Migrants et amnésiques. Sic transit gloria mundi

Nous voici donc à la fin de l’été, et la rentrée vient de se finir. Chacun dans son domaine sent bien que c’est le moment de se mettre au travail si ce n’est déjà fait. Le trimestre que l’on dit le plus long de l’année car coupé de peu de vacances, va se lancer.

C’est aussi celui où il faut briller, celui où il faut – parfois « in extremis » - trouver de quoi améliorer les chiffres et les bonnes opinions avant la fin de l’année, pour qu’à défaut de devenir populaire on passe – au moins – pour un bon gestionnaire. Dans la moyenne supérieure si c’est trop difficile.

C’est vrai en France, et c’est vrai à l’étranger, avec parfois des effets de dominos proprement stupéfiants.

Au moment même où les français entrent (comme chaque année ou presque) dans une période électorale, l’Allemagne décide avec une générosité qui pose question, de modifier la donne en matière d’accueil de migrants. C’est une révolution bien plus réelle que le dernier modèle de tablette ou de téléphone portable, car le tiers-monde qui a faim va pouvoir légalement venir croquer la pomme européenne.

Ne haussez pas les épaules, ne ricanez pas, car les pommes… c’est nous !

Pressés d’être sur la photo, inquiets d’être associés –même de loin – à la photo d’une noyade nos plus éminents décideurs ouvrent à la suite les portes de notre pays, suivis en cela par une horde de commentateurs mercenaires.

Mercenaires, je n’ai pas d’autre mot. Car là où il manque tant d’emplois, là où il était impossible d’arriver à « inverser la courbe du chômage » ils nous expliquent benoitement qu’il y a des emplois… Pour les réfugiés !

Là où nous savons depuis des années que nous manquons cruellement de logements l’un des plus fameux journaux en ligne (avec ou sans abonnement) nous explique qu’il y a des logements. Il y en a plein, ici, là, disponibles et quasiment gratuits. Ils ont même compté les chambrées des casernes et des centres de formation professionnelle pour être sûrs de ne pas en manquer.

Le pompon, je l’ai entendu ce matin à la radio ou une commentatrice en extase (Dieu existe donc au moins à la radio) faisait un reportage sur… des squatteurs recevant des réfugiés ! Magnifique. Quelle belle générosité que celle qui se fait avec l’argent des autres en général, et celle du contribuable français en particulier, surtout sans lui demander son avis (au contribuable). Heureusement l’électricité du squat n’était pas coupée (merci EdF) et l’eau courante court sans compter dans les tuyaux. On va même réparer soi-même l’ascenseur, ce qui suppose que la haute tension marche aussi. Que le propriétaire des lieux ne s’y trompe pas, en cas d’accident il sera au banc des accusés.

Avec modestie, à ma toute petite échelle, je me suis retourné vers les premiers « Fil des mois » rédigés il y a bientôt deux ans en octobre, novembre, décembre 2013.

Particulièrement celui de décembre 2013 (http://www.codani.info/2013_Decembre.html ) qui se nommait: « La fin, les moyens, et la misère du monde. »

Votre serviteur écrivait en conclusion :

Il y a une responsabilité qui nous dépasse à cet égard et qui est du niveau des états.

Pas UN seul Etat, toujours le même, la France, grande et généreuse. Plusieurs états, en Europe, dans le monde, ont la responsabilité de ce que nos concitoyens subissent.

Ce n'est pas être raciste ou sectaire que de le souligner : pour que ceux qui sont en droit d'avoir un logement, de l'aide et de l'assistance, puissent en recevoir dignement, il faut EN AMONT prévenir la dégradation de telles situations, et cela, ce n'est pas au niveau du policier de base ou de l'agent d'entretien qu'on peut le faire. C'est bien plus haut. Sans confondre notre humanité, notre charité, avec de la faiblesse ou de la décadence.

Le débat reste ouvert. "La France ne peut pas recevoir toute la misère du monde" disait un ancien premier ministre français. C'est vrai. Mais voilà, la misère est là, et le crime la suit à la trace. Ne cachons pas la poussière sous le tapis. Il y en a trop.

Merci d'avoir pris le temps de le lire, et celui d'y penser, entre sapin et cartes de vœux...

C’était en ligne sur Internet et vous pouvez le vérifier ça l’est toujours. Rien n’a changé sauf que certains Etats semblent baisser les bras. Il faut croire que les autoroutes de l’information étaient en grève ou en travaux. Deux spécialités bien françaises. Et maintenant nous redécouvrons l’eau tiède, en attendant la douche froide.

Entendons-nous bien. Engagé de longue date, dix ans maintenant, dans le social le jour et le caritatif la nuit, je ne vais pas taper sur des malheureux qui n’ont d’autre choix que fuir ou mourir en raison de leurs opinions politiques, leur race ou leur religion.

Oui, je pratique de façon moderne le « Matthieu 25 » de l’Evangile selon Saint Matthieu du nouveau testament, pour ceux qui voudraient invoquer le jugement dernier. Mais je ne crois pas qu’ait été là visé le cas de ceux qui – sciemment – viennent user de leur qualité d’étranger simplement pour améliorer leur qualité de vie au détriment de ceux qui les reçoivent.

Oui, je suis et j’approuve l’humanité et la générosité à l’égard de ceux qui sincèrement en ont le besoin vital; mais pas à l’égard des hypocrites pour lesquels notre générosité est vue comme une faiblesse ou une spéculation en bourse. Sans parler de tous ceux qui se glissent dans le flot avec pour seule idée de nous poignarder dans le dos, dans nos cités, le moment venu. Envers tous ceux-là il faut être lucide et vigilants, pour ne pas charger la barque de véritables parasites, au-delà de toute mesure, jusqu’à ce que nous coulions tous ensemble.

J’ai écouté l’appel de Sa Sainteté le Pape François, et je n’y ai entendu aucune incitation au suicide collectif. Peut-être ai-je mal écouté ?

Parfois je doute, tant la communication sait prendre le pas sur la sincérité dans les communiqués.

Si je n’étais pas certain, par mon engagement caritatif ou social, de certains fait, de certains chiffres, je pourrais douter. Mais le combat que je dois mener au quotidien à titre professionnel comme personnel pour aider nos concitoyens à garder un cadre de vie décent me donne ces repères.

J’accepte volontiers la question : « en es-tu sûr ? » que m’envoient certains d’entre vous. Il n’y a que les idiots qui soient sûrs de leur bêtise. Moi, comme vous, je doute sur certains sujets. Et il y en a d’autres sur lesquels je crois, avec ou sans chiffres. Car il faut avoir la foi quand on veut aller au service des autres. Tout n’est pas dans les livres de compte ou les équations. La foi, ou, moins théologiquement, l’aptitude à « décider dans l’incertitude », comme l’écrivait le Général DESPORTES dans un cours célèbre de l’Ecole de Guerre, c’est nécessaire pour avancer. Un imbécile qui marche va toujours plus loin qu’un intellectuel assis (celle-là, je vous laisse trouver l’auteur. C’est dans un taxi du côté de Tobrouk).

Ne nous laissons pas en attendant mystifier par des humanistes surtout intéressés par le score de leur association humanitaire, et à l’inverse par de grands guerriers du dimanche qui prennent juste la peine de retirer leur cravate pour nous envoyer guerroyer et mourir pour eux dans les sables subsahariens hier, et en Syrie demain matin. C’est si facile d’envoyer des hommes au combat et à la mort quand on n’y est jamais allé, et surtout quand on est certain de ne jamais y aller soi-même. .. D’autant plus quand on a toujours utilisé le budget de la défense comme variable d’ajustement pour d’autres ministères ; au point qu’on ne puisse plus maintenir des équipements essentiels en service… Je ne m’étendrai pas là-dessus, et pour ceux que cela intéresse, je me fais une joie de vous renvoyer aux écrits parfois amers et souvent pleins d’humour d’auteurs plus spécialisés comme Michel GOYA pour les questions militaires (http://lavoiedelepee.blogspot.com/ )  ou Laurent TOUSCHARD pour les considérations opérationnelles (http://conops-mil.blogspot.com/ ) voire Abou DJAFFAR pour les terrorismes, guérillas stratégie et autres activités humaines (http://aboudjaffar.blog.lemonde.fr/ ) . On ne vous les amènera pas « comme sur un plateau »… de télévision, il faut donc bien donner leur adresse, car si les « experts » sont foison, les vrais et les bons se méritent.

Autre question que j’ai parfois entendue à ces propos : « Mais pour qui vous prenez vous ? » ou encore « Mais qui êtes-vous donc ? »

La première question, chaque fois que l’on me l’a posée, venait d’une personne qui  - quelle qu’ait été sa taille physique – était un nain. Un nain intellectuel, terrorisé de voir qu’il ne parviendrait pas à étouffer le message et qui cherchait désespérément à disqualifier le messager.

Un nain physique peut être une personne géniale, fantastique, et sympathique.  Mais méfiez-vous toujours des nains  intellectuels, car ce sont les pires. La peur conduit ces gens-là  à toutes les erreurs et à toutes les bassesses.

La seule réponse que l’on puisse donner, vous la connaissez, c’est « tout simplement un être humain ». Mais, vous vous en doutez, elle ne suffit jamais. C’est généralement là qu’arrive la seconde question. C’est parfois l’occasion de revenir aux fondamentaux : « Un citoyen Français, jouissant de ses droits civils et politiques, en particulier de la liberté d’expression dans le cadre de nos lois. » C’est fou à quelle vitesse les gens oublient les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789 ) tout comme le fait qu’ils ont valeur constitutionnelle en France depuis 1958.

Alors l’être humain que je suis, simple citoyen Français, jouissant de ses droits civils et politiques, se demande en écoutant et en regardant les illusionnistes d’une part, et les faux guerriers d’autre part, quand on voudra bien cesser de nous prendre pour des imbéciles.

Rien que dans mon environnement immédiat il manque 10.000 logements. Une paille. Il faudrait juste doubler le parc de logements sociaux à des endroits où il n’y a pas de foncier disponible, pour arriver (et pas dans les 5 minutes, et avec quel argent ?) à construire tant de logements.

Pour ce qui concerne l’emploi, la farce est tellement grosse que même les grosses têtes du Carnaval de Nice ne parviendraient pas à l’avaler. Pitié.

Soutenir les victimes de la guerre et du terrorisme ? Oui, bien sûr. Je suis entièrement d’accord.

En particulier les Chrétiens d’Orient qui sont véritablement et physiquement martyrisés en ce moment.

Mais pas en les utilisant comme clef pour faire entrer tous ceux qui veulent piller notre système social, notre culture, et en un mot notre civilisation. Avant - s’ils y parviennent car nous sommes tout de même encore vivants - de tenter de nous imposer la leur après avoir mis notre société en pièces.

Vous me direz ce que vous en pensez ?

Je sais être ému devant un mort. J’ai enterré un camarade cette semaine même. Mais je sais aussi défendre mes droits et ceux des miens quand quelqu’un voudrait les piétiner.

Nous sommes encore assez nombreux à avoir, en toute modestie, un peu de lucidité et un peu plus de mémoire qu’un poisson rouge dans un bocal.

Restons humains, restons sereins, et restons fermes sur nos positions.

L’automne arrive ; il n’y a pas que les feuilles mortes qui vont suivre.

Didier CODANI

www.codani.info

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