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Billet de blog 17 mai 2018

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Jean LASSALLE de la France profonde à Paris

Il est une de ces vieilles règles non écrites que tout le monde judiciaire connaît: À l'audience, quelle que soit votre cause, évitez d'attaquer trop directement le témoin de la partie adverse. C'est la sagesse même.

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Sauf exception, attaquer le témoin, et surtout l'attaquer en personne, c'est mal vu.
D'abord par le témoin, ensuite par l'avocat de la partie adverse, et enfin et surtout par tout le Tribunal.
Il vaut mieux avoir des arguments, et de préférence des preuves, que dénigrer un témoin.

Qu'en est-il quant on n'est pas à la barre du Tribunal, mais à la tribune d'un journal sur Internet?

Qu'en est-il quand ce n'est pas un témoin, mais un(e) journaliste dudit journal qui se trouve en face?

Peu ou prou, les mêmes règles s'appliquent.

Je ne vais donc pas attaquer la journaliste. Je ne vais même pas la nommer. Vous la retrouverez facilement.

Je vais même vous dire que j'ai lu et apprécié - parfois, pas toujours - certains de ses autres billets.

Mais ce billet-là, sur le député Jean LASSALLE, qu'elle traîne sinon dans la boue du moins ans l'opprobre, je n'ai pas aimé.

Je n'ai pas aimé le billet.

La journaliste, la personne physique, je lui garde le respect qui est dû à une dame.

"Le respect qui est dû à une dame", encore un de ces principes périmés du XXe siècle alors qu'on est au XXIe.

Vous savez, comme faire envoyer des fleurs à l'infirmière qui s'est dévouée pour vous soigner, à la sortie de l'hôpital.

Comme laisser passer une femme devant vous quand on est deux à la porte, lui ouvrir la porte, retirer la casquette pour la saluer, et parfois quand elle a l'allure qui le mérite savoir dire "mes hommages, Madame", au lieu de "salut" ou "b'jour".

Vous noterez que je ne pousse pas le principe jusqu'à payer systématiquement la totalité de l'addition au restaurant. La crise économique (pour les pauvres et les classes dites « moyennes ») est passée par là. Il faut s'adapter pour survivre.

Donc avec tout le respect que je dois à cette dame, je veux vous dire à quel point je n'ai pas aimé son article.

Peut-être est-ce aussi parce que j'aime bien le personnage principal.

Celui qu'elle dénigre si bien dans son article:

Jean LASSALLE.

Jean LASSALLE... en caricature

J'ai dit personnage. J'aurai pu dire figure, ou personnalité. Je n'ai pas dit politicien, car finalement il ne l'est trop guère, bien que ce soit maintenant son activité principale.

Jean LASSALLE face à l'Assemblée Nationale © Jean LASSALLE

Je l'ai découvert, issu - en politique - du MODEM et lançant « Résistons ! »,  après la campagne des 500 signatures pour la présidentielle, où je soutenais un tout autre candidat.

Je le connaissais avant, bien sûr. Par la rumeur publique, le bruit de fond des médias.

Il était classé pour moi dans ces gens bien, qui ont des convictions et qui ne les ont pas reniées en se faisant élire ou nommer.

Rien de plus, à vrai dire, et c'est déjà bien payé pour un député de notre République. Ce n'est pas si courant.

Pour ceux qui ont des doutes, regardez la composition actuelle de notre gouvernement. Souvenez-vous d'où ils viennent.

Et puis Jean LASSALLE s'est rendu en Corse, et il est parti dans l'intérieur.

Il a parlé comme à son habitude, et cela s'est plutôt bien passé, pour un candidat du continent, qui en outre n'était pas celui des nationalistes sur place non plus.

Parti de rien, son score a été assez impressionnant, même s'il est resté modeste.

Loin des appareils des partis politiques du continent, loin de la politique Corse, il arrive à faire un score. Intéressant.

Mais il y a cette fichue façon de parler qui le caractérise et qui agace nos intellectuels de salon (parisiens ou non) et nos politologues (presque exclusivement parisiens).

Il y a cette présence physique impressionnante, ce timbre de voix particulier, cet accent.

Comment faire pour gommer tout cela afin de gagner des voix?

C'est simple, il n'a rien gommé.

Donc maintenant, c'est lui que les précités veulent dégommer.

Ils et elles auront du mal.

Voyez-vous, Jean LASSALLE c'est un peu le cousin ou le tonton de province qui monte en visite voir la famille à Paris.

Aïe, aïe, aïe.

Il va falloir au moins l'inviter à déjeuner au restaurant (pas celui où on est connu d'habitude, mais un bon quand même) et au moins une fois l'inviter à dîner à la maison alors que l'on reçoit la belle-famille parisienne qui est si chic.

Comment faire?

Le pire, c'est que ça va bien se passer.

On va découvrir - stupeur - que non seulement il sait faire un nœud de cravate, mais qu'en plus il sait les choisir.

Au restaurant, il va même épater le sommelier, parce que dans son Sud-Ouest en sachant quels sont les vins on peut boire peu et bon, aussi.

Le plus dur ce sera le dîner en belle-famille, au début. Juste au début.

Après... le son de la voix, on s'y habitue. Avoir le bras long ça ne sert pas qu'en politique, c'est aussi pratique à table pour passer le sel aux voisins. Et puis savoir parler d'autre chose que du ciel gris ou des embouteillages, ça aide bien.

Au fromage, quand il commence à raconter sa fameuse histoire sur "le berger et la chèvre égarée" tout le monde fait silence.

Au dessert, on se surprendrait à entonner un air de Nadau comme "la hèstaretour des fêtes de Dax" surtout s'il entreprend de l'expliquer avant, à la manière de Jan.

Finalement, après le repas, belle-maman si distinguée prendra elle aussi un vieil Armagnac à la place de sa tisane habituelle.

Évidemment, si vous mangez tout bio « Vegan » sans gluten, avec de l'eau filtrée en boisson... Ce n'est pas aussi facile.

Surtout si vous voulez faire carrière, avec pour les hommes le look du premier de la classe, le gendre idéal H2O, incolore, inodore et sans saveur, en veston et petite cravate; et avec talons plats, tailleur et collier de perles pour les dames. Il va vous déranger le Jean LASSALLE, dans vos certitudes.

Le personnage n'est pas sans défauts.

Qui n'a pas de défauts?

Dieu?

On peut ne pas aimer son humour.

On peut ne pas apprécier - surtout chez les dames - cette gauloiserie qui part si facilement vers le grivois.

Encore que bien souvent cette pruderie BCBG n'existe qu'en public.

Les plus lourdes perversions - en dehors des excellents romans de Bernard MINIER (Glacé, Le Cercle, etc… ) - c'est plus souvent à Paris qu'au cœur des Pyrénées qu'on en découvre, et avec plus de "gens très comme il faut" que de bergers à la manœuvre.

Mais tous ces défauts que l'on monte en épingle pour essayer de démolir Jean LASSALLE, ne sont pas son plus grand défaut.

Son plus grand défaut, c'est d'exister, d'être vivant, d'être entré dans notre galerie de portraits nationale.

Son nom est connu, son image est connue, sa faconde est connue depuis « Se Canto » à l’Assemblée.

Jean LASSALLE sur la route © Jean LASSALLE - Résistons

Avec sa grande taille, il fait de l'ombre. Avec sa grosse voix, il arrive à se faire entendre.

Et cela, "sacrebleu" ou "saperlipopette", comme disent les nains de jardin, c'est inadmissible.

Alors, je n'en doute pas trop, "on" a mis des spécialistes sur l'affaire.

Des vendeurs de casseroles en inox.

Il n'y a rien de pénalement répréhensible à lui imputer?

Pas grave. Avec le temps on en trouvera.

En attendant, on lâche sur lui la police de la pensée.

"La vérité a la vie dure, mais un mensonge bien raconté est immortel" disait Mark TWAIN.

Faute de faits, fautes de preuves, faute de Procureur compatissant pour lancer une préliminaire, "on" lance des rumeurs.

À quand #balancetonjean ? Bientôt, sans doute, le temps de faire monter la mayonnaise.

Attention tout de même; vous qui ne consommez plus que de la mayonnaise en tube.

La vraie mayonnaise, celle du pays, c'est tout un art. Bien souvent elle rate, quant on n’a pas la main et la dose.

Je ne suis pas trop inquiet pour Jean LASSALLE.

Il a combattu les ours dans sa montagne, ce n'est pas l'ours d'un journal des villes qui lui fera peur.

Je suis plus inquiet pour la crédibilité de notre presse, pour l'honneur de nos journalistes.

Oui, il y a des journalistes qui ont - encore - un honneur.

J'en connais, dans la presse locale, une à Nice-Matin, un dans Corse-Matin... Voire au niveau national une à Médiapart, une autre à l'Express, un autre ici une autre là.

L'espèce est en voie de disparition, mais fort résistante, elle subsiste, elle s'accroche.

Ce sont elles, ce sont eux, les journalistes que j'aime et que j'apprécie.

Ceux qui travaillent dur en sachant qui paie l'encre de leur stylo, mais qui ne laissent personne dicter ce qu'ils écrivent.

Je sais, nous savons tous, à quel point la tentation est forte de suivre la ligne réelle ou supposée du chef, qu'il soit rédacteur en chef ou patron de presse. C'est le choix de l'avancement, des invitations, des primes et des sourires sous cape.

Il existe un autre choix que de suivre les communicants et autres "attachés".

C'est celui de garder son âme, de vérifier ce que l'on écrit, de recouper par plusieurs sources, de refuser ce qui est douteux, trop facile, trop évident, si "populaire" pour ne pas dire racoleur.

Celui ou celle dans nos médias - qui n'ont plus d'indépendant que le nom - qui fait ce second choix doit être plus intelligent, plus prudent, plus avisé que les autres.

Souvent il devra accepter d'être, suivant le mot de COURTELINE, "pris pour un sot par des imbéciles".

C'est le prix de la liberté de la presse, de nos jours.

Alors quand je lis une dame qui sait écrire dans un article qui ressemble fort à une compilation d'éléments de langage, voire à la contribution (volontaire ou involontaire? Je ne saurai le dire) à une campagne de dénigrement...

Je n'hésite pas à écrire que je n'aime pas cet article.

Et ensuite, c'est un peu long, je vous le concède, j'essaie de trouver le temps.

Le temps de dire à une dame qu'il me semble, que pour une journaliste de sa qualité, elle écrit là bien en dessous de sa propre valeur.

C'est un peu long, je vous le concède.

Mais le temps est un luxe. La vie est courte.

C’est pourquoi il faut savoir embrasser lentement.

Et critiquer les dames avec plus de luxe encore.

Didier CODANI

17 mai 2018

P.S. : Je ne suis pas membre du parti fondé par Monsieur Jean LASSALLE, que je n’ai jamais rencontré en personne.

Je n’ai pas de lien ou d’opposition personnelle avec la journaliste dont j’ai lu attentivement le billet de blog sur Médiapart récemment. Billet dont – vous l’avez compris – je ne partage pas les termes.

Je donne simplement mon point de vue dans le respect de la charte du journal en ligne Médiapart. J’ai le droit de me tromper, vous avez celui de me contredire. Si quelqu’un s’estimait offensé par ce qu’il précède, qu’il n’hésite pas à me le faire savoir.

Si ce ne sont pas – comme trop souvent – des injures ou des calomnies sans nom, je répondrai.

Enfin, si ce long billet vous a stressé(e), je vous invite à vous détendre en écoutant ce chant :

De cap tà l'immortèla

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