"La caresse de Marlène" est toujours aussi belle la 3e fois

Le théâtre, il y a ceux qui y vont. Je retourne pour la 3e fois au "Théâtre de l'Eau Vive", 10 boulevard Carabacel à Nice, modeste salle pour grand spectacle. "La Caresse de Marlène" y fait salle comble (50 places) pour la 2e semaine des 2x3 jours de sa programmation.

C'est le drame de Médiapart, c'est aussi ce qui fait à la marge une part de son succès.

La possibilité d'avoir un blog pour les abonnés. L'impossibilité de commenter pour celles et ceux qui ne sont pas abonnés.

Donc pour "La caresse de Marlène" de Patrick MOTTARD, j'ai un unique commentaire... et un gros paquet de messages et d'appels. En particulier les vrai(e)s ami(e)s qui demandent à aller voir, mais qui hésitent.

Du coup, hier soir, 3e passage au théâtre de l'Eau Vive, en groupe d'amis pour voir ce spectacle qui vaut le déplacement.

 

C'est une nouvelle semaine qui a commencé jeudi et qui finira dimanche avec la représentation à 16h00. Ce samedi soir ce sera à 21h00.

Nouvelle semaine, avec une nouvelle Marlène.

La caresse de Marlène © Didier CODANI La caresse de Marlène © Didier CODANI

L'auteur, toujours fidèle au poste, reçoit à l'entrée. Dès qu'on se revoit, il rigole. C'est un théâtre souriant le "théâtre Mottardien".

L'acteur principal Richard ZANCA, grand défenseur des animaux dans la vie en dehors du théâtre (Existe-t-il une vie en dehors du théâtre? La question mérite de se poser...) dit et redit sa joie de voir son rôle compris et communiqué au plus grand nombre. Un acteur professionnel qui n'a pas la grosse tête en février alors que l'on monte les estrades Place Masséna pour le prochain carnaval de Nice, c'est rare.

La caresse de Marlène Acte II avec Richard ZANCA et Lucie RATEL © Didier CODANI La caresse de Marlène Acte II avec Richard ZANCA et Lucie RATEL © Didier CODANI

On discute, il le faut surtout quand on vient là pour la 3e fois. Il n'y a pas de seconds rôles dans cette pièce.

Les plus petites pièces du puzzle ont leur importance. L'ami d'enfance Théo (Jean-Christophe VECCHI) qui était si propre et neutre lors de la première a fait exploser le carcan de son interprétation littérale. Il joue dans l'esprit même s'il continue à respecter la lettre. Il est devenu la "vis comica" de ce spectacle, et l'évolution de son interprétation permet de voir à quel point le talent d'un auteur et celui de ses interprètes sont des éléments complémentaires. Le "syndicaliste" de la pièce (Michel AUSSEIL, le seul qui ait un abonnement Médiapart, soi dit en passant - c'est tout de même un signe...) va lui aussi de mieux en mieux. Sa langue de bois est maintenant polie à la perfection.

Parler de la nouvelle "Marlène" Lucie RATEL est délicat. La première (et pas ancienne SVP) Sabrina PAILLE était merveilleuse. Elle l'est toujours, au point de revenir applaudir la nouvelle (et seconde de personne SVP) qui brille vraiment de bout en bout avec une tenue au même code couleur en rouge et noir. Mais c'est différent, également beau, mais différent. Peut-être plus Stendhalien que Mottardien? On a tout essayé pour "classer" Patrick MOTTARD: Orwell, Shakespeare, Tchekhov... Pourquoi pas Stendhal? Mais juste pour "le rouge et le noir" de Lucie RATEL alors...

Lucie RATEL nouvelle Marlène toujours en rouge et noir © Didier CODANI Lucie RATEL nouvelle Marlène toujours en rouge et noir © Didier CODANI

Le Gaëtan jeune premier Christophe COMPAIN reste le même, mais en plus souple, mieux coordonné; ce qui est essentiel pour l'Acte II, sans vouloir vous gâcher le plaisir de la découverte du ballet des spectres.

Christophe COMPAIN (à droite) jeune premier immobile et droit captant le regard © Didier CODANI Christophe COMPAIN (à droite) jeune premier immobile et droit captant le regard © Didier CODANI

Valérie LHERITIER toujours aussi sagement sexy en employée-modèle des pompes funèbres à l'acte I, encore plus émouvante dans les spectres à l'Acte II. Un vrai talent, dans un rôle en apparence ingrat de "faire-valoir" des autres où elle aussi a pris une place croissante dans le sourire des spectateurs. J'ai d'ailleurs signalé ses qualités à un entrepreneur de pompes funèbres de mes amis, bien connu de l'auteur. Je demande à filmer l'entretien d'embauche... s'il donne suite.

Le balles des spectres, Valérie LHERITIER toute à droite. Oui, c'est elle © Didier CODANI Le balles des spectres, Valérie LHERITIER toute à droite. Oui, c'est elle © Didier CODANI

Je ne vais pas vous lister toute la distribution. Je sais que j'oublie la sœur, la mère, les deux amoureuses... Une liste à la Prévert si je puis dire. Après tout vous n'avez qu'à aller voir par vous-mêmes. Mes petites photos d'amateur ne sont là que pour partager avec vous ce bon moment passé avec des amis dans un théâtre "de poche".

Un auteur heureux... et on le comprend, avec les deux "Marlène" à ses bras © Didier CODANI Un auteur heureux... et on le comprend, avec les deux "Marlène" à ses bras © Didier CODANI

Mais voilà, la poche est pleine, quasiment tous les soirs, depuis le début.

Alors, petite remarque politique en passant, pour celles et ceux de nos décideurs qui sont plus aménageurs fonciers que foncièrement amateurs de théâtre: "Pourquoi annoncer la destruction et l'éparpillement des deux plus grandes salles de théâtre de Nice alors qu'il y a tant de talents qui n'ont que de petites salles pour parvenir à s'exprimer?"

Je crains que la réponse à ma question ne se trouve plus dans l'aménagement foncier et ses produits dérivés que dans la défense de la culture théâtrale française.

Pourtant, moi qui ai un peu voyagé, quand nos amis francophones parlent de la France en disant "la grande Nation" ce n'est pas aux banquiers, aux promoteurs, ou aux politiciens français qu'ils font référence.

La langue Italienne, quand on l'évoque c'est celle de Dante; la langue Française, c'est celle de Molière. Sic.

"Sic transit gloria mundi..."

Molière, acteur de théâtre. En scène jusqu'à son dernier instant. Enterré de nuit presque clandestinement.

Qui sait, il était peut-être là, au "théâtre de l'Eau Vive", dans le ballet des spectres mis en scène par Fabienne COLSON. Si ce n'était lui, son esprit y était. C'est pour moi fort probable.

Lucie RATEL la nouvelle Marlène entre parole, sourire et émotion, au final © Didier CODANI Lucie RATEL la nouvelle Marlène entre parole, sourire et émotion, au final © Didier CODANI

Allez-y, moi j'en viens. Une chance ce samedi soir à 21h00, une autre demain après-midi à 16h00.

Une douzaine d'Euros. Vous les avez.

Bises aux dames, salut aux messieurs,

Didier CODANI

A Nice, ce samedi 8 février 2020

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