Une fausse révolution des peines

Au risque de choquer je dirai qu'on annonce ce qui se pratique déjà. Pour ceux qui connaissent mes convictions sur le sujet je ne vais pas tout reprendre ici. Constatons que le rapport parlementaire qui constatait déjà le problème de la surpopulation carcérale reçoit une suite qui est celle à laquelle on devait s'attendre.

Au risque de choquer je dirai qu'on annonce ce qui se pratique déjà.
Pour ceux qui connaissent mes convictions sur le sujet je ne vais pas tout reprendre ici.
Constatons que le rapport parlementaire qui constatait déjà le problème de la surpopulation carcérale reçoit une suite qui est celle à laquelle on devait s'attendre.

Dans ce pays où l'un des ministres de la Justice a volontairement freiné la construction des prisons en déclarant: "je ne serai pas le Vauban de la pénitentiaire". il y a un moment où l'on doit payer la note de cette politique.

Monsieur Robert BADINTER, ancien garde des sceaux, ministre de la Justice © Wikipedia Monsieur Robert BADINTER, ancien garde des sceaux, ministre de la Justice © Wikipedia

C'est arrivé.

J'ajoute que le pari "humaniste" qui consistait à laisser croire que par la prévention et l'éducation "on" parviendrait à contenir et faire baisser la population pénale a donc échoué.

Il conviendrait enfin de parler franchement de cette population pénale, de sa composition et de ses chances de réinsertion.
Car le but d'une société n'est pas de jeter ses citoyens en prison à la moindre infraction mais de leur faire comprendre leur erreur en les dissuadant de recommencer avec une chance de nouveau départ.

Enfin, il faut bien le dire: sur ce sujet le président MACRON est innocent.


La dégradation toujours plus forte du système est connue de longue date et de BADINTER à TAUBIRA pour donner les noms les plus connus de ces errements politiques, et nul n'a su, pu, ou voulu l'assumer.

Madame Christiane TAUBIRA, ancienne garde des sceaux, ministre de la Justice © Wikipedia Madame Christiane TAUBIRA, ancienne garde des sceaux, ministre de la Justice © Wikipedia

Faisons même crédit à Madame TAUBIRA d'un instant de lucidité financière. Vu les charges d'entretien en alimentation, eau, gaz et électricité des petits délinquants il est infiniment plus rentable financièrement de les laisser dormir chez eux que de les loger. Financièrement.
Financièrement c'est incontestable, nous avons les chiffres depuis longtemps, le bracelet électronique rapporte!
Juridiquement, moralement ?
Alors là c'est une tout autre affaire.

N'oublions pas aussi que la détention n'est qu'un maillon de la chaine judiciaire. N'oublions pas tous ceux qui font effort pour placer devant leur responsabilité les contrevenants, délinquants et criminels, à savoir notre Police et notre Gendarmerie.

Si les mesures prises devaient aboutir à une politique de remise en liberté quasi-systématique, et donc à un découragement, voire un écœurement, on risque de voir insensiblement l'intérêt des policiers et gendarmes se reporter sur les affaires "rentables", où les prévenus vont réellement partir en prison.
C'est là le risque majeur de cette annonce, que la "Police de Proximité" peut difficilement effacer.
En effet, d'une part on entrerait en judiciaire dans le "non-dit" (on ne dit rien mais on travaille les gros dossiers et on laisse courir les autres) et d'autre part les délits dits "mineurs" (qui en réel sont les plus nombreux) ne peuvent pas être traités efficacement par la "Police de proximité" dont ce n'est pas la mission et qui n'en aura normalement pas les moyens.

Enfin, et pour aller au bout de la chaine, tout ceci n'est rien s'il n'y a pas réinsertion.
Alors que nos contemporains peinent à garder ou trouver un emploi... alors que plein de gens venus d'ailleurs sont prêts (honnêtement) à travailler à leur place le jour, la nuit, pour moins cher qu'eux... voilà qu'il faut parler de trouver réellement un emploi aux ex-détenus.

Convoi de migrants en Europe, décembre 2017 © Katheon Convoi de migrants en Europe, décembre 2017 © Katheon

Le risque est grand de passer de l'incompréhension à la révolte dans la part la plus laborieuse de notre population.
Aide aux migrants (qui par définition n'ont JAMAIS cotisé à nos systèmes sociaux) , aide aux détenus...
Mais dites-moi, quand est-ce que l'on va aider le citoyen français, honnête et travailleur qui après s'être fait voler ou gifler verra celui qui l'a déjà piétiné passer devant lui pour son emploi?

Scène de "vol à la tire" © Voisins Vigilants Scène de "vol à la tire" © Voisins Vigilants

Je pose bien un point d'interrogation, et ce n'est pas une interrogation populiste. Travaillant avec de braves gens qui savent pour certains juste lire et écrire, je sais pour l'avoir souvent entendu que cette question est bien réelle. Inutile d'essayer de l'offrir à l'extrême-droite.

C'est réellement ce qui vient à l'esprit du plus grand nombre.

S'occuper des minorités c'est bien gentil, mais en démocratie c'est la majorité qui commande.
Heureusement pour notre bon président, il a pour lui outre les plus riches la majorité des journaux, radios, télévisions...
Cela sera-t-il suffisant?

Seconde interrogation.

A suivre...

Didier CODANI

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