Au théâtre ce week-end, « La caresse de Marlène »

Je suis passé deux fois pour voir la dernière pièce de Patrick MOTTARD, « La caresse de Marlène », qui se joue au Théâtre de l’Eau Vive 10 boulevard CARABACEL à Nice. L’auteur, que je connais depuis un petit moment (1980) me demande ce que j’en pense. Je lui dis que j’en écrirai bien un mot ; surtout que ma première visite discrètement tout seul, c’était bien pour ça.

Je suis passé deux fois pour voir la dernière pièce de Patrick MOTTARD, « La caresse de Marlène », qui se joue au Théâtre de l’Eau Vive 10 boulevard CARABACEL à Nice.

L’auteur, que je connais depuis un petit moment (1980) me demande ce que j’en pense. Je lui dis que j’en écrirai bien un mot ; surtout que ma première visite discrètement tout seul, c’était bien pour ça.

Discrètement… à Nice c’est un peu mission impossible. Même la Police était arrivée avant moi dans la file d’attente.

Rassurons-nous, pas pour jeter l’auteur en prison. Pas encore. Dans sa pièce il taille bien en pièces des syndicalistes, mais pas le gouvernement…

Simplement parce qu’il y a dans la police des femmes qui aiment aller au théâtre, les épouses de policiers aussi, d’ailleurs, et même des militaires. Ce qui n’est pas forcément le public-cible le plus prévisible de cet auteur. Mais le vrai talent n’a pas de limites pour être apprécié.

L’ennui pour cette idée de billet c’est que justement il y a aussi une journaliste (Laure BRUYAS) qui en a (bien) parlé dans les colonnes de Nice-Matin, presque immédiatement.

Article de Laure BRUYAS sur "La caresse de Marlène" dans Nice-Matin le 31 janvier 2020 © Laure BRUYAS Article de Laure BRUYAS sur "La caresse de Marlène" dans Nice-Matin le 31 janvier 2020 © Laure BRUYAS

Alors, que puis-je écrire de mieux ce 2 février 2020 sur « La caresse de Marlène », après son article ?

Rien. Franchement, rien.

Tout y est, Tout est compris évoqué expliqué. Même pas magnifié. Pas besoin ; la mise en scène de Fabienne COLSON est magnifique. Laure BRUYAS l’a parfaitement exprimé en ciselant son bel article.

Alors j’avais fait mon deuil de « La caresse de Marlène », après en avoir fait mon miel, car franchement on ne va pas emmener de vrais amis voir une mauvaise pièce. Les faux amis on leur dit d’y aller mais on ne les accompagne pas… or les miens, je les ai accompagnés.

Ne pouvant écrire mieux, je vais simplement vous écrire plus.

Je vais vous dire que « le théâtre Mottardien » ce n’est pas du Anton TCHEKHOV. Même si nous l’avons évoqué dans les discussions d’après représentation, au moment où l’on peut (car c’est tout petit le Théâtre de l’Eau Vive…) discuter avec l’auteur, les acteurs, et la metteuse en scène/vendeuse de billets/ouvreuse/passionnée.

Fabienne COLSON à l'affiche, au gré des marches du Théâtre de l'Eau Vive © Didier CODANI Fabienne COLSON à l'affiche, au gré des marches du Théâtre de l'Eau Vive © Didier CODANI

La première représentation était aussi orthodoxe que possible par rapport au texte. A la virgule près. Le lendemain, les acteurs avaient commencé à s’approprier la pièce, ils ne jouaient plus le texte ils jouaient leurs rôles. Ils inventaient des réactions. Ils redonnaient de la vie à ce si noir décor.  De la vie, du mouvement, de l’arrêt sur images, du spectral, du brumeux, de l’éthéré, et surtout du rire. Ce rire qui – il est vrai – est rarement la dominante d’un crématorium.

Valérie LHERITIER au lever de rideau avant même le début de "La caresse de Marlène" © Didier CODANI Valérie LHERITIER au lever de rideau avant même le début de "La caresse de Marlène" © Didier CODANI

Je sais que l’on parle toujours de l’auteur. Moins souvent de la mise en scène. Et pour ma part j’oublie souvent les acteurs (sauf ceux qui sont inoubliables, mais ils se reconnaitront). Alors un petit mot sur Richard ZANCA et Christophe COMPAIN dans le rôle de Gaëtan aux différentes époques marquantes de sa vie pour un duo sépulcral entre décalé et synchronisé.

Un autre pour Valérie LHERITIER en employée modèle des pompes funèbres, sexy sans jamais être vulgaire, même dans l’évocation de ses plans Q ; en y mettant la forme autant que les formes. Parfois cela tient simplement à une couture ; ou au regard avec une amorce de vrai sourire dans l’évocation des souvenirs. Ah, là, il vous faudra venir voir pour comprendre en évitant les derniers rangs si vous pouvez, mais vu la taille de la salle, avec une bonne oreille et de bons yeux la différence est infime.

Et puis, et puis il  a le rôle-titre, qui est celui de Marlène : Sabrina PAILLE ou Lucie RATEL suivant la date à laquelle vous viendrez. Car vous viendrez… tout est fait pour vous en donner envie.

Marlène est la touche de couleur de cette pièce qui va du funèbre à l’immortel. Elle est aux couleurs de l’amour comme de la mort. Aux couleurs de Nice… pour ceux qui vont plus souvent voir un match de foot qu’une pièce de théâtre.

Elle a cette chance unique d’être la femme d’une vie, jusque dans sa fin. Difficile d’en dire encore plus car là ce serait trop, mais son jeu discret, presque absent au début devient le centre de la pièce, qui pourtant ne manque ni d’amour(s) ni de femmes. Elle est essentielle. Elle est éternelle.

A signaler aussi Michel AUSSEIL et François LAHAY dans le rôle de Mario, qui est LE dirigeant syndical dans toute sa splendeur, voire sa décadence, voire sa mesquinerie, voire même sa fourberie. Magnifique et attachant portrait en sombre reflet vivant du Gaëtan décédé ; qui face à lui, ou dans son dos, fait vraiment figure de « chevalier blanc » à tous les sens du terme.

Impossible de vous les évoquer tous, ce serait un catalogue. Ils sont tous bons.

Même un, cas unique, qui est là avec les autres, sans un mot, sans une réplique, sans rien. Que fait-il là ? Mystère. Il est en fait le révélateur de votre attention.

Je suppose que quand vous réalisez qu’il y a un acteur payé à ne rien faire durant toute la pièce, c’est que vous avez compris qu’il y a un second permanent syndical qui a réussi à s’infiltrer jusque dans l’éternité ? Vous le verrez bien. Ou pas, si vous ne veniez pas…

Je vous souhaite d’y aller, de prendre le temps de réserver de quoi manger à 19h30/20h00 dans une des tables de la rue Gioffrédo, pas loin, après avoir garé la voiture ou marché un peu depuis le tramway, et puis à 21h00 c’est parti pour une bonne heure et demie dans un autre monde. Du monde connu des funérailles à l’inconnu de l’éternité. Et « l’éternité c’est long, surtout vers la fin ».

Patrick MOTTARD l'auteur, tout en noir au centre, modeste jusque dans le succès © Didier CODANI Patrick MOTTARD l'auteur, tout en noir au centre, modeste jusque dans le succès © Didier CODANI

Voilà, d’Anton TCHEKHOV au début à Woody ALLEN pour finir, ce que je peux vous écrire de plus et certainement pas mieux que ce qui est paru dans Nice-Matin.

Bravo pour votre patience si vous êtes arrivés à me lire jusqu’au bout.

Si vous avez vous aussi vu cette pièce, si vous avez un avis qui sera probablement différent… notez-le dans un coin, et posez-le sur le blog de Patrick MOTTARD. Vous savez, les auteurs aiment bien qu’on leur dise qu’ils ne seront jamais ORWELL, surtout quand l’auteur ne souhaite qu’être lui-même ; pour le bonheur du jeu de scène comme de celles et ceux qui viennent y apporter leur regard.

La caresse de Marlène Un triomphe modeste mais un succès au final, dans une petite salle sympathique. © Didier CODANI La caresse de Marlène Un triomphe modeste mais un succès au final, dans une petite salle sympathique. © Didier CODANI

« Vous, ce sera autre chose… » Bises aux dames, salut aux messieurs.

Didier CODANI

Dimanche 02/02/2020

N.B.:

Le blog de l'auteur, Patrick MOTTARD: https://patrickmottard.wordpress.com/

Le site du Théâtre de l'Eau Vive: https://theatredeleauvive.com/

Mise en scène de Marie-Pierre GENOVESE et Fabienne COLSON: https://mariepierregenovese.com/crea/marie-pierre-et-fabienne-colson/

L'article de Laure BRUYAS dans Nice-Matin le 31 janvier 2020:

https://www.nicematin.com/vie-locale/theatre-monologues-entre-quatre-planches-455802

 

P.S.: Annexes personnelles et personnalisées cool

« La caresse de Marlène », une pièce de Patrick MOTTARD mise en scène par Fabienne COLSON, au Théâtre de l’eau vive, 10 boulevard CARABACEL à Nice, jusqu’au 9 février 2020.

Les « bulles » ne sont que de moi, eux, ils n’auraient jamais osé… quoique… Les photos sont vraies.

Toutes les critiques positives sont les bienvenues... © Didier CODANI Toutes les critiques positives sont les bienvenues... © Didier CODANI

 

C'est une mise en scène de haut niveau... © Didier CODANI C'est une mise en scène de haut niveau... © Didier CODANI

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