De l'histoire à l'autonomie économique de la Corse

Ma modeste réaction à un communiqué de l’UPR, parti de Monsieur ASSELINEAU m’a amené – comme c’était prévisible même si ce n’était pas souhaité – à recevoir diverses réactions partisanes. Je suis très clair, dans mon propos : je ne juge en rien l’UPR. Je n’ai ni raison ni qualité pour le faire.

Ma modeste réaction à un communiqué de l’UPR, parti de Monsieur ASSELINEAU m’a amené – comme c’était prévisible même si ce n’était pas souhaité – à recevoir diverses réactions partisanes.

Je suis très clair, dans mon propos : je ne juge en rien l’UPR. Je n’ai ni raison ni qualité pour le faire.

Je ne juge pas plus Monsieur ASSELINEAU ; d’autant plus qu’il n’est pas – sauf erreur – auteur du communiqué de l’UPR que je critique. Bien au contraire, j’indique ma surprise connaissant un peu la culture de Monsieur ASSELINEAU qu’un tel communiqué avec des erreurs historiques si fortes ait pu « passer » sous son nez et venir sur la place publique.

Je regrette simplement que faute d’avoir ouvert un livre d’histoire, des gens que je crois intelligents aient cru bon de lancer des accusations judiciaires infondées sur la place publique.

Effectivement, la Corse a une histoire qui lui est propre, avec ses bons moments et ses épreuves.

La Corse a connu, connait, et connaîtra, de grandes heures. Tout comme elle a connu, et connaitra peut-être encore demain des défaites et des heures sombres.

Je dis simplement qu’à ce jour nous ne sommes pas en Corse dans les heures sombres, et que tenter de discréditer des personnes dénommées avec des arguments qui quelque part sont méprisants de notre histoire et notre culture, je trouve cela pathétique quand c’est signé d’un parti politique français de taille nationale, qui en dépit de son score modeste aux élections a su réunir 500 signatures pour présenter un candidat à l’élection présidentielle. Dans un système si bien verrouillé par quelques grands partis et quelques grands financiers, ce n’est pas rien. C’est dommage d’écorner cette image ; mais je ne suis pas de ce parti, je n’ai pas à le juger.

Sur mon compte Facebook j’ai eu une intervention publique de qualité pour détourner le sujet sur la question des financements de Sapeurs-Pompiers. En réalité, c’était là une belle transition pour quitter le champ historique qui discréditait la demande de poursuites pour « actes séditieux » à l’encontre du président de l’exécutif Corse et du président de l’assemblée territoriale Corse.

Il se trouve que je connais un peu les financements en matière de sécurité civile, et que le panneau « Sapeurs-Pompiers » était un peu trop gros pour y tomber.

Nous voilà donc maintenant sur la question de diversion que ces Pompiers devaient amener, à savoir la question de l’autonomie financière de la Corse.

Je vous dirai tout de suite qu’après une journée de travail à vérifier sur le terrain que certains de nos concitoyens les plus modestes (HLM) n’ont pas été trop éprouvés par la dernière tempête je ne me lancerai pas dans une bataille de chiffres armé de sigles juste bons à nous endormir.

En premier, je regrette que la discussion prenne un tel tour, car c’est un tour très classique. Cette question de l’autonomie qui rapporte moins que le régime dit « jacobin » et en tous cas centralisé, elle a été utilisée dans un nombre incalculable de cas et de pays. Je crois même que des Anglais s’en sont servi quand « 13 colonies » d’un continent lointain peuplé de sauvages ont prétendu suivre ces abominable Corses avec leurs idées d’indépendance, au XVIIIe siècle. Des gens qui jettent le thé à la mer n’avaient aux yeux des Anglais aucune chance de réussir. Disons-le tout de suite, c’était aussi quelque temps plus tard l’opinion du roi d’Espagne quand certaines de leurs possessions sur la côte Ouest du même continent leur furent contestées puis prises. Quant à nous Français, nous croyant plus malins, comme toujours, nous avons préféré vendre « la terre du roi Louis » à ces rebelles à un moment où ils avaient les moyens de payer, pensant sans doute qu’ils risquaient fort de ne pas tenir le coup longtemps.

Les rebelles tirent le coup. Avec l’aide de la France, d’ailleurs, à leurs débuts.

Si vous avez un atlas, ou « Google maps » vous verrez ce que sont devenues ces « 13 colonies » de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, et vous verrez aussi que la mémoire de la Corse, et de Pasquale PAOLI subsiste encore sur cet immense territoire avec des villes comme « Paolisville » ou « Corsicana ».

Je ne nomme pas ces « 13 colonies » qui devaient s’écrouler en devenant indépendantes. Je laisse planer le mystère... Avec toutefois un indice. C’est en raison – entre autres - de leur puissance économique, diplomatique et militaire, que l’issue de la première guerre mondiale a été accélérée, et que le sort de la seconde guerre mondiale a été changé, pour ne pas parler de la guerre froide.

Alors bien entendu, comparaison n’est pas raison, et l’on ne saurait comparer la Corse à une des premières puissances nucléaires du monde actuel. Sauf, peut-être sur le préambule d’une « prétendue Constitution »… qui les a inspirés.

Invoquer l’autonomie financière de la Corse, c’est enfoncer une porte ouverte, et ouvrir un boulevard à tous ceux qui voudraient revenir sur la mise en valeur de la Corse et en particulier au XXe siècle avec la Société du même nom. Ce serait – mais ils ignorent notre histoire, comment le sauraient-ils ? – raviver toutes les querelles sur la façon dont tant de terres furent attribuées, tant de gens sur place exclus, tant d’autres venus d’ailleurs favorisés, aidés, soutenus. D’autres dont certains (pas tous) ont détourné les aides jusqu’au scandale, jusqu’à Aléria pour être précis.

Et c’est là que l’on voit apparaitre, précisément, les « autonomistes » de façon structurée. Autonomistes dont Monsieur Gilles SIMEONI est l’héritier, à tous les sens du terme.

Je ne pars pas sur l’histoire de cette période, qui mérite une thèse plus qu’un billet de blog. Je reste sur l’économie et l’autonomie de cette île de Corse, et je dis, encore une fois, que vous n’avez pas écouté. Ni les discours, ni les programmes. Ni ceux des dirigeants actuels de la Corse de 2018, ni de ceux qui les ont précédés. Même – et surtout – ceux qui n’étaient pas « nationalistes ».

Nous en avons entendu, des insultes et des insinuations, sur la fainéantise – réelle ou supposée – des Corses, sur une île qui coûte plus cher à la république Française que ce qu’elle lui rapporte, sur la « perfusion financière » qui oublie et occulte les conclusions de ce rapport du Hudson Institute que la DATAR avait pourtant commandé. Pour faire simple, compte tenu de la fraude fiscale phénoménale que l’on imagine concernant la Corse et de la paresse colossale de tous ses habitants cette île serait une ruine s’il n’y avait tant de fonctionnaires (Français) pour lui tenir la tête hors de l’eau.

Alors l’autonomie… « cela ressemble à un caprice d'enfant gâté ».

Ce n’est pas un caprice. C’est un choix de société. C’est une option à laquelle le corps électoral vient de souscrire. Que cela nous plaise ou non, c’est ce que les électeurs de Corse  – eux – ont choisi.

J’ajoute, pour rester sur l’autonomie financière que les vœux de Gilles SIMEONI étaient très clairs sur ce point. Encore une fois ce ne sont pas mes idées politiques ce sont les siennes. A aucun moment il n’a omis de dire à quel point il serait difficile de suivre cette voie et de passer d’une économie dépendante à une économie plus autonome. Cela n’est pas à mon goût mais c’était clair.

C’est un débat et un combat depuis des années, pour résister à une monoculture touristique saisonnière qui engendre tant de dysfonctionnements, en particulier en infrastructures ; pour résister à des groupes agro-alimentaires aux intérêts énormes qui bloquent la reconnaissance de petites productions locales par de vrais labels de qualité juridiquement efficaces, par exemple.

Pourquoi bloquer ? Parce que le nom de « Corse » est synonyme de haute qualité dans certaines productions alimentaires. Tant qu’il n’est pas protégé, on peut depuis le continent produire des tonnes et des tonnes de produits qui dans l’île ne se détaillent qu’au kilo. C’est une forme de pillage. Un pillage commercial légal actuellement, mais également un pillage culturel. Parce que notre nourriture, comme notre langue, font partie de notre patrimoine culturel.

La langue, j’ai failli l’oublier. Une partie des annonces, même si elles ont aussi été faites en Français, étaient dites en Corse.

Il faut savoir que depuis qu’il existe une Assemblée territoriale en Corse il y a eu – comme cette Assemblée en a le droit – des demandes répétées pour que soient reconnues la notion de peuple Corse et l’usage officiel de la langue Corse. Pour ceux qui y verraient une entrave à l’économie de marché, je les invite à regarder l’économie périclitante et la pauvreté d’un petit pays fabriquant de fromages et de produits financiers de l’autre côté du lac Léman. Ils ont quatre langues officielles. Pour autant que je sache, ils s’en portent très bien. Certes, ils pourraient sans doute gagner plus d’argent… mais ils ont choisi de respecter leurs coutumes, leurs traditions, et leurs quatre langues.

Vouloir à tout prix imposer le monopole d’une langue est archaïque alors qu’il existe une charte Européenne signée (mais non ratifiée) et surtout alors que de façon constante TOUS les élus de la plus grandes partie des formations politiques représentées ont toujours soutenu majoritairement cette revendication depuis des années. L’usage du Corse ne gêne vraiment que les continentaux.

Peut-on interdire aux élus qui soutiennent totalement cette revendication de s’exprimer en Corse ?  Il me semble que non. L’opportunité des poursuites n’est en tous cas pas apparue au Parquet.

Je sais que cela peut être difficile à comprendre pour une part de nos compatriotes sur le continent. Nos compatriotes, car la Corse a été de tous les combats de notre république, ceux de la colonisation, ceux de la lutte contre les occupations, ceux de la décolonisation.

On s’est soucié très modérément entre 1914 et 1918 du faible vocabulaire français de ces paysans de Corse partis défendre la patrie en danger. Tout comme on se soucie peu du nombre de ceux qui n’en sont jamais revenus. Il y a eu 30% de pertes dans la classe 1894, ceux qui avaient 20 ans en 1914. Mais soyons honnêtes ce n’est pas parce qu’ils parlaient Corse… C’est simplement parce que les Corses ont eu beaucoup d’engagés volontaires, beaucoup de cadres, beaucoup de coloniaux et beaucoup de fantassins, tous partis massivement faire leur devoir, en première ligne.

Insigne du 173e Régiment d'Infanterie, ancien "Régiment des Corses" © 173e RI Insigne du 173e Régiment d'Infanterie, ancien "Régiment des Corses" © 173e RI

On compte plus facilement les Euros au XXIe siècle que le sang versé pour la France au XXe siècle.

Discutons  de l’autonomie économique de la Corse, mais si ces paysans n’avaient pas été là en première ligne, de 1914 à 1918, nous parlerions tous un Allemand impeccable de nos jours !

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