La BAJON à Nice : Ne coupez (surtout) pas.

Nous sommes en mai 2019 ; après en gros six mois d’attente et un président Chinois plus tard, La BAJON arrive enfin à se produire à Nice, au Palais de la Méditerranée ; et elle remplit toute la salle. Une seule date, plus d’une heure et demie d’une très belle prestation scénique, sans tomber dans le piège d’une trop forte politisation et sans enfiler de « gilet jaune » pour autant.

Nous sommes en mai 2019 ; après en gros six mois d’attente et un président Chinois plus tard, La BAJON arrive enfin à se produire à Nice, au Palais de la Méditerranée ; et elle remplit toute la salle.

Une seule date, plus d’une heure et demie d’une très belle prestation scénique, sans tomber dans le piège d’une trop forte politisation et sans enfiler de « gilet jaune » pour autant.

La Bajon à Nice au Palais de la Méditerranée sur la Promenade des Anglais © Didier CODANI La Bajon à Nice au Palais de la Méditerranée sur la Promenade des Anglais © Didier CODANI

Je ne vais pas vous dévoiler tout le show.

Une intro originale, un enchainement de sketches déjà bien rôdés, de répliques devenues des classiques… même sur l’actualité récente, avec un ton toujours aussi incisif.

La politique, on l’évoque tant et plus, on navigue dessus sans jamais y sombrer. On passe de « La Marseillaise » à la bande sonore du « Parrain ». On ira même jusqu’à l’assassinat de l’artiste, sa montée au ciel, et un remarquable dialogue avec Dieu qui n’est pas sans remettre en mémoire les dialogues de Fernandel dans le rôle de Don Camillo.

Un Dieu fort moderne ; une femme. « Dieu dit : Que la lumière soit ; et la lumière fut. Forcément que c’est une femme. Avec un homme il faut une semaine pour changer une ampoule… »

Un paradis où l’ambiance est assurée, avec Johnny HALLIDAY et David BOWIE. Ils n’y ont d’ailleurs apparemment pas amené que des bonnes choses, mais vous le verrez bien en temps utile.

Cette enfilade de petites scènes travaillées, aux répliques ciblées, est un régal.

Une seconde clef du succès de La BAJON c’est l’implication (réelle ou fabriquée) de son public. Implication parfois réelle de personnes prises au hasard dans la salle ; et puis quelques cas où l’attitude du « spectateur » cadre si parfaitement avec la ligne du show que l’on finit par comprendre que ce spectateur-là en faisait évidemment partie…

La BAJON cible les politiques et les travers de notre France de 2019. Quelques attaques personnelles, parfois, sur telle ou telle personnalité en vue ; Christian ESTROSI à Nice n’est pas épargné, mais il n’est qu’égratigné, et c’est plus un honneur qu’une honte que d’être mentionné par La BAJON.

Il y a bien un message politique dans le show de cette artiste, et il est celui de l’ouverture à l’autre, de la compréhension, de l’entraide, de la lutte contre la misère et l’exclusion. Contre la pollution, le pouvoir absolu et l’argent-roi. Sans s’enliser dans une contestation formelle, La BAJON lance précisément des piques qui sont autant de banderilles (elle qui dit ne pas aimer la corrida « c’est quoi ce sport où l’on mange ceux qui ont perdu ? ») de la politique politicienne jusqu’à l’OGC Nice…

Et puis il y a en fil d’Ariane, en sous-entendu tout au long du spectacle, un autre aspect dans cette superbe prestation. Un aspect discret, pudique au milieu de ce comique exubérant, que seuls vont voir et entendre ceux qui y prêtent attention.

Ce troisième aspect c’est sa vie. La difficulté qui commence quasiment à la naissance, l’origine qui exclut, l’abandon qui fait ricaner les copains d’école dans la cour de récréation, la réplique cinglante, déjà ; toute petite. La BAJON fait rire, et derrière ce rire aux larmes, il y a d’autres larmes. Celles d’une existence tracée par la force de sa volonté en dépit des difficultés de départ ; celles des efforts pour apprendre, pour avancer, pour se dépasser, sortir du lot en voyant clair, et être là devant nous.

Un instant, un seul, quasiment en noir et blanc dans ce show si coloré, elle parvient à nous transmettre ses larmes par l’émouvante évocation de son nom de scène. Ceux qui ont compris retrouveront la musique, si proche du « Dictateur » de Charlie CHAPLIN, qui conclut un de ses clips vidéo « La BAJON Députée ». C’est l’instant où l’on sait… qui on est venu voir. La BAJON. La vraie.

Spectacle brillant mais profond ; intime et humaniste, avec plusieurs degrés de lecture. Politique, polémique, vif, acéré, où c’est toujours le bien et le rire qui sont recherchés en conclusion.

Anne-Sophie BAJON,  « La BAJON », veut nous prouver qu’elle n’est pas juste une comique, pas juste l’égérie d’un mouvement de protestation. Elle est une petite fille abandonnée, à l’origine incertaine, devenue belle artiste ; travailleuse acharnée, aux choix affirmés et à humour impitoyable.

Si vous le pouvez, allez la voir, en province ou à Paris. Vous ne regretterez pas le prix de votre billet.

D’autant qu’à la fin de son spectacle, elle sait recevoir son public, blaguer à part, prendre le temps des dédicaces et celui des photos. Tout ce que beaucoup d’autres ne savent pas ou ne savent plus faire. Ce qui fait la différence entre un professionnel blasé et la femme de cœur qu’elle reste et veut rester pour tous ses spectateurs.

A la volée… La BAJON après le spectacle, avec son public ; à fond et sans façons. © Didier CODANI A la volée… La BAJON après le spectacle, avec son public ; à fond et sans façons. © Didier CODANI

La BAJON ne veut pas juste des « fans », elle veut plus qu’un public. Elle cherche à rendre des gens heureux au travers de ses mots.

Ce soir, à Nice, je crois bien qu’elle y est arrivée. Belle soirée. Bravo.

Bien cordialement,

Didier CODANI

A Nice, Palais de la Méditerranée, ce dimanche 12 mai 2019

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