Hommage National aux victimes Basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice

Je m'incline ici trois fois: - Une fois devant les victimes et leurs familles; - Une fois devant les Policiers Municipaux qui ont réussi leur mission; - Une fois devant tous nos concitoyens qui ont enfin commencé à comprendre dans quelle guerre nous sommes engagés, et qui soutiennent nos institutions face aux terroristes.

J'ai regardé, en différé, cet hommage national aux trois victimes assassinées dans les murs de Notre-Dame de l'Assomption à Nice.

Au démarrage, j'ai surtout - je dois honnêtement le dire - remarqué ce côté "entre soi"qui effectivement me dérange.

Soit on effectue un hommage avec les corps constitués et la famille, soit il est public.

 

Dans le cas présent c'étaient les corps constitués et les amis que l'on a sélectionnés pour les faire passer à l'écran.

Des amis venus parfois de fort loin, comme un ancien président de la République.

Amis des défunts?

Non.

"Amis politiques" du Maire de Nice.

Pour moi, et ce n'est que mon humble avis, un hommage national n'est pas une séance de promotion pour un homme et ses amis, aussi brillants soient-ils.

 

J'ai noté aussi les quelques symboles que l'on a glissés dans le cérémonial, comme (c'est très simple) les baïonnettes au canon.

Pas celles de parade, en inox poli, mais les vraies; celles dont en fait on ne se sert que peu souvent dans les cérémonies et défilés.

Ne nous y trompons pas, c'est un détail. Détail d'importance.

Nous aussi, nous savons nous servir du poignard quand il le faut...

 

Et puis, j'ai admiré la mise en scène.

Je l'écris vraiment sans une once d'ironie, en pensant aux familles.

Tant mieux si c'était beau, tant mieux si c'était solennel, tant mieux si c'était minuté à la perfection.

Tant mieux si cela a pu, même d'un gramme, même d'un instant, alléger la douleur des familles.

C'est à cela que cela sert, le protocole; ce métier obscur, dont les acteurs sont invisibles pour que tout semble naturellement beau.

Hommage National aux victimes assassinées dans la Basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice © X Hommage National aux victimes assassinées dans la Basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice © X

Je dis bravo.

Pas pour le choix des figurants, mais en pensant aux principaux intéressés.

Les seuls vers qui nous devons nous tourner.

 

C'est donc au final une belle cérémonie.

 

Oui, elle a été coupée du peuple.

Oui, elle a été coupée d'une partie des émotions qu'un hommage plus sincère que cet hommage formel aurait produit.

Les marches submergées de fleurs de la Basilique Notre-Dame nous disent assez à quel point le peuple est touché, ému, révolté.

Alors, prenons cet hommage national pour ce qu'il doit être:

L'expression de l'émotion de la Nation face à l'assassinat de trois citoyens "qui n'étaient les ennemis de personne" pour reprendre les mots du Premier Ministre Jean Castex.

En un pareil moment, il faut être solidaire et pas partisan.

 

Ceci dit, je ne suis pas sourd ou aveugle. Il faut aussi rester lucide.

Pour les discours franco-français, je crois que depuis l'élection du dernier président de la République on frôle la perfection.

Pour la récupération et le passage à la télévision aussi.

C'est au niveau des actes qu'il faudrait gouverner mieux.

Il y a là une grosse marge de progression.

Mais je n'insiste pas. Ce n'est pas le moment, ni le lieu.

 

En marge de cet hommage pour les familles, il y avait un autre hommage sur lequel je crois nécessaire d'insister, c'est celui rendu à la Police Municipale par la décoration de certains policiers.

L'air de rien, à la marge, une page importante de l'histoire des Polices Municipales se tourne; une reconnaissance réelle est là.

Ce ne sont pas "des balayeurs montés en grade" mais bien des Agents de Police Judiciaire Adjoints qui ont fait leur devoir face à un assassin en flagrance.

 

Ils l'ont fait au mieux, dans l'urgence et la tension extrême.

Ils l'ont fait.

Ils ont été primo-intervenants sur une scène de crime.

L'arme de service à la main. En réel, pas dans un film.

 

Qu'on ne vienne pas - s'il vous plait - leur reprocher d'avoir tiré comme on leur a appris à le faire.

Qu'on ne vienne pas - s'il vous plait - leur reprocher de ne pas avoir tué sur le coup l'assassin, et d'avoir permis son arrestation.

 

Nos policiers municipaux ne sont pas des tueurs.

Ce sont des APJ, des Agents de Police Judiciaire Adjoints.

Ils ont neutralisé le suspect, ils ne sont pas allé plus loin.

En un mot, ils ont accompli leur mission. Point.

 

Alors on les décore.

A travers eux, c'est un vieux métier, remontant à bien avant "l'Ancien Régime", qui est distingué et honoré ce 7 novembre 2020.

C'est un métier difficile, ingrat, et souvent méprisé par d'autres corps qui pourtant n'ont pas toujours leur ancienneté de service.

Ce métier s'est illustré, ces agents ont prouvé leur valeur.

Ils méritent en ce jour notre estime, notre considération.

 

Rien de plus à en dire pour ma part.

Reste à m'incliner trois fois:

- Une fois devant les victimes et leurs familles;

- Une fois devant les Policiers Municipaux qui ont réussi leur mission;

- Une fois devant tous nos concitoyens qui ont enfin commencé à comprendre dans quelle guerre nous sommes engagés, et qui soutiennent nos institutions face aux terroristes.

 

Bravo à toutes et à tous, et que Dieu nous prête longue vie.

Nous sommes en guerre, serrons les rangs.

 

Didier CODANI

A Nice, ce samedi 7 novembre 2020

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