Une disparition, dernier polar de Michel TOURSCHER

« Une disparition » c’est une histoire banale au départ, qui comme son nom l’indique traite de ce qui se nomme « disparition inquiétante », surtout quant la disparition concerne une personne en vue, un tant soit peu controversée sur la Côte d’Azur. Elle sera tout sauf banale, cette disparition.

Je viens de lire intégralement « Une disparition », le dernier roman policier de Michel TOUSCHER.

Vraiment le dernier, vu qu’il est paru il y a 48 heures.

Je dois à l’honnêteté de vous dire que je connais bien l’auteur. D’abord par mon travail de coordinateur en Zones de Sécurité Prioritaires il y a quelques années dans un cadre professionnel, alors qu’il était « patron » du commissariat de l’Ariane, au Nord-Est de Nice.

Ensuite, parce qu’en plus de ses qualités d’officier de Police c’est un homme remarquable pour son humanisme (les deux ne sont pas – pas toujours – incompatibles), son ouverture d’esprit et sa capacité d’empathie, qui en font certes un leader de groupe pour les officiers, gradés, et agents sous ses ordres, mais aussi un ami personnel appréciable et apprécié.

Professionnellement nous nous voyons beaucoup moins même si – ironie du sort – nous nous sommes retrouvés vendredi dernier autour du Préfet des Alpes Maritimes et de son Directeur.

Cérémonie en l'honneur des morts de la Police le 1er juin 2018 à Nice © Nice-Matin Cérémonie en l'honneur des morts de la Police le 1er juin 2018 à Nice © Nice-Matin

Celui dont je vais parler ce n’est pas le commandant de Police, ce n’est pas l’ami (ou très peu) c’est l’auteur.

Auteur de « Flic requiem », son second roman salué par le prix du polar VSD.

Son premier roman, il n’y a que Michel qui l’a lu. Je le soupçonne de nous faire le coup d’un coffret « collector » dans quelques années, histoire de nous le fourguer avec les autres…

Après « Flics requiem » souvenir des années parisiennes de tout policier, il avait tenté « Assises à Nice » avec un nouveau personnage, toujours commandant de Police, mais plus proche de son cadre de vie.

Il y avait trois particularités dans « Assises à Nice ». La première c’était la part inhabituelle consacrée aux mécanismes concrets de la juridiction, au fonctionnement de ce que certains policiers considèrent comme « le service après-vente » en quelque sorte, alors que loin de là, le jugement est l’aboutissement du travail policier. Michel TOURSCHER en « remettant l’Eglise au centre du village » comme aiment à le dire nos voisins Suisses avait créé dans les coulisses des audiences une ambiance rare dans l’univers du polar français. Jamais absente, mais peu présente. Seconde particularité, ce travail détaillé sur tel et tel lieu, y incorporant non pas des personnages, mais de vraies personnalités, parfois avec leur vrai nom, comme à l’Ariane cette description du « Bistrot du Curé » et du père Patrick ou de Hugo, qui tous deux existent réellement et sont très bien connus dans le quartier. Troisième particularité, le travail psychologique, l’humanité de l’officier de Police qui est le personnage central. Une approche originale, parce que puisée dans le réel, de la vie de l’homme avant de considérer l’image du policier.

Une bonne part de ces particularités se retrouve sans « Une disparition ». Il y a toujours ce travail en profondeur du personnage principal qui écrit à la première personne, et cette évocation de lieux et d’intervenants réels ou à peine dissimulés comme un « roman à clefs » dont certains ont le trousseau.

Je crois au fond, « Une disparition » meilleur, plus abouti, plus fin que « Assises à Nice ».

« Une disparition » c’est une histoire banale au départ, qui comme son nom l’indique traite de ce qui se nomme « disparition inquiétante », surtout quant la disparition concerne une personne en vue, un tant soit peu controversée sur la Côte d’Azur. Elle sera tout sauf banale, cette disparition.

Une disparition, Polar signé Michel TOURSCHER, ce 2 juin 2018 © Didier CODANI Une disparition, Polar signé Michel TOURSCHER, ce 2 juin 2018 © Didier CODANI

Intrigue vite décrite en 4e de couverture, donc je n’y reviens pas.

Un mur, une impasse, le vide de l’enquêteur et de son équipe, le moment où l’on se raccroche aux procédures et au moindre fil qui pend, tout cela durant un peu plus des cinquante premières pages.

Avec toutefois une image donnée dès le départ et que « les gens de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » celle de la magnifique Kim NOVAK. Celle des années 50 à 60.

Face à face avec Kim NOVAK Face à face avec Kim NOVAK

Pourquoi avoir évoqué une actrice à la plastique si parfaite ? Avec celles et ceux qui ont suivi mes premières notes de lecture durant la nuit écoulée, il était impossible de ne pas penser à « Sueurs froides » le chef-d’œuvre d’Alfred HITCHCOOK que certains considèrent comme le meilleur des films. C’est là que Kim NOVAK joue un rôle formidable face à un policier, justement.

Encore un peu de Kim NOVAK Encore un peu de Kim NOVAK

Instantanément un premier parallèle se fait avec le roman, mais trop de choses diffèrent. Il n’empêche... Quand on décide de lire ce roman de nuit, l’image de Kim NOVAK ne s’oublie pas facilement.

Puis on pense à Sharon STONE dans un autre très grand film, plus récent, « Basic instinct ».

Sharon STONE (en marge d'un festival de Cannes) Sharon STONE (en marge d'un festival de Cannes)

Il y a un physique d’actrice qui s’impose, et ce personnage secondaire prend réellement corps, face au policier qui enquête. Là encore, ce n’est pas « Basic Instinct » mais l’ambiance et la qualité de l’intrigue se précisent, et entre la 50e et la 60e page nous allons prendre un tournant.

Je ne vous détaillerai pas le tournant, je ne vous gâcherai pas le plaisir de la lecture.

Je vous confirmerai juste l’exactitude des décors, pour tous ceux que je connais de mon côté.

Comme toujours, il y a des personnages vrais avec des noms de fantaisie, il y en a aussi avec leur vrai poste et leur vrai surnom, comme « Tic et Tac » au commissariat de l’Ariane, pour ne mentionner qu’eux. Ils font partie de la vie de ce quartier, de la vie de ce commissariat, que Michel TOURSCHER a commandé.

Il y a aussi une Sandrine qui exerce ses fonctions d’enquêtrice, avec une autre coloration et un autre profil, mais tant de points communs… C’est un des plaisirs de la lecture pour ceux qui connaissent Michel. De quoi alimenter les conversations et commenter les pages sur place avant cet été.

Pour un lecteur éloigné des particularités de la Police niçoise, les piques parfois impitoyables sur l’état des moyens et la qualité des personnes resteront au second plan. Après tout, c’est un roman. C’est certain. Avoir imaginé un Maire de Nice comme camarade d’Université du disparu est supposé nous convaincre que c’est bien un roman et que « ça ne se passe pas comme ça ». Ou presque.

« Une disparition » c’est un polar bien noir, avec des crapules bien ordinaires, et le jeu des passions humaines les plus simples, dans une intrigue brillante.

Allant d’un personnage à l’autre, distillant les indices avec parcimonie, et quelques fausses pistes comme il faut, et quand il le faut, l’auteur nous tient en haleine tout du long.

Maintenant il faut une suite.

Soyons très clairs, il faut une suite pour la vie de ce policier niçois devenu, redevenu, re-redevenu solitaire, dans ses petits défauts et ses grandes qualités, abonné à la pizza et aux yaourts périmés en fond de frigo. Impossible de le laisser comme ça. Ce n’est pas possible. D’ailleurs, à la fin de « Une disparition »… a-t-il gagné ? A-t-il perdu ?

Je ne cherche même pas à vous donner la fin de l’histoire. Je vous dis juste qu’on a envie qu’elle continue.

334 pages. Le seul problème c’est que ça vous fera trois soirées de lecture au maximum. Mais vous serez dedans jusqu’à la fin, et à la fin vous vous poserez sans doute la même question :

« A-t-il gagné ? A-t-il perdu ? »

Pour le commandant Gabriel LAVILLA, la question se pose. Pour Michel TOURSCHER la réponse s’impose : il a gagné. On est entré dans son univers, on vit avec ses personnages.  C’est à lire.

Didier CODANI

 

Nice, ce dimanche 3 juin 2018, après la sieste.

 

Références en marge de la lecture :

« Sueurs froides » (Vertigo) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sueurs_froides

Kim NOVAK : https://fr.wikipedia.org/wiki/Kim_Novak

« Basic instinct » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Basic_Instinct

Sharon STONE : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sharon_Stone

 

Le livre chez son éditeur : http://www.editionsdutoucan.fr/livres/fictions/disparition

Le livre en numérique Google: https://play.google.com/store/books/details/Michel_Tourscher_Une_disparition?id=gA9dDwAAQBAJ

 

Pour mémoire (et ceux qui ne les ont pas lu) :

Flics requiem : https://youtu.be/5aGQsOvhOQw

https://play.google.com/store/books/details/Michel_Tourscher_Flics_Requiem?id=FenDqpuFCQYC

Assises à Nice : http://www.baiedesanges-editions.com/catalogue/assises-a-nice/

Un des décors de « Assises à Nice » (on peut toujours y aller manger), « Le bistrot du Curé » :

https://www.tripadvisor.fr/Restaurant_Review-g187234-d7006870-Reviews-Le_Bistrot_du_Cure-Nice_French_Riviera_Cote_d_Azur_Provence_Alpes_Cote_d_Azur.html

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