Exodus

Exodus

J’ai choisi ce titre délibérément.

Nous sommes abreuvés de discours sur l’émigration, l’immigration, les migrations. Commençons par nous remettre en mémoire que les mouvements de peuple entier vers un sort meilleur ne datent pas d’hier, et que déjà la Bible en parle dans l’ancien testament, dansle livre de l’Exode pour être précis.


C’est à cet exode des Juifs d’Egypte que le mouvement sioniste fera expressément référence lors de sa tentative de débarquement en Palestine avec un vieux bateau. Tentative qui échouera en réalité, même si plus personne ne s’en souvient ; Tout le monde faisant référence au roman de Raymond URIS et au film qu’Otto PREMINGER en tirera, qui sera primé au festival de Cannes en 1961.


C’est à cet exode que j’aimerai faire référence, avec le passage le plus fameux du film de Cécil B. DeMILLE  dont Charlton HESTON est l’inoubliable interprète : La traversée de la Mer Rouge.

 

 

 

Mais de nos jours ce n’est plus la main de Dieu qui aide des persécutés à traverser la Mer Rouge,  ce sont les tentacules de différentes Mafias qui poussent des bateaux en ruines aux équipages corrompus remplis de passagers les ayant grassement payé pour venir tenter leur chance en Europe.


Si vous souhaitez pleurer sur le sort de ces braves gens, je vous le dis, c’est votre droit.

Au cas où vous ne le sauriez pas, la plus grande partie du monde n’a ni l’eau courante, ni l’électricité 24/7. Les médicaments sont un luxe dont les pilules ne sont pas faciles à avaler si on n’a pas assez d’argent pour les payer au détail.  Les soins que nous considérons comme « normaux » sont inaccessibles au commun des mortels, et la plus petite des infirmeries de campagne fait figure de clinique de prestige. La retraite n’existe que si on a assez d’enfants au travail pour se faire entretenir, ou si on a fait fortune, ce qui est plus rare. Véritablement, ce que l’on nomme le « tiers monde » ou le « quart monde »  c’est en réalité les deux tiers aux trois quarts de la planète.

Europe occidentale, Etats-Unis d’Amérique du Nord, Canada, Japon… Nous sommes une minorité qui soigne et éduque ses enfants avec un confort parfois minimal mais réel. Et nous croyons être « la norme » parce que nous avons l’avance technologique et nos médias qui vont avec, alors que –grâce à ces médias– nous ne sommes en réalité pas la norme mais « le rêve » de la grande majorité de l’humanité.

Les Etats-Unis, le Canada, le Japon, en raison de leur géographie et de leur puissance – réelle ou supposée – arrivent à se tenir au-dessus de la mêlée des migrations, tant bien que mal.

L’Europe occidentale (avec un bémol pour l’Angleterre insulaire) est au contraire maintenant aux avant-postes. Sans vouloir refaire ici l’historique des flux migratoires des cinquante dernières années, disons que c’est de moins en moins tenable et que ce qui restait invisible en France l’est de moins en moins. Car tous ces braves gens, dont il est incontestable qu’ils meurent de faim ou de maladie quand ils ne sont pas fracassés par leurs gouvernants ou telle ou telle milice de droit divin, veulent bénéficier de la vie paisible et assortie d’avantages sociaux extraordinaires (normaux pour nous) dont ils voient les images sur les – rares – écrans de télévision chez eux, et dont ils entendent tant parler.

Beaucoup vont mourir en route. Mais il en restera tout de même un nombre très conséquent qui va arriver dans ce que l’on nomme « Espace Schengen » et que Monsieur Voltaire nommait « Le pays d’Eldorado » au XVIIIe siècle, dans « Candide ou l’optimisme ».

Candides et optimistes nous le sommes beaucoup trop en espérant que « ça va se calmer ». Il est tout simplement impossible que « ça se calme » parce que c’est une question de vie ou de mort pour les migrants, d’où qu’ils viennent.

Le roman de Jean RASPAIL « Le camp des saints » écrit dans les années 1970 (1973) se révèle un peu plus prophétique chaque jour. La question n’est plus de savoir si « ils » viendront, mais quand « ils » viendront. Car « ils » viendront. Les premiers, « ils » sont même déjà là… C’est sur ce point qu’il faut attirer l’attention, car la faiblesse d’une partie de la réglementation européenne d’une part, et la désagrégation de différents états en périphérie d’autre part, conduit depuis quelques années à accélérer très fortement le phénomène.


Des groupes criminels l’ont parfaitement compris et organisent actuellement de véritables « cargo-charters » qui combinent outre les pots-de-vin habituels différents intérêts économiques majeurs pour « évacuer » au plus vite vers l’Europe occidentale le plus de monde possible par la voie maritime, celle où notre humanisme béat nous pose le plus de problème pour refouler les arrivants. Mais la voie terrestre reste pour autant toujours aussi fréquentée.


Cent articles ont déjà été écrits pour signaler, alerter, décrire ces mécanismes prédateurs. Je n’en cite que deux qui sont récents, l’un concernant le Kosovo qui se vide littéralement de ses habitants pour se précipiter en Europe occidentale, et l’autre concernant l’explosion lucrative des trafics maritimes de migrants clandestins en méditerranée.


En face « FRONTEX » fait face, mais toujours, ne l’oublions pas, dans une optique de sauvetage. Personne ne combat une invasion organisée, on porte aide et assistance aux personnes en détresse. C’est exactement ce qu’espèrent – le plus longtemps possible – les trafiquants de cette « Coke en stock » d’un nouveau genre. C’est aussi exactement là qu’il faudrait « redresser la barre ».

« Comment les autorités policières et portuaires turques peuvent-elles feindre d’ignorer ce trafic ? Comment peuvent-elles ne pas voir les allées et venues des bateaux pneumatiques acheminant clandestinement les passagers vers les cargos amarrés au large des côtes ? »  Délicates questions bien posées par Carine FOUTEAU dont je salue l’article. Avons-nous pour autant des réponses ?


Au bout de la chaine, dans les cités de la Côte d’Azur qui sont une sorte de « point de passage » on ne peut que constater les arrivages. Quand il est possible de stopper un groupe de migrants un autre arrive en moins d’une semaine qui reprend position aux mêmes endroits, avec la même idée : Trouver un logement pour dormir ou s’installer, aller plus loin quand on a un plan d’émigration précis, ou s’implanter là où on pourra squatter sans rien payer – jamais – le plus longtemps possible. Celui qui est arrivé en juillet construire une cabane en palettes de chantier pour sa femme et ses enfants (cabane qui a été démolie) comme il n’a pas été renvoyé là d’où il venait, on le retrouve le mois suivant dans un squat, et un peu plus tard (après une étape à la maison d’arrêt) dans un autre.

Il ne veut bien évidemment pas repartir, et il fera tout pour rester, y compris enfreindre les lois françaises, qui – soit dit en passant – sont bien moins sévères que celles de son pays d’origine.


Ces braves gens vont systématiquement mobiliser (qu’ils soient de passage ou qu’ils tentent de s’implanter) nos services sociaux, notre aide sociale, nos institutions caritatives, et notre police, voire nos prisons. En termes plus clairs ils vont systématiquement solliciter les caritatifs tant qu’ils ne sont pas identifiés et localisés par les autorités, et ils vont demander tout ce qui peut être obtenu ensuite. A commencer par l’aide médicale, le plus souvent. Ils demandent rarement la détention, je l’avoue.

Ce faisant, ils ponctionnent logiquement les moyens des institutions caritatives qui ne sont pas taillées pour répondre à de tels flux, ainsi que nos mécanismes de sécurité. Et comme ils augmentent le nombre des bénéficiaires sans augmenter le volume des cotisations… ils posent un problème mathématique très simple. Y compris en surpopulation carcérale, n’en déplaise aux idéalistes.

Précisons que même les organisations caritatives les plus religieuses n’arrivent plus à multiplier le pain et le vin (sur ce dernier article ce n’est pas trop grave, généralement on n’en distribue peu), pas plus que les boites de sardines ou la soupe chaude. Il y en a donc bien moins, mathématiquement, à budget constant, pour ceux qui en ont déjà besoin dans la population locale, et ce n’est pas un petit nombre.

Les Français en grande difficulté, ça existe, j’en vois tous les jours.


Comme nous sommes (encore) en campagne électorale et qu’il reste encore trop de gens pour croire que c’est une question « de droite » ou « de gauche » je ne vais pas mentionner tel ou tel Député qui s’est depuis longtemps ému de cette situation, et auquel on fait à chaque fois une réponse polie.

Car ces questions ne sont ni « de droite » ni « de gauche », et savoir si ça va « favoriser l’extrême droite » est aussi ridicule et suicidaire que le débat sur le sexe des anges au cours du siège de Constantinople. L’histoire nous enseigne toutefois que ce débat a bien eu lieu, et mobilisait l’attention du peuple… jusqu’à ce que Byzance ne tombe aux mains des envahisseurs.

On pourrait y réfléchir. Pas au sexe des anges, mais à : « La chute de Constantinople est un malheur personnel qui nous est arrivé la semaine dernière » comme l’avait si bien écrit Jean RASPAIL.


Je cesse là, en ajoutant que ce n’est ni un problème de race, ni un problème de religion, ni un problème politique au sens purement politicien du terme. Mais cela devient une vraie et réelle question de défense et de sécurité. Nationale, et Européenne.


Dans le même temps, on discute à l’infini sur une poignée d’écervelés voulant aller se faire griller ce qui leur reste de neurones dans une guerre soi-disant sainte (pour eux). C’est à se demander si tout ce battage n’est pas une gigantesque opération de propagande et diversion.

Nous faisons face à un problème majeur entamant nos ressources et nos intérêts vitaux… En jouant sur la peur de quelques terroristes, dont les seuls actifs sont à ce jour… des recalés de leur propre guerre. Même pas assez bons pour aller se battre là-bas.

Je n’ose penser que tous ces trafiquants de chair humaine, qui organisent une invasion progressive de nos territoire, auraient pu - ou su - convaincre nos dirigeants de parler d’autre chose que de leur grand commerce en nous instruisant doctement des conséquences d’ampleur nationale et internationale… du départ en avion de tel ou tel ressortissant français isolé pour le Moyen-Orient.


De qui se moque-t-on ?


Nous nous sommes réunis dans un sentiment de rejet du terrorisme, et cela était valable. Mais visiblement la tentation de « récupérer » le mouvement de sympathie pour faire passer tel ou tel projet ou tel ou tel budget déconnecté de la réalité a été trop forte. Dommage. Vraiment dommage.

Dommage aussi qu’après avoir célébré aussi haut et aussi fort la liberté d’expression, il ne soit plus possible, même pour lutter contre le terrorisme, de dire clairement d’où viennent les attaques.

En ce qui me concerne je crois qu’il faut parler clair et garder les yeux ouverts sur la réalité.

Tant pis si leurs cousins ne viennent pas diner à la maison ce soir. Entre un diner en ville et des attentats, je crois que ce ne sont pas les mondanités charmantes la priorité. Mais il y a en France des gens bien protégés, qui ne craignent pas – eux – les attentats, et qui aiment bien dîner en ville… Je suppose.

Je suis bien forcé de le supposer en lisant les journaux, qui commentent les diners.


Un policier, maintenant retraité, qui a fini sa carrière en Zone Urbaine Sensible, m’a dit un jour : « Il y a une énorme différence entre un témoin et un complice, un témoin qui laisse faire est un complice, et ce n’est pas admissible, car force doit rester à la loi ».

Je suis parfois témoin, pas complice, et cet ancien policier est resté un ami.


Ne nous trompons pas sur nos ennemis les plus dangereux, ce ne sont pas tant ceux qui partent que ceux qui arrivent. Ils arrivent sans armes, sans bombes, mais ils arrivent nombreux et bien poussés.

Et eux « Ils ne vont pas attendre un messie pendant quatre cent ans ».

Didier CODANI


P.S.: Un grand merci à ceux qui ont lu le document PDF de départ et m'ont fait retour de leurs observations.

Vous êtes la partie immergé de l'iceberg... Je n'ai pas repris l'image du Titanic et de son orchestre, mais je l'ai bien notée.

Une version originale au format PDF est disponible en fichier attaché : Exodus.pdf

Une version HTML plus complète se trouve sur mon site dans la rubrique "Fil des mois".


Références :

Le livre de l’exode dans la Bible

http://bible.catholique.org/livre-de-l-exode/3557-chapitre-1

Le camp des saints de Jean RASPAIL

http://www.codani.info/Raspail.html

Le trafic prend une ampleur jamais vue (article paru sur MEDIAPART le 20 février 2015)

http://www.mediapart.fr/journal/international/200215/depuis-la-libye-et-la-turquie-le-trafic-de-migrants-prend-une-ampleur-jamais-vue

Le Kosovo se vide de sa population (article paru sur MEDIAPART le 23 février 2015)

http://www.mediapart.fr/journal/international/230215/un-exode-massif-vide-le-kosovo-de-sa-population

La déferlante (article du Contre Amiral (2S) François JOURDIER paru sur le site MAGISTRO le 19 janvier 2015)

http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/avec-l-europe/item/2055-la-deferlante

Liens vidéo :

Moïse ouvrant les eaux de la Mer Rouge :

https://www.youtube.com/watch?v=OqCTq3EeDcY

Exodus, Bande-annonce du film d’Otto PREMINGER dans sa version 1960 :

http://www.imdb.com/video/screenplay/vi386729753/

Le film est basé sur le roman du même nom de Raymond URIS et ne correspond pas à la réalité.

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