Claude EL KHAL, Journaliste

Il y a quelques jours, j’entendais presque par hasard, un homme parler de son métier face à l’actualité. Cet homme se nomme Claude EL KHAL, son métier c’est journaliste pour « Le Média », l’actualité c’est la Syrie, et plus particulièrement la Ghouta orientale, à l’Est de Damas, la capitale syrienne.

Il y a quelques jours, j’entendais presque par hasard, un homme parler de son métier face à l’actualité.

Cet homme se nomme Claude EL KHAL, son métier c’est journaliste pour « Le Média », l’actualité c’est la Syrie, et plus particulièrement la Ghouta orientale, à l’Est de Damas, la capitale syrienne.

Je l’ai écouté, et j’ai cru que j’avais mal entendu. Il disait tout simplement tout haut ce que plusieurs de mes amis et relations disent tout bas de la façon dont l’information est maltraitée concernant la guerre civile et militaire qui se déroule en Syrie ces dernières années.

J’ai écouté à nouveau, attentivement.

Oui, ce journaliste expliquait quelque part posément, sans haine ni violence, que le journalisme ce n’était pas reprendre des informations peu ou pas vérifiées pour les répercuter à l’opinion publique en allant dans le sens du vent dominant en Occident.

Il expliquait quelque part qu’il n’était pas là pour reprendre la propagande d’un camp ou d’un autre, qu’il n’était pas là pour réécrire des communiqués de presse déjà rédigés par d’autres à l’attention du média qu’il représentait.

Et là-dessus il annonçait que « Le Média » ne diffuserait pas des infos ou des images non vérifiables.

Je me suis dit deux choses immédiatement :

La première c’est qu’il y avait un moment que je n’avais pas entendu publiquement une définition idéale du métier de journaliste qui corresponde autant à ce que j’en savais, à ce que j’en voyais au travers d’ami(e)s exerçant ce beau métier.

La seconde c’est qu’il allait se faire immédiatement massacrer par toute la puissance des autres médias, par nombre de ses confrères; et en fait par tous ceux qui font de la propagande de guerre concernant la Syrie sans le dire, ceux qui la répercutent sciemment à longueur d’éditoriaux et d’articles dans leurs médias, et ceux qui à force de la lire et l’entendre… la confondent avec la vérité.

Bref, tout ce qu’il faut pour devenir un paria du jour au lendemain.

Mais finalement, ce n’est qu’un gauchiste barbu à lunettes qui est assez fou pour clamer la vérité en pleine lumière. La vérité non sur la Syrie, mais sur son métier et ce qu’il refuse de faire.

En plus, ma pauvre dame, il n’est même pas Français : Un Libanais. « Comment peut-on être Libanais… » et comprendre quelque chose au Moyen Orient tel que la France "voudrait" le voir et l’entendre ? Je vous demande un peu…

J’en ai dit quelques mots à mes amis, discrètement. En leur précisant tout de même bien que ce "fou" disait la vérité sur ce que devrait être l’information du public et une foule de vieux principes généraux de notre droit Romain et Français, auxquels – j’en suis certain – il faisait référence sans même les nommer, ou peut-être même sans les savoir.

J’ai pensé à la présomption d’innocence, au respect du contradictoire, à la vérification des informations… à tout ce qui fait que dans une vraie démocratie la liberté d’expression s’exerce sans être falsifiée, dévoyée, achetée, manipulée, pour influencer les citoyens au bénéfice du pouvoir.

J’ai pensé à une presse libre, qui hélas s’apparente de plus en plus à une illusion d’optique dans notre pays, comme dans tant d’autres.

Certains de mes amis m’ont répondu. Tout récemment encore, en me demandant pourquoi avoir limité mon propos en privé.

C’est qu’ainsi que je le leur avais expliqué, la proximité du Liban avec la Palestine faisait que Monsieur Claude EL KHAL, étant maintenant la cible de la police de la pensée parisienne, allait vite être présenté devant le tribunal des médias… et écartelé ou crucifié (au minimum) sous mille prétextes, mieux que le fut il y a plus de 2000 ans le « Roi des Juifs ». Après quoi on s’en laverait les mains, avec d’autant plus de facilité qu’il y a de nos jours l’eau courante et les flux internet dont ne disposait pas Ponce-Pilate du temps d’Hérode.

Je le leur ai expliqué, en indiquant qu’il était heureux que ce brave homme soit Libanais et pas Français depuis quelques générations car autrement on aurait droit non seulement à toutes ses turpitudes les plus extravagantes mais également à celles de ses parents et grands-parents…

J’imaginai que ce serait dur pour lui, mais j’ai été en-dessous de la réalité.

Des gens ayant exercé le même métier que lui, des hommes et femmes politiques de son propre bord, en sont arrivés à créer des dogmes ex-nihilo pour le discréditer. Libanais, ayant souffert comme tant d’autres Libanais de l’intervention Syrienne dans son propre pays on l’a présenté comme un soutien du régime au pouvoir actuellement à Damas. Pour ne pas avoir en son temps assez apprécié les bontés de Tsahal au Sud-Liban, on le dépeint ces jours-ci comme antisémite ou « révisionniste ».

Il ne semble pas y avoir de vraie limite aux attaques personnelles les plus basses contre cet homme.

Mais il vaudrait mieux se taire, le laisser porter sa croix, celle des pestiférés politiquement incorrects.

Ce serait d’autant plus facile pour moi que je ne partage pas ses orientations politiques ou celle de son employeur. Alors pourquoi cette goutte d’eau douce dans cet océan déchainé pour le broyer ?

Parce que son intervention pour refuser la dictature si facile de l’opinion dominante m’a convaincu.

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

Parce que nous sommes encore, à ce jour un pays libre, ou l’opinion est libre, n’en déplaise à des créateurs de dogmes et d’ukases dans le concile de leurs fantasmes.

Parce que je crois en notre Constitution de 1958, et en son préambule, à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui cite nos droits et libertés mieux qu’un « 4e pouvoir » dévoyé.

Parce que je suis contre ceux, souvent les mêmes, « qui ont jeté aux chiens l’honneur d’un homme ».

C’est pour cela que cette nuit j’écris. Pour ceux à qui il reste l’esprit critique et juste, qui constatent le lynchage médiatique et le refusent. Qui constatent la propagande éhontée et la refusent.

Pour Monsieur Claude EL KHAL, dont je ne partage pas les opinions politiques, mais dont l’honneur mérite le respect tout comme sa liberté d’opinion. Ici en France, ou au Liban, que je n’oublie pas.

« كلنـا للوطـن للعـلى للعـلم

ملء عين الزّمن سـيفنا والقـلم

Koullouna lil-watan, lil 3oula lil-3alam
Mil'ou ayn iz-zaman, saifouna wal-qalam

Tous Pour la Patrie, pour la gloire et le drapeau.
Par l'épée et la plume nous marquons les temps. »

Vous avez choisi la plume, Monsieur EL KHAL. Vous êtes Journaliste, faites-en bon usage.

Vous n’êtes pas seul.

Didier CODANI

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