Coupes du monde de Football, de CLEMENCEAU à De GAULLE

Hors donc, il m’est reproché par un quidam sympathique (pourquoi Diable ne le serait-il pas ?) d’avoir modifié une plaque de voirie du 8e arrondissement de Paris afin de transformer l’avenue des Champs-Elysées en avenue DESCHAMPS-Elysées(*). C'est l'occasion de dire un mot de ce succès français dans la coupe du monde de football 2018.

Je prie mes bons amis sur Facebook, Twitter et Linkedin de m’en excuser, mais cet article est rédigé rapidement à partir d’un terminal BlackBerry. Mon confort d’écriture est donc relatif, le temps de griller une cigarette.

Je sais, c’est mal (de griller une cigarette), mais je ne fume pas ; c’est juste une unité de mesure pour les temps de pause autorisés dans le monde du travail actuel, au XXIe siècle.

Hors donc, il m’est reproché par un quidam sympathique (pourquoi Diable ne le serait-il pas ?) d’avoir modifié une plaque de voirie du 8e arrondissement de Paris afin de transformer l’avenue des Champs-Elysées en avenue DESCHAMPS-Elysées(*).

Avenue DESCHAMPS-Elysées... © X Avenue DESCHAMPS-Elysées... © X

J’aurai ainsi, d’après mon aimable contradicteur, porté atteinte à la mémoire de Georges CLEMENCEAU (1841-1929) Président du Conseil et « Père de la victoire » de 1918.

J’ignorais que Georges CLEMENCEAU ait eu un quelconque lien avec le football, bien que ce sport ait existé de son temps ; mais par respect pour ce politicien illustre,  je prie les parents, alliés et amis de Georges CLEMENCEAU d’accepter toutes mes plus plates excuses si j’ai en quoi que ce soit par ma proposition purement humoristique pu porter atteinte à la mémoire ou à la considération que la République Française doit à ce grand homme d’état.

Il me semble qu’en intrigant minablement pour lui refuser la présidence de la République dans l’entre-deux guerres, à la fin de sa vie politique puis de sa vie tout court, les parlementaires français de l’époque ont plus fait pour porter atteinte à sa mémoire et à sa considération par leur totale ingratitude… que moi par une photo de Didier DESCHAMPS sur une plaque de voirie parisienne…

Ceci étant,  si ma proposition fantaisiste de changement de nom pour la plus belle avenue du monde pose problème aux biographes et admirateurs de Georges CLEMENCEAU, je proposerai que l’on change la dénomination de la place qui jouxte l’Ambassade du Qatar à Paris, pour passer de « Place de l’Etoile » à « Place Deux Etoiles ».

Place de l'étoile à Paris © X Place de l'étoile à Paris © X

De la sorte, CLEMENCEAU n’en sera plus impacté et ce ne devraient pas être les admirateurs du général De GAULLE qui viendront me critiquer.

Pourquoi m’obstiner à célébrer ainsi ce succès (somme toute limité à quelques séances de sport collectif) d’un sélectionneur et de son équipe avec cette seconde victoire historique en coupe du monde de football 2018?

C’est que de nos jours, rien ne compte plus pour la masse du peuple français que le foot et le fric.

Le fric, ils en ont de moins en moins en poche, alors que le foot ils en ont plein les yeux et les oreilles.

Les bourses vides allant de pair avec les écrans plats, c’est tout un pays qui spontanément oublie sa misère financière, sociale - et parfois intellectuelle - le temps de la coupe du monde.

La recette n’est pas nouvelle, les Romains aussi distribuaient des minimas sociaux à leurs citoyens en complément de jeux du cirque de renommée mondiale.

Bien entendu, de nos jours, on prend bien plus de précautions pour éviter ce rapport à l’argent entre les jeux et le peuple que ne le faisaient les Romains…

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient dire ou croire de façon malveillante, FFF signifie Fédération Française de Football, et pas Fortune Formidable des Footballeurs, ou Fédération Française du F..c.

Point de gros mots dans mes gros billets ; d’où les indispensables pointillés destinés à nous éviter de franchir la ligne jaune.

Pourtant que n’avons-nous entendu tout récemment sur la composition de l’équipe de France ?

Certains se braquent, récusent même le titre de « France », au motif d’un bronzage trop prononcé.

Là encore, ils font erreur, elles font erreur. Grave erreur. Limite raciste.

Il ne faut pas tout confondre.

Un rapide regard sur la composition de cette équipe fait apparaître qu’une majorité de joueurs ont des origines ethniques dans le reste du monde, sachant que les races n’existent plus en France.

Si vous poussiez votre recherche plus loin, vous trouveriez sans peine que les origines de ces joueurs se trouvent dans nos anciennes colonies d’Afrique, devenues Union Française sous la IVe République et Communauté Française sous la Ve République, en tous cas jusqu’en 1961-1962.

Communauté Française jusqu'à son étiolement © X Communauté Française jusqu'à son étiolement © X

Depuis, ces entités politiques multinationales sont juridiquement caduques.

Mais ce que le droit et la politique n’avaient su imposer de gré au monde, l’argent et le football ont pu le faire de force.

Nous avons patiemment récupéré les plus brillants joueurs de football de nos anciennes colonies, par des salaires officiels dignes des meilleurs chefs d’état (Africains) d’abord, puis et surtout par l’octroi de la nationalité française ensuite.

C’est là la preuve, s’il en était besoin, de l’impact positif  - et de la qualité - de l’art de vivre à la française.

Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’ils refusent dédaigneusement les propositions mercantiles d’un pays colonisateur (la France) dont toute une classe politique (française, président en tête…) réclame parfois la repentance pour avoir construit du temps des colonies tant de stades de foot, de routes, de dispensaires et d’écoles en Afrique, qui auraient aliéné l’originalité originelle de l’habitat local et de la vie politique tribale… Ils ont tous accepté valises de billets, billets d’avion, et villas avec piscine, pour notre plus grand bonheur footballistique.

A ce jour, c’est bien cette grande communauté francophone qui nous donne cette belle équipe de France qui vient de remporter la coupe du monde de football, dans un « dernier carré » de pays Européens.

Encore que, les Anglais, on se demande un peu s’ils font toujours partie de l’Europe…

Mais comment ces malheureux Belges ou Croates, qui n’utilisent pratiquement que des joueurs de leur cru, ayant appris ce sport dans les terrains vagues et les stades de leur propre pays, pouvaient-ils avoir l’illusion de croire rivaliser avec nous ?

Nous qui avons su métisser, mélanger, former, payer, recevoir, nationaliser, des joueurs de toutes nos ex-colonies et même parfois d’anciens départements comme l’Algérie Française ?

Des fous, des inconscients… ils n’avaient aucune chance face à nous, ces malheureux.

Alors en vérité je vous le dis, avenue DESCHAMPS-Elysées ou place Deux Etoiles, peu importe.

Les Champs avec 2 étoiles © X Les Champs avec 2 étoiles © X

L’important c’est qu’on ait gagné, et qu’on vende un maximum de nouveaux maillots à deux étoiles, et pas à deux balles. Sans compter tous ces braves gens qui vont partir en vacances paisiblement, le cœur en fête, le soleil dans les yeux ; et qu’on va pouvoir matraquer fiscalement et tranquillement, en embuscade, le soleil dans le dos.

Pour le matraquage tout court, hélas, dès le soir même de cette victoire historique, c’est au canon à eau qu’il a fallu dégager « les Champs » de la racaille venue piller, pensant stupidement que la richesse allait se partager de la main à la main par « réappropriation sociale » ; quelle que soit l’issue du match, d’ailleurs.

Canons à eau de la PP sur les Champs-Elysées le 15 juillet 2018 © X Canons à eau de la PP sur les Champs-Elysées le 15 juillet 2018 © X

Non, là on ne plaisante plus, il est hors de question de perdre de l’argent dans cette affaire.

La victoire des « bleus » sera une immense fête populaire, oui, mais une fête (très) rentable.

Rentable économiquement, rentable politiquement. Pas de place pour les casseurs ou pour ceux qui auraient cru (les niais) que l’on sortait les drapeaux tricolores pour nos blessés.

Pour les victimes du terrorisme, parce que le terrorisme ça fait peur et ça fait tenir le bourgeois tranquille, à la rigueur. Plus que pour ceux qui sont montés au rempart de notre citadelle et qui y ont perdu un œil, un bras ou une jambe. Les voir ou les revoir, cela pourrait traumatiser des civils innocents pas assez avertis.

Donc hier soir c’était la fête, la vraie, la grosse, l’unanime, la « spontanée »… avec canons à eau.

Cet après-midi, légion d’Honneur pour toute l’équipe. Comme avec Jacques CHIRAC en 1998.

Jacques CHIRAC et les Bleus à l'Elysée le 1er septembre 1998 © X Jacques CHIRAC et les Bleus à l'Elysée le 1er septembre 1998 © X

Ce soir ce sera encore la fête, avec peut-être ici ou là, concerto pour ton-fa et casseurs, par le grand orchestre de la Préfecture de Police de Paris.

Et ensuite fin du tour de France, vacances, ou en tous cas silence dans les rangs, pour tout le monde. Avec piscine au fort de Brégançon. Pour quelques-uns.

Dans tout cela, CLEMENCEAU, De GAULLE, il n’y a plus guère que vous - qui avez suivi et compris mon vrai propos jusque-là - et moi, qui l’ai modestement écrit à la va-vite, pour nous incliner devant leur vraie grandeur et les respecter sincèrement.

Et pourtant, de ces deux-là… aucun ne jouait au foot !

Didier CODANI

16 juillet 2018

 

(*) Image fournie gracieusement sur Facebook par un ami, général (2S) de l’armée française, dont je tairai le nom.

Preuve qu’avoir des étoiles n’interdit pas une pointe d’humour de temps en temps.

 

P.S. : Encore bravo à Monsieur Didier DESCHAMPS et aux joueurs qu’il a sélectionnés.

On rigole, on rigole, mais lui et eux, ils ont vraiment transpiré pour gagner ce titre de champions.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.