisser cet affreux testament.

Que nous riions pourtant des cris de nos enfants

Quand ils disaient : « non aux dommages permanents ! »

 

L'assec d'une rivière aux rives incendiées

Garde le souvenir d'un antique glacier.

Ici Dacca périt, là Venise n'est plus.

Pourquoi ? « Nous ne vivions que pour nos plus-values... »

 

« Nous aimions à danser sur cet hideux volcan

Négligeant ce qu'on dirait des puissants d'antan.

Que nous riions pourtant des cris de nos enfants

Quand ils disaient : « non aux dommages permanents !»

 

Cacochymes comme le monde qu'ils laissaient,

Reniant leur veau d'or, ces vieillards sanglotaient.

Il eût suffi pourtant d'un peu plus de justice

Pour éviter à l'humanité ces supplices.

 

Vous tous qui aujourd'hui pouvez changer ces temps

Obscurs et menaçants, songez en cet instant

À la sincérité angoissée des enfants

Qui nous disent : « Non aux dommages permanents ! »

 

 

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