Battre la campagne à Nice

C’est la Xe infraction d’une campagne qui vient seulement de débuter officiellement. Dans la nuit de samedi à dimanche, des militants de « Greenpeace » sont venus dégrader la permanence de Benoit KANDEL dont la liste « Nice pour tous » se présente aux élections municipales de Nice.

C’est la Xe infraction d’une campagne qui vient seulement de débuter officiellement.

Dans la nuit de samedi à dimanche, des militants de « Greenpeace » sont venus dégrader la permanence de Benoit KANDEL dont la liste « Nice pour tous » se présente aux élections municipales de Nice.

Dégradation de la vitre de la permanence de Benoît KANDEL "Nice pour tous" © Didier CODANI Dégradation de la vitre de la permanence de Benoît KANDEL "Nice pour tous" © Didier CODANI

Cette dégradation, assumée par  l’organisation dite « écologiste » est revendiquée.

C’est somme toute la partie visible d’un iceberg d’exactions menées en sous-main. Ce n’est même pas la plus grave.

La plus grave, en dehors de l’utilisation des moyens d’une collectivité à des fins personnelles, dont on reparlera bien un jour, en dehors d’une publicité « clandestine » par faux articles et vrais publi-reportages de communiquant, en dehors de la multiplication des inaugurations en tout genre dans les six mois précédant l’élection…

La plus grave pour le moment, c’est la diffusion nocturne de tracts injurieux et diffamatoires.

Cette diffusion, avec des moyens logistiques et une qualité de papèterie qui excluent qu’elle soit le fait d’un des « petits candidats » à cette élection, a eu lieu en deux soirées bien distinctes.

Une première qui a servi de « test » contre un candidat « écologiste » qui a pris dans ses colistiers Jean-Christophe PICARD (que je salue en passant) ancien président d’Anticor, dont il a démissionné début février pour se présenter aux élections municipales.

Nonobstant la plainte immédiatement déposée par la tête de liste auprès des services de Police, le tract étant injurieux et diffamatoire à souhait, un second tractage nocturne a eu lieu quelques jours plus tard, et cette fois contre le seul candidat ayant pris à Nice des engagements fermes de lutte contre la corruption politique en signant précisément avec sa liste la charte anticorruption proposée par Anticor. A savoir Benoît KANDEL avec la liste « Nice pour tous ».

Par la suite, le candidat en tête de la liste où figure Jean-Christophe PICARD a fait l’objet d’un article fort documenté sur la gestion d’un bien immobilier de son ex-épouse, réputé insalubre.

La seule chance qu’il a eu (si l’on peut dire) c’est que « l’enquête » a été confiée à deux journalistes assez honnêtes (Laure BRUYAS et Stéphanie GASIGLIA) pour lui donner une demi-page afin de s’en justifier immédiatement, sur la même page que celle où les accusations étaient proférées. Ce qui fait tout de même une page entière dans le seul grand quotidien du département des Alpes-Maritimes (Nice-Matin) pour une affaire qui n’est au demeurant ni un crime ni même un délit puisqu’il serait question de moisissures sur les murs d’un appartement qui appartiendrait à l’ex-épouse du candidat. Vous aurez compris que pour que l’on accorde une telle importance de pagination à cette affaire c’est que la question est de la plus haute importance… Je n’ose penser à la façon dont les informations détaillées ont pu parvenir au journal car il y a là un secret professionnel que nous nous garderons bien de violer. Je pencherai pour un élan de civisme patriotique joint à une ou deux bénédictions, et sans oublier une signature digne des meilleurs corbeaux : « Un ami qui vous veut du bien », « Un bon Français », voire « Un Européen convaincu ».

Tout est possible, tant l’infraction – qui ne devrait pas dépasser le stade de la simple contravention – est ressentie comme abominable. D’ailleurs, la question n’était inconnue de personne, la « victime » ayant déposé une main courante l’an dernier. Mais ni le Préfet, ni le Procureur de la République, ni du reste aucune autorité de tout le département des Alpes-Maritimes n’avaient lancé les foudres de la loi sur la propriétaire de l’appartement. Grâce à la campagne électorale et au besoin que peut avoir un gros candidat d’éliminer un concurrent par précaution, c’est maintenant chose faite.

Enfin, dernier épisode en date, la dégradation nocturne de la permanence de campagne de Benoît KANDEL, rue BARLA à Nice.

Ce dernier épisode est riche d’enseignement.

Certes, la lettre plus ou moins anonyme mettant en lumière si possible défavorablement un candidat à une élection est un grand classique des élections locales. Parfois ça paie, surtout si les faits dénoncés sont croustillants. Là c’est plutôt moisi, ce qui est moins vendeur.

Mais l’atteinte physique aux biens, même limitée à du collage d’affiches nous renvoie à une question importante de la campagne électorale, à savoir la sécurité et la surveillance vidéo.

Pour le Maire sortant de Nice, #Nice06 est une ville où « les frères KOUACHI n’auraient pas franchi trois carrefours ». La phrase a été démentie par le Maire sortant assez pathétiquement, et elle a été prouvée clairement par un journal du soir de taille nationale assez éloigné de Nice (Le Monde, pour ne pas le nommer). Il est clair que le Maire sortant de Nice aurait mieux fait de se taire que de se vanter ce jour-là. Mais il n’a pas pu s’en empêcher.

Il se vante donc d’avoir la meilleure sécurité vidéo de France. Enfin, il en a hérité de son prédécesseur, Jacques PEYRAT (il oublie volontiers de le dire) ancien Sénateur-Maire de Nice et de l’expertise de son ancien premier adjoint Benoît KANDEL qui était le colonel commandant le Groupement de Gendarmerie des Alpes-Maritimes avant de prendre sa retraite pour la vie politique. Actuellement, ne réalisant visiblement pas (ou faisant exprès de ne pas comprendre) l’impossibilité juridique, il demande à avoir à sa main la reconnaissance faciale sur les caméras municipales.

Ce sont donc – en théorie – des caméras, et un système de caméras avec de bonnes performances qui sont déjà en place au CSU, Centre de Supervision Urbain de la Ville de Nice.

J’ai assisté à différentes reprises, personnellement, à la démonstration de l’efficacité de ces caméras tant au CSU qu’ailleurs, et je crois volontiers Benoît KANDEL quand il me dit qu’on peut sans la reconnaissance faciale exploiter facilement les images, de jour comme de nuit.

Seulement voilà…

Après les tractages injurieux et diffamatoires, il y a eu (je l’ai eue sous les yeux) une plainte de déposée pour les injures et diffamations. Deux plaintes. Une de chaque candidat injurié et diffamé.

Et puis maintenant il y a l’affichage de « Greenpeace » sur la vitrine de la permanence de campagne.

Or, alors que les caméras existent, en apparence rien ne bouge. En apparence, rien ne sort.

Pour vous donner une idée, j’ai pris en photo l’emplacement d’une caméra. C’est à 50-100 mètres.

La caméra que j’ai prise en photo c’est celle que tout le monde voit, à moins de 100 mètres de la façade de la permanence de Benoît KANDEL, à l’angle de la rue BARLA et de l’avenue de la République.

Caméra à l'angle BARLA - République 06300 Nice © Didier CODANI Caméra à l'angle BARLA - République 06300 Nice © Didier CODANI

Pour mémoire, c’est une photo avec un téléphone portable non spécialisé photo, mais on peut apprécier la distance, en sachant que l’optique de ces caméras est infiniment supérieure. La photo qui suit, c’est la caméra à l’angle de la rue BARLA et de l’avenue de la République, de plus près.

Vue rapprochée de la caméra angle avenue de la République et rue BARLA à Nice © Didier CODANI Vue rapprochée de la caméra angle avenue de la République et rue BARLA à Nice © Didier CODANI

Pas de quoi gagner un grand prix à un concours photo, mais vous avez la preuve que la caméra existe; et avec les noms des rues, en sachant où est la permanence vous pouvez vérifier la distance. Même depuis chez vous, à l’autre bout du monde éventuellement, via Google Maps.

Ce matériel quadrille littéralement la Ville de Nice. La Police Municipale de Nice a pour les exploiter d’excellents techniciens. C’est utilisé régulièrement avec d’autres centres (Police Nationale et Gendarmerie Nationale) et si besoin en temps réel.

Il n’y a aucune excuse technique qui permette de dire que deux tractages massifs, dans toute la ville de Nice, ont pu se passer la nuit, à un moment où les rues sont calmes, sans que personne ne puisse distinguer les auteurs du tractage et/ou leurs véhicules. Surtout vu l’ampleur du tractage.

Quant au positionnement (restons-en à celle-là) de la caméra à l’angle de la rue BARLA et de l’avenue de la République son champ de vision ne peut pas exclure la vitrine de la permanence, vu la hauteur et la faible distance.

Cela fait maintenant un moment que les plaintes pour le tractage sont déposées, sans écho.

Alors, le simple citoyen que je suis, fait confiance au Procureur de la République, à la Police Nationale, et à la Police Municipale de Nice. Je ne vais mettre en aucune façon en doute le sérieux et la compétence des fonctionnaires chargés d’enquêter.

Maintenant, quand on sait, comme je le sais, comme l’ancien commandant du groupement de Gendarmerie 06 le sait, quelles sont les performances du matériel et les performances des enquêteurs, cela fait peine.

Nous nous demandons, et nous sommes au moins deux, Benoît KANDEL et moi-même, quels obstacles inconnus sont survenus qui empêchent de récupérer les extractions et de les exploiter.

Il faut bien comprendre que le simple citoyen, qui ne connait pas la façon dont on travaille sur ces vidéos, il va rapidement se dire qu’on veut lui cacher quelque chose.

J’ai déjà entendu ces « légendes urbaines » désagréables. Ces gens qui n’y connaissent rien, mais qui parlent beaucoup, et qui ont leurs explications à eux :

1/ La Police Municipale à Nice, c’est la milice du Maire, ils ont « fermé les yeux » en voyant le tractage.

2/ La Police Nationale, ils s’en occupent pas de cette enquête ; la réputation d’un officier de Gendarmerie en plus ils s’en moquent.

3/ Le Procureur de la République, il fait comme son prédécesseur, il demande à Paris, et comme la liste du Maire sortant c’est celle de LREM, il a bloqué le dossier.

Je dis que ces trois explications-là sont toutes fausses.

Les fonctionnaires de Police Municipale sont intègres, sérieux, et rien ne permet d’en douter. Il est hors de question que l’on porte ainsi atteinte à leur honneur et à leur réputation.

Les fonctionnaires de la Police Nationale, je le crois, j’en suis intimement convaincu, font leur travail sans aucune considération inutile sur la victime ou ceux qui ont inspiré et/ou payé les auteurs. Payé, car vu le volume et la qualité des tracts il a fallu de l’argent, beaucoup d’argent. La Police Nationale ira au plus vite et jusqu’au bout. Il est hors de question que l’on porte ainsi atteinte à leur honneur et à leur réputation.

Enfin, Le Procureur de la République à Nice n’a effectivement aucune raison, bien au contraire, pour « bloquer » un dossier aussi sensible, où le temps est un élément essentiel. Le critère de l’opportunité des poursuites devant une atteinte à l’ordre public destinée si manifestement à fausser par l’injure et la calomnie le résultat des élections dans les deux semaines à venir…  s’oppose à tout classement sans suite alors qu’il y a les éléments techniques permettant de confondre les auteurs. Surtout quand, dans le dernier cas, l’acte est en plus revendiqué. On ne peut donc pas accuser par avance le Procureur d’avoir classé le dossier alors qu’il y a tout pour l’instruire rapidement.

Reste que la sécurité est un thème majeur de cette campagne électorale niçoise.

Un thème parfaitement maîtrisé par certains candidats dont cela a été le métier 24/7 pendant des années. Un argument de campagne facile pour d’autres, soit pour dénigrer les forces de l’ordre, soit, comme le fait le Maire sortant, pour les instrumentaliser.

L’exercice a vite ses limites. Quand on se trouve face à un drame majeur, il y a des responsabilités que l’on ne peut éluder, que l’on ne peut reporter sur des outils. Ce n’est jamais la machine qui décide ou décidera, ce sera toujours l’homme. Un homme qui ne doit pas perdre ses nerfs en action.

Quand dans un débat, la question de la responsabilité est posée, il faut y répondre et ne pas faire semblant. L’éluder, en réclamant toujours plus de moyens techniques, au-delà de la réglementation actuelle signe plus l’ignorance de celui qui réclame que sa compétence.

L’éluder en traitant un officier supérieur de Gendarmerie de « petit militaire » alors que l’on l’a soi-même recruté pour ses compétences, joint le ridicule à la tentative d’injure. C’est surtout le signe d’une absence totale d’argument pertinent.

Les Gendarmes, l’ensemble des militaires, apprécieront cette façon méprisante de se défausser sur eux, qui risquent leur vie quotidiennement au service du pays, de la part de gens qui ne risquent guère que leurs congés payés et qui au final n’assument rien.

Les policiers l’ont sans doute déjà compris, qu’ils soient nationaux ou municipaux, en assistant à la pantalonnade qui eut lieu en 2016. Ils savent que c’est sur eux que l’on compte pour que « force reste à la Loi ». Oui, on compte sur vous ; Nationaux et Municipaux.

Que ceux qui n’ont que la calomnie pour argument soient retrouvés. Sinon eux, du moins leurs complices, leur imprimeur, leurs transporteurs. Et au plus tôt, afin que le crime ne paie pas.

Il serait bon que ces caméras que je finance, comme tous les contribuables niçois, servent de façon évidente à autre chose qu’à traquer les automobilistes pour les verbaliser.

Elles ont un autre but ces caméras, une autre fonction, une fonction principale, qui est d’aider à la manifestation de la vérité, et pas juste au remplissage des caisses.

A Nice ce 1er mars 2020, à deux semaines des élections municipales.

Didier CODANI

P.S. : Et pour celles et ceux qui aiment « les petits militaires », et pour finir en souriant… je vous prête un lien vers cet air sublime d’OFFENBACH dans « La grande duchesse de Gerolstein » : https://youtu.be/U1lQJ4Oc_VY  

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