Assassinats dans la Préfecture de Police et questions de société

Un modeste fonctionnaire de police assassine à l'arme blanche quatre de ses collègues, dans la Préfecture de Police où il travaille, avant d'être abattu par un policier stagiaire. Du sang à la "une". Rien de tel pour masquer les conséquences de l'incendie de Rouen, le fiasco des barricadés d'Italie 2, la mobilisation contre la Procréation Médicalement Assistée...

En quelques jours, c'est devenu la nouvelle "affaire" à la mode. Un modeste fonctionnaire de police assassine à l'arme blanche quatre de ses collègues, dans la Préfecture de Police où il travaille, avant d'être abattu par un policier stagiaire.

Mickaël HARPON fonctionnaire et assassin abattu par un policier stagiaire © X Mickaël HARPON fonctionnaire et assassin abattu par un policier stagiaire © X

Du sang à la "une".

Rien de tel pour masquer les conséquences de l'incendie de Rouen, le fiasco des barricadés d'Italie 2, la mobilisation contre la Procréation Médicalement Assistée... C'est encore mieux que les obsèques de notre ancien Président de la République Jacques CHIRAC.

Alors, évidemment, nous avons eu droit à une belle couverture de la question.

C'était d'autant plus facile, que cette affaire a aussi fait ressortir presque tous les ratages possibles en communication de crise. Mais pouvait-il en être autrement?

Je voudrai commencer par écrire que la première erreur dans cette affaire a été de vouloir communiquer en vitesse.

En matière de renseignement, j'ai de longue date un principe au cœur, qui m'a dit qu'il vaut mieux être le second à dire une chose intelligente que le premier à diffuser une bêtise. Un vieux principe que mes amis pillent sans vergogne, s'en attribuant même parfois la paternité, mais c'est sans importance, car ce qui compte c'est que ce principe soit connu, or il ne l'est jamais assez.

Il est refusé par tous les médias "mainstream", ce principe, car pour eux il faut vendre et l'on vend mieux quand on écrit avec le sang chaud.

Il est refusé par tous les communicants "branchés", car pour eux il faut être le premier à la "une" et le premier au micro.

C'est bien ce qui s'est passé.

Le ministre de l'intérieur en a fait l'amère mais inévitable expérience.

Il est bien sûr dans les premiers prévenus. Mais prévenu de quoi? Uniquement des faits bruts. Pour la motivation, il faut un temps de réflexion que l'on ne prendra pas. A la place on applique la doctrine que l'un de ses prédécesseurs a mise en place non sans quelque succès, celle du "déséquilibré".

De nos jours, "par défaut" nous avons en premier droit à cette fable rassurante. L'assassin est "un déséquilibré" et rien, vraiment rien, ne laissait prévoir qu'il allait faire une chose aussi abominable. Ainsi on passe en premier à l'antenne et devant les téléobjectifs. Peu importe s'il faudra se rouler dans sa propre urine 24 heures plus tard, le message "rassurant" aura été délivré en premier par "le premier flic de France".

En fait les communicants prennent le pari que le ministre n'aura pas trop de roulades à faire, et qu'il aura les reins assez solides pour résister à la vérité quand elle sera connue.

C'est presque exactement ce qui s'est passé, et l'on est bien forcé de reconnaître maintenant que non seulement l'individu est bien un "radicalisé" mais que - peu à peu il est vrai - l'on n'a pas su prendre en compte les alertes. Car il y en a eu de différentes sortes.

C'est sur ce point que je voudrais un instant insister dans ce modeste billet de blog.

Il y aura une enquête dont on parlera certainement, et je ne vais pas la faire en quelques lignes à la place des enquêteurs. Là n'est pas mon propos.

La vérité? L'enquête la dira. Probablement, qu'elle nous confirmera que ce petit fonctionnaire titulaire de catégorie C avait fait le choix de l'Islam radical. Peut-être aurons-nous l'honneur de savoir quelles étaient ses allégeances et à qui profite exactement le crime. 

Au fond, c'est assez peu important.

Ce qui est important, c'est que la vie s'est terminée pour quatre de ses collègues policiers. Un simple couteau, l'arme dont l'interdiction de vente est impossible, a suffit pour les assassiner. Pas de "débat sur les armes" cette fois pour se défausser des responsabilités politiques.

Ce qui est important, c'est qu'un policier stagiaire a su dégainer son arme de service et en faire usage convenablement face à un tueur. Force reste à la Loi, dont il est devenu en un instant, lucidement, le bras armé. J'ignore s'il a eu peur, j'ignore s'il a tremblé, mais il a fait son devoir.

"Le courage, c'est être mort de peur, mais remonter en selle" disait John WAYNE après une chute de cheval. Ce jeune stagiaire de 24 ans a prouvé son courage en un instant. Sans doute au bon endroit, au bon moment, avec la bonne arme... c'est vrai. Après tout... que dans tout ce merdier quelqu'un ait bien fonctionné, ce n'est que justice. Il a mis fin à la tuerie en faisant face. Face à la mort il a ouvert le feu, et le feu tue l'assassin. C'est bien.
Au prix de la cartouche de 9mm, le contribuable que je suis apprécie la réduction des frais de justice et de détention.

Pour ce que représente la police en France et dans le monde, ce jeune policier a démontré que la relève était là, et que l'on n'assassine pas impunément. La défense est légitime; et la légitime défense a été exercée comme il le fallait.

Un débat viendra sur cette infiltration. Un débat sera sans doute occulté sur ce qui a conduit ce fonctionnaire titulaire de catégorie C à basculer dans l'Islam radical. Ce qui est certain c'est que pour la déradicalisation le psy de permanence a perdu un client. Je crois que même lui ne s'en plaindra pas. Il y a des cas où la réponse balistique est plus efficace que la réflexion philosophique.

Pourtant, nous devrions, à tête reposée, nous poser la question; les questions.

La motivation de l'assassin était-elle seulement religieuse?

La religion n'était-elle pas un prétexte? Un refuge pour une fin de vie plus éclatante que la retraite d'un titulaire technique de catégorie C?

C'est quoi, un agent de catégorie C pour sa hiérarchie, à Paris, à la Préfecture de Police?

Il a assassiné quatre de ses collègues, au couteau. Même avec l'excuse ou le prétexte religieux, il en faut de la haine rentrée, imperceptible apparemment, pour un jour empoigner le couteau et poignarder, égorger, quatre personnes différentes. C'est juste la "radicalisation"?

Croyez-le si cela vous rassure et vous dispense de regarder sa vie professionnelle.

Quant à ses chefs, certains ont peut-être failli. Pouvaient-ils imaginer l'abominable? Je crois qu'ils devaient. Je crois, ce n'est qu'un sentiment personnel. Et je peux comprendre qu'ils n'aient pas su imaginer. On manque un peu d'imagination en France, en ce moment.

Certains ont senti le vent venir. Ont-ils eu le soutien qu'il fallait pour redresser la barre à temps? Non. Assurément non.

Tirons-en les conclusions non pas en sanctionnant bêtement ceux qui n'ont pas anticipé un cas exceptionnel, mais en leur donnant les moyens de faire face, d'apprendre de cette erreur ou de ces manques, pour éviter la reproduction du massacre. Reproduction qui prendra d'autres formes, avec d'autres armes, car l'histoire ne repasse pas indéfiniment les mêmes plats.

Ce soir, après avoir pris le temps de laisser un peu décanter, après le temps du recul, je voudrai un instant de réflexion pour trois catégories de personnes:

- Pour les quatre victimes de cet assassinat, et surtout pour leurs familles qui ont droit à toute notre compassion.

- Pour ce jeune policier stagiaire qui a su prendre en un instant la mesure du problème et qui a su légitimement faire usage de l'arme que la République lui avait confiée. Il mérite d'être cité en exemple et de recevoir récompense.

- Et aussi, pour aussi paradoxal que cela puisse paraître à certains, pour cet assassin qui a payé son crime de sa vie. Que nous sachions mieux comprendre ce que l'a conduit là, afin d'éviter à d'autres cette tentation meurtrière et suicidaire.

Je le dis et répète, nous sommes en guerre.

La France est en guerre contre une théocratie qui prétend imposer sa vision de l'Islam au monde entier.

"Ils" ne sont pas tous "barbus" mais "ils" sont bien là. © X "Ils" ne sont pas tous "barbus" mais "ils" sont bien là. © X

Nous n'avons pas gagné; "ils" n'ont pas tout perdu. Tant qu'ils seront là, ce sera eux ou nous. Sans pitié.

Tant qu'il y aura, face à eux, des policiers comme celui qui a su tirer, des militaires, mais aussi et surtout des citoyens déterminés, "ils" ne pourront pas gagner.

Évitons de sombrer dans un racisme ou une haine religieuse. Ne nous trompons pas d'ennemi.Mais soyons sans pitié face à eux.

Car la preuve est faite une fois de plus, ils n'ont aucune pitié face à nous.

Alors face à un tel enjeu, demander "la tête" du ministre de l'intérieur, ou "des effectifs" ou lancer un Xe débat-bidon (sans aucun vote) sur "l'immigration" me semble bassement politicien, et bien loin du véritable enjeu de cette guerre.

Il faut des moyens pour notre police et notre gendarmerie; il en faut aussi pour notre société et nos valeurs occidentales, face à ce califat des assassins.

C'est ce soir ce qui me semble évident. Peut-être à vous aussi? Peut-être pas... A vous de voir.

Nous sommes ensemble dans le même bateau. Il n'y a pas de "France 2" ailleurs qu'à la télévision, ne l'oublions pas.

Bises aux dames, salut aux messieurs,

Didier CODANI

Ce lundi 7 octobre 2019

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.