Manque de confiance dans les vaccins : À qui la faute ?

Dès que de nouvelles mesures sont contestées, on ressort du placard l’archétype du gaulois réfractaire. La France se distingue par sa forte proportion de personnes qui ne font pas confiance aux vaccins mais aussi par sa longue liste de scandales sanitaires. Ce manque de confiance ne trouve t-il pas racine dans les nombreux scandales sanitaires que la France a traversé ?

Le poids invisible des (nombreux) scandales sanitaires ?

Comme souvent en France dès qu’une partie de la population n’accepte pas de nouvelles mesures on ressort du placard l’archétype fantasmé du gaulois réfractaire. Ce réflexe de psychologisation des individus invisibilise les faits sociaux qui pèsent sur les comportements individuels en se focalisant sur la responsabilité individuelle. Si la France se distingue par sa forte proportion de personnes qui ne font pas confiance aux vaccins, elle se distingue aussi par sa longue liste de scandales sanitaires que nous allons évoquer pour remettre en perspective les responsabilités de chacun. Comme le dit Durkheim le comportement individuel s’explique par la société dans laquelle il vit. Le manque de confiance dans les vaccins ne trouve t-il pas racine dans les nombreux scandales sanitaires que la France à traversé dans un passé récent ? Condamnation des laboratoires pharmaceutiques, informations scientifiques truquées, omerta du monde médical, expert en prise illégale d’intérêt et trafic d’influence, politiciens défaillants voire complices et agence du médicament complaisante et condamnée. Voilà le tableau sur lequel la justice a épinglé les faits du merveilleux monde pharmaceutique au cours de ces dernières années.

Les personnes qui n’ont pas confiance dans le vaccin sont accusés de tous les noms par des « journalistes » et des politiques sans que cela ne suscite de vives indignations. Cette « frange capricieuse et défaitiste, très minoritaire, qui se satisferait bien de rester dans le chaos et l’inactivité » selon G.Attal est accusé aussi d’être des « Déserteurs, du moins des alliés du virus » pour B.Kouchner et des « irresponsables et égoïstes » selon le président de la république E.Macron. Les auteurs des insultes envers les non-vaccinés et ceux qui les approuvent oublient une chose : le contexte !

Durkheim, un des pères fondateurs de la sociologie nous dit dans « Les règles de la méthode sociologique » que les Hommes n’agissent pas librement, leurs comportements dépendent du contexte social qui les fait agir. En d’autres termes le comportement individuel s’explique par la société dans laquelle il vit.

La France se distingue par sa forte proportion de personnes qui ne font pas confiance aux vaccins.


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47 % des français ne faisaient pas confiance aux vaccins en 2018 et 59% ont répondu en 2020 qu’ils refuseraient le vaccin Covid-19. On remarque des écarts parfois important par rapport à nos voisins, moins de 26 % par exemple comparé à nos voisins outre manche.

La France se distingue aussi par une longue liste de scandales sanitaires.

De multiples scandales sanitaires ont fait la Une de l’actualité ces dernières années. On peut citer de manière non-exhaustives le sang contaminé (1993/1999) responsable d’avoir transmis le Sida au cours de transmissions sanguines en n’ayant pas respecté le protocole de précaution ; le Distilbène dont la cour d'appel de Versailles en 2011 a reconnu sa responsabilité dans le handicap à la troisième génération et est accusé d’avoir développé aussi des cancers du vagin ; la Dépakine mise en examen en 2015 pour « tromperie aggravée » et « blessures et homicides involontaires » responsable de malformations et de trouble neurodéveloppementaux chez les nourrissons ; le Lévothyrox condamné en 2020 pour « faute » au titre du préjudice moral lors du changement de formule de son traitement qui a entraîné de nombreux effets indésirables chez des milliers de patients, l’affaire est toujours en cours au pénal ; et enfin, last but not least, le Médiator dont le laboratoire a été reconnu coupable de « tromperie aggravée » et « d’homicides et blessures involontaires » en 2021.

Ces scandales avérés mettant en cause la responsabilité des laboratoires pharmaceutiques pourraient à eux seuls mettre à mal la confiance de la population française à l’égard des produits pharmaceutiques. Mais ce qui est encore plus choquant c’est de voir affaire après affaire, toutes les institutions qui à chaque fois se retrouvent sur le banc des accusés procès après procès sans que rien ne change véritablement. Informations scientifiques truquées, omerta du monde médical, médecins experts dans les commissions d’agences en prise illégale d’intérêt et trafic d’influence, politiques défaillants voire complices, agence du médicament complaisante et défaillante.

Informations scientifiques truquées

Oui il est possible de douter des informations scientifiques produites par les laboratoires sans être pour autant « Déserteurs, du moins des alliés du virus. » L’affaire Médiator nous l’a montré, les informations scientifiques publiées sur ce produit étaient truquées comme le montre le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales.1 François Autain, président de la mission d’information sur l’affaire Médiator déclare le 24/03/11 sur la chaîne Sénat : « Quand on met sur le marché un médicament on peut se demander si c’est dans l’intérêt du patient ou dans l’intérêt de l’industrie pharmaceutique. Je ne dis pas que les deux sont liés nous demandons à ce que tout nouveau médicament mis sur le marché est fait la preuve qu’il est supérieur à ce qui existe déjà.2 »

Omerta du monde médical

Oui il est possible de se poser des questions sur l’omerta du monde médical et les critiques véhémentes entre confrères à l’encontre des médecins qui ne suivent pas la doxa sans pour autant faire partie d’une «  frange capricieuse et défaitiste, très minoritaire, qui se satisferait bien de rester dans le chaos et l’inactivité. » Irène Frachon, pneumologue française rendue célèbre grâce à son combat de la première heure contre le Médiator et les pratiques frauduleuses des laboratoires dénonce comme obstacle principal, dans un article de Politis3, l’omerta du monde médical : « Ce milieu fait comme si la déontologie interdisait de dire des vérités. Des collègues voulaient m’attaquer devant le Conseil de l’ordre. D’autres ont cherché à me nuire. J’ai respecté le secret médical ! Mais le corporatisme paralyse l’esprit critique… » Elle ajoute : « On m’écrit, mais on reste discret. » En cause : les conflits d’intérêts et l’influence de l’industrie pharmaceutique. « Les dossiers de financement ou de certification passent par des circuits où les laboratoires sont très infiltrés. Le premier qui brise l’omerta risque de voir ses crédits s’effondrer. Chacun connaissait les méthodes de Servier, mais se disait : « C’est comme ça… » Elle pointe également les revues scientifiques qui « lui ont fermé leurs pages ou ont relayé la contre-attaque de Servier »

Médecins experts dans les commissions d’agences en prise illégale d’intérêt et trafic d’influence

Oui il est possible de douter de la parole des experts sans être un « irresponsable ». Les scandales sanitaires du passé nous montre la collusion entre de nombreux experts en médecine et en pharmacie opérant dans les commissions de l’agence du médicament tout en recevant des honoraires de laboratoire pour délivrer des conseils marketing comme ceux qui ont été mis en examen dans l’affaire du Médiator4. Cet article très instructif dans Le Monde nous apprend que : « Pierre Schiavi, directeur gériatrie de Servier, est aussi le trésorier de la Société française de pharmacovigilance et de thérapeutique. Marie-Noëlle Banzet, directrice des affaires publiques de Servier, est à la tête de la commission économique du Leem, le syndicat professionnel de la pharmacie. Enfin, Michel Hannoun, directeur des études Servier Monde a été député RPR (de 1986 à 1988 puis de 1993 à 1997) et président du conseil général de l'Isère entre 1997 et 1998. Depuis 2008, il est président de l'Association des cadres de l'industrie pharmaceutique, un organisme de rencontre entre les industriels et les politiques en charge de la santé. »

Politiques défaillants voire complices

Oui le passé montre que des responsables politiques ont étaient défaillants voire complices face à la puissante force de frappe des labos ! Dès 1998 des médecins alertaient sur les risques de l’utilisation du Médiator. Aucun ministre de droite comme de gauche ne semble avoir été averti de ces mises en gardes. Ni Martine Aubry ministre de l’emploi et de la solidarité, ni Bernard Kouchner son secrétaire d’état à la santé en poste en 1998 n’ont été alertés par ces avis critique à l’égard du Médiator. Quant à Martin Hirsch alors directeur de cabinet de Kouchner, il s’interroge et trouve : « Difficile de comprendre pourquoi les alertes ne sont pas remontées5 » Difficultés donc que nous n’avons pas la prétention de résoudre mais nous laisse pantois sur l’efficacité de l’administration à se montrer vigilante, efficace et proche du terrain.

Si comme nous venons de le voir les politiques et leur administration se montre défaillante, les plus critique diront incompétentes, il se trouve que parfois certains politiques sont carrément complices des laboratoires pharmaceutiques. Marie-Thérèse Hermange, ex-sénatrice UMP, auteure du rapport de la mission sénatoriale d’information a été jugée dans l’affaire Médiator pour avoir modifié un rapport afin de minimiser la responsabilité des laboratoires Servier.6 Citons ce passage édifiant :  «  Marie-Thérèse Hermange était en contact régulier par téléphone avec Claude Griscelli, un ancien directeur de l'Inserm dont elle demandait des conseils. Mais elle prétendait ignorer que ce dernier était consultant pour les laboratoires Servier depuis 10 ans et proche de l’ancien numéro 2 du groupe Jean-Philippe Seta. Des éléments que l’ex-sénatrice « ne pouvait ignorer », selon la procureure. Dans ses réquisitions, celle-ci a souligné que Claude Griscelli avait poussé la sénatrice à auditionner des experts favorables à Servier. Mais pas seulement. Placé sous écoute, Claude Griscelli a raconté à Jean-Philippe Seta, l’ancien numéro 2, l’une de ses visites au Sénat au moment de la rédaction du rapport. « J'ai regardé des phrases-clefs, importantes, qui concernaient la responsabilité de Servier […] J'ai fait changer pas mal de choses », déclarait-il. A l’époque, la sénatrice Hermange démentait avoir rédigé son rapport sous la pression. « Je n’ai pas écrit un rapport sous la dictée. C’est absurde de pouvoir laisser penser cela. Il s’agit simplement d’une consultation. Je n’ai pas fait relire un rapport, j’ai simplement discuté de 3 ou 4 pages du rapport avec l’ancien directeur de l’Inserm. »

Agence du médicament complaisante

Oui le passé nous montre que l’agence du médicament a fait preuve de complaisance à l’égard des laboratoires pharmaceutiques eu égard au manque d’indépendance des experts. Mise en examen et condamné pour « blessures et homicides involontaires  par négligence » en 2012, l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire et des Produits de Santé), établissement public de l’état placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé, a été jugée coupable d’avoir tardé à retirer la commercialisation du Médiator. Pour rappel ce produit a été retiré du marché espagnol en 2003 et en 2004 en Italie alors qu’il a fallu attendre 2009 pour retirer ce produit en France soit 11 ans après les premières alertes. Pour tenter de résoudre les défaillances de l’AFSSAPS, l’agence est refondée et change de nom : l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) est née ! Cette restructuration semble avoir apportée des progrès notables selon Inés Frachon : « à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les laboratoires ont été virés des discussions sur les évaluations des médicaments, où ils siégeaient au titre de soi-disant « d'observateurs ». De son côté, la Haute autorité de santé (HAS) vient de montrer qu'elle était capable de rendre des avis indépendants, par exemple dans les médicaments anti-Alzheimer7.

Pour autant les progrès semblent insuffisant puisque 5 ans après sa création l’ANSM se trouve empêtrée dans une drôle d’affaire, celle du Levothyrox dans laquelle, déjà, le gouvernement était accusé de pratiquer une politique du mépris8. Sans que l’on sache vraiment pourquoi l’Agence décide d’accepter la nouvelle formule de ce médicament alors que l’ancienne ne rencontrait aucun souci de santé ou d’efficacité. Le problème ? Aucun selon Agnès Buzyn, ministre de la santé en 2017 qui déclare « Il n’y a aucun scandale. » Sauf que le changement de formule n’a pas été vérifié par l’Agence qui s’est contentée de reprendre les données des laboratoires Merck sans contrôle indépendant de sa part. Dans cet article9 le Dr Philippe Sopena, médecin généraliste et ancien fondateur du syndicat MG France affirme que : « L’Agence n’a pas joué son rôle. La ministre a soutenu l’Agence, et au final ce sont les malades qui trinquent. Quant aux grands médecins qui ont dit que tout cela n’était dû qu’à un effet nocebo, ils feraient bien de reconnaître leurs erreurs. »

Le 9 novembre 2020 l’ANSM est mise en examen dans l’affaire de la dékapine pour « blessures et homicides involontaires par négligence10 » après que l’état ait été condamné par le tribunal administratif de Montreuil à indemniser les familles d’enfants lourdement touchés.

La restructuration de l’AFFSAPS en ANSM n’a pas résolue les problèmes qui naissent dans les relations trop proches entre les laboratoires et les experts ce qui conduit à des conflits d’intérêts et des tromperies aux conséquences gravissimes. « Ces relations financières laboratoires-médecins rendent quasi impossible la recherche d'experts indépendants. Quand la HAS veut réunir un collège d'experts pour juger de l'efficacité d'un médicament, elle a du mal à en trouver un qui ne soit pas en conflit d'intérêts avec le laboratoire11. »

Nous pouvons donc conclure qu’au vu du palmarès des différents acteurs (individuels, institutionnelles, privées, publics...) dont il est question dans cet article, le manque de confiance dans le vaccin peut trouver sa source dans le contexte des dernières années qui ont vues éclater tous ses scandales. Je ne dis pas que tous les médicaments et vaccins sont dangereux mais que le passé nous appelle à plus de prudence. Ce que j’ai tenté de démontrer dans ce billet c’est que les personnes qui n’ont pas confiance dans ce vaccin ne méritent pas d’être méprisés, insultés et privés de tout car si l’on se place d’un point de vue macrostructurelle, on peut comprendre que le doute existe et même comprendre pourquoi il en est ainsi; on peut même se dire que les responsables de ce doute ne sont pas les citoyens « complotistes » mais les différentes institutions qui ont sali l’image de la science et de la politique par incompétence, complaisance ou corruption plus ou moins consciente. En ne prenant pas en compte les traumatismes sanitaires vécus dans le passé, on en vient à accuser les victimes d’être coupables. C’est nier les traumatismes subit par toute une population pour continuer de nier la responsabilité des vrais coupables. Ceux qui méprisent et insultent les personnes qui ont des doutes dans les vaccins agissent comme les conjoints qui vous reproche de manière agressive de ne plus lui faire confiance après vous avoir trompé à de multiples reprises.

Qui sont les irresponsables ? Qui sont les égoïstes qui privilégient leurs intérêt individuels au détriment de la santé publique ? Qui salie l’image de la science, de la médecine et ont fait naître le doute dans la population ? À qui est-ce qu’il serait le plus utile de faire des leçons de morale sur la liberté et l’intérêt commun ?

Au lieu de s’attaquer aux vrais responsables c’est-à-dire les puissants qui corrompt les institutions publiques et ses membres et mettent en danger la vie des citoyens français directement ou indirectement en faisant naître le doute dans la médecine, le pouvoir continue de faire preuve de complaisance pour défendre l'intérêt de classe entre puissance économique et politique. C'est ainsi que le pouvoir incapable de se remettre en cause en vient à fabriquer des bouc-émissaires pour leurs faire porter le chapeau. Sans prendre en compte les erreurs du passé, les politiques au pouvoir continue d’argumenter en prenant mot pour mot les arguments des laboratoires pharmaceutiques.

SCANDALEUX !!!







1https://www.politis.fr/articles/2011/02/irene-frachon-contre-le-mediator-13187/

2https://www.dailymotion.com/video/xhsihn

3https://www.politis.fr/articles/2011/02/irene-frachon-contre-le-mediator-13187/

4https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pour-irene-frachon-personne-n-oubliera-le-scandale-du-mediator-829310.html

5https://www.lexpress.fr/actualite/politique/scandale-du-mediator-ces-ministres-qui-ne-savaient-pas_946677.html

6https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/mediator-trois-ans-de-prison-avec-sursis-requis-contre-une-ex-senatrice

7https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pour-irene-frachon-personne-n-oubliera-le-scandale-du-mediator-829310.html

8https://www.rtl.fr/actu/politique/levothyrox-pourquoi-le-gouvernement-pratique-une-politique-du-mepris-7790022168

9https://www.liberation.fr/societe/sante/levothyrox-lincroyable-legerete-du-fabricant-et-des-autorites-20210601_THSW575WTFD57OL2VWW3IFTDQA/

10https://www.lepoint.fr/sante/scandale-de-la-depakine-l-agence-du-medicament-mise-en-examen-09-11-2020-2400263_40.php

11https://www.lemonde.fr/economie/article/2010/11/24/apres-le-scandale-du-mediator-questions-sur-les-methodes-de-servier_1444350_3234.html

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