Au théâtre hier soir, les "Fragments" de Patrick MOTTARD

C’est un article de la presse écrite régionale, un article de Laure BRUYAS dans Nice-Matin ce 8 juin 2018, qui a déclenché cette envie d’aller voir cette pièce pour duo sans orchestre. Une pièce que je ne connaissais pas, d’un auteur que je connais depuis plus de trente ans. Tout ça pour un (magnifique) article de critique. Tellement bien écrit qu’il fallait vérifier.

C’est un article de la presse écrite régionale, un article de Laure BRUYAS dans Nice-Matin ce 8 juin 2018, qui a déclenché cette envie d’aller voir cette pièce pour duo sans orchestre.
Une pièce que je ne connaissais pas, d’un auteur que je connais depuis plus de trente ans.
Tout ça pour un (magnifique) article de critique. Tellement bien écrit qu’il fallait vérifier.

La mode est aux #FakeNews, c'est l'excuse que j'ai trouvée pour me dire que je devais aller vérifier... © Laure BRUYAS La mode est aux #FakeNews, c'est l'excuse que j'ai trouvée pour me dire que je devais aller vérifier... © Laure BRUYAS

Bon, en vérité, je connais Laure; et je connais le couple MOTTARD depuis le début de mes études de Droit dans ce qui se nommait alors (et qui reste pour moi aussi) le campus Maurice SCHUMANN.

Je connais aussi le parcours politique radical – et de gauche, en plus - de Patrick MOTTARD et de Dominique BOY-MOTTARD, que je ne partage pas ; ce qui ne nous pose problème ni à eux ni à moi, étant démocrates.

Je connaissais enfin et surtout la qualité d’écriture de Patrick MOTTARD, redécouverte il y a trois ans incidemment avec « Baie des Songes ». Incidemment, car c’est la proximité « géographique » de son stand au Salon du livre de Nice 2015 avec Hélène CONSTANTY et Eric De MONTGOLFIER qui m’avait fait m’arrêter le saluer. Venu soutenir quelques amis qui proclamaient leurs vérités par écrit, je ne pouvais pas ignorer un ancien chargé de Travaux Dirigés si apprécié et appréciable à mes débuts d’étudiant en Droit. Je suis donc reparti ce jour-là avec quelques Euros en moins et un livre de plus.

Il ne sait pas qu’écrire, il sait vendre ses livres. En prime, il arrive à les faire jouer dans un petit théâtre sympathique (le Théâtre de l’Eau Vive), avec aboyeur incorporé.

Baie des songes par Patrick MOTTARD (2015) © Patrick MOTTARD Baie des songes par Patrick MOTTARD (2015) © Patrick MOTTARD

L’air de rien, trois ans plus tard, c’est aussi – un peu - d’avoir lu « Baie des songes »  qui a joué dans ma prise de décision pour venir voir « Fragments de Nice » qui est en réalité bien antérieur, puisque le texte date de 2007.

Que vous en dire ?

Très sincèrement, tout est écrit – mieux que je ne le décrirai jamais – dans cette page de Nice-Matin que signe Laure BRUYAS, où je chercherai en vain ce qui n’est pas conforme à la réalité.

Il n’y manque rien, tout est là, tout est vrai, pour vous donner envie d’aller voir, d’aller entendre.

L’aboyeur peut-être. Didier l’animateur de salle, qui vous annonce pince-sans-rire que la pièce durera « 3h45… sans entracte » une fois que vous êtes installé dans cette boite noire aux rideaux rouges, pleine comme un œuf qui ne demande qu’à éclore.

Didier, aboyeur et animateur spectaculaire © Didier CODANI Didier, aboyeur et animateur spectaculaire © Didier CODANI

L’éclat de rire général qui suit cette annonce et la munificence de l’orateur à l’égard des derniers arrivants (dont j’étais) rassure tout de même le spectateur. On est dans un théâtre souriant, pas dans une écriture pédante. De nos jours, la plupart des gens savent gueuler, fort peu savent aboyer. C’est en vérité une petite partie du spectacle que ces éclats de voix qui précèdent les fragments de vie.

Deux bonnes heures tout de même pour les morceaux choisis de ce parcours personnel, et c’est vrai, Laure a raison de l’écrire :

« On rit (franchement), on est tristes (un peu) et on aime (beaucoup)… »

Duo pour une évocation © Didier CODANI Duo pour une évocation © Didier CODANI

Il y a des moments d’émotion palpable. Des moments où en dépit de l’apparence enjouée le texte n’est plus que la partie émergée d’un iceberg.

Les spectateurs apprécient le spectacle alors que l’auteur revoit sa vie.

Patrick MOTTARD, profil pour auteur en polo blanc © Didier CODANI Patrick MOTTARD, profil pour auteur en polo blanc © Didier CODANI

C’est l’espace d’un instant, dans l’évocation du 11 septembre, par exemple.

C’est à d’autres instants sur la chute du rideau de fer, avec son « pourquoi si tard » qui sonne comme l’épitaphe de tant de morts oubliés, moins connus et à jamais noyés dans la mauvaise conscience d’une idéologie.

Ce sont ces moments qui personnellement me renvoient à des souvenirs qui ne sont pas ceux du « grand public » même si l’actualité évoquée a été médiatisée en son temps. Je pense au « On a gagné » de l’élection de François MITTERAND, que j’ai incontestablement vécue dans ma première année de Droit de façon différente, avec un regard opposé à celui de l’auteur. Je pense à d’autres lieux, d’autres temps, plus récents. Aux Balkans où j’ai trainé mes bottes avec moi aussi un stylo et un appareil photo, mais comme accessoires et pas comme outil principal. Je pense à tous ces autres morts que l’on découvrait qui m’ont prouvé que le mal que l’on disait des Serbes n’était pas si fondé. Ou pour le moins, que les massacres ont été mutuels et horribles. « …on est tristes (un peu)… »

« Personne ne ressort indemne de la Bosnie-Herzégovine » me disait en son temps un camarade. Car en Bosnie il n’y a pas eu que Srebrenica et ses 8000 Musulmans Bosniaques tués. Et même là, l’histoire oublie généralement de dire « pourquoi » alors que les médias ont largement filmé « comment ». Différence de point de vue, différence d’angle de tir.

C’est un des très, très, très rares moments de la pièce, où je suis en désaccord avec Patrick MOTTARD. Un moment où je le comprends, car il donne son point de vue depuis la France, mais à condition qu’on le comprenne comme un point de vue et pas comme une vérité. Un moment où en écoutant, je me remémorais Jean GABIN dans « Le Président » (1961), dans cette scène si fameuse de sa tirade à l’Assemblée Nationale : « Étant présent sur le théâtre des opérations, je ne saurais prétendre à la même objectivité : on a une mauvaise vue d’ensemble quand on voit les choses de trop près. »

Ce bref instant de désaccord ne doit pas faire oublier le reste, et en particulier les capacités musicales insoupçonnables et insoupçonnées de Sabine VENARUZZO qui valent, tout autant que le texte, le déplacement. Ecrire ce texte, c’est fait et publié depuis 2007. Trouver l’interprétation juste, la diction précise, le geste vif qui réveille le spectateur, c’était plus difficile. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette pièce est jouée au « Théâtre de l’Eau Vive » et Bernard GAIGNIER est un peu un vétéran de ce jeu remarquable dont il est – il est vrai – metteur en scène.

Non, en vérité je n’avais rien à redire concernant cette critique théâtrale. On a les prétextes que l’on peut pour essayer de garder une ouverture d’esprit, pour conserver une vie culturelle. Car il ne faut pas l’oublier, être auteur, être acteur de théâtre en province, dans une petite salle aussi sympathique soit-elle, cela relève presque du sacerdoce, de l’acte de Foi.

Raconter sa vie, beaucoup savent le faire au coin d’un bistrot après les premiers verres. Moins nombreux sont ceux qui savent l’écrire. Encore moins nombreux ceux qui parviennent à le faire jouer avec de bons acteurs.

Bernard GAIGNIER, Patrick MOTTARD et Sabine VENARUZZO, au final © Didier CODANI Bernard GAIGNIER, Patrick MOTTARD et Sabine VENARUZZO, au final © Didier CODANI

Patrick MOTTARD est de ceux-là. C’est à voir, c’est à entendre, c’est à lire aussi.

Ce samedi à 21h et dimanche à 16h00. Vous ne devriez pas regretter votre douzaine d’Euros de « Fragments de Nice ».

Allez investir… la salle du Théâtre de l’Eau Vive. Il, ils, elle, le mérite(nt).

Didier CODANI

Ce 9 juin 2018

 

P.S. pour Mediapart : Au moment des dédicaces, comme chacun sait, la nouvelle formule à proposer aux auteurs c'est: "Conformément à la RGPD j'autorise [Votre nom - votre prénom] a utiliser les photos prises durant le spectacle et à les mettre en ligne sur Internet".

J'ai tenté le coup, mais l'auteur ce soir-là avait pris le pas sur le juriste. Il m'a juste dit : "aucun problème"; et j'ai eu une vraie dédicace.

Finalement je préfère cette ancienne façon de faire.

"Fragment" du temps où les hommes de lettres sont d'abord des hommes de parole...

 

Références :

http://www.nicematin.com/theatre/les-fragments-de-patrick-mottard-sur-les-planches-236698

Article de Laure BRUYAS, journaliste, Nice-Matin du 8 juin 2018

https://youtu.be/o6pcBGpag2o

Tirade extraite du film « Le Président » (1961) avec Jean GABIN.

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