Du footballeur à la miss, comment créer des racistes en se posant en censeur

Du jour au lendemain, on prétend sans rire déclarer comme « racistes » un footballeur de l’équipe de France et une miss « France » récemment élue. Je ne veux pas contribuer à salir leur nom par des images ou la citation de leurs noms. Tout le monde les connait à ce jour, c’est bien inutile. Quelle ignobles actions ont commis ces deux personnalités ?

Week-end chargé, en apparence et que j’ai suivi par réseaux sociaux interposés.

Du jour au lendemain, on prétend sans rire déclarer comme « racistes » un footballeur de l’équipe de France et une miss « France » récemment élue. Je ne veux pas contribuer à salir leur nom par des images ou la citation de leurs noms. Tout le monde les connait à ce jour, c’est bien inutile.

Quelle ignobles actions ont commis ces deux personnalités ?

Vous allez rire. Un s’est un jour déguisé en basketteur noir, façon « Harlem globe trotters » et a publié sa photo grimé et perruqué, l’autre a évoqué une coiffure « de lionne » en parlant d’une de celles qui l’ont précédée au titre. Propos d’ambiance à l’évidence, sachant que les vraies lionnes… n’ont pas de crinière.

Mais aussitôt une piétaille de censeurs à l’affut s’empare de ces faits que je n’hésite pas à qualifier de mineurs, voire totalement dénués d’intérêt, pour en faire le symbole d’un racisme « rampant ».

Les intéressés sont sommés de s’excuser. S’excuser d’un déguisement, s’excuser d’un mot dans une conversation courante, pour satisfaire à la vindicte des censeurs. Il et elle, étaient sans cela destinés à se faire crucifier comme « racistes ».

Condamnés, déshonorés, sans même pouvoir s’expliquer.

Il est vrai que ce qui naît aux abords du 25 décembre finit parfois crucifié. Il y a eu un précédent connu, il y a déjà plus de 2000 ans.

 

Je trouve cela ignoble. Je trouve ces censeurs stupides.

S’attacher à un mot, à une étiquette, pour juger une personne sans l’entendre, est stupide.

J’en ai eu la preuve, dans ma vie professionnelle, avec un fonctionnaire sous mes ordres, il y a plus de dix ans.

A l’époque je dirigeais des services dans lesquels il y avait une très forte proportion, pour ne pas dire une majorité, de personnes d’origine Nord-Africaine.

Dans ces personnes il y en avait un que ses camarades (parfois d’ailleurs venus du même pays que lui) désignaient comme « Algérien ». Étonnant alors qu’ils venaient du même continent et du même pays que lui à l’origine, mais c’était ainsi. Apparemment – et effectivement – il avait un profil, une allure, qui étaient très marqués, très typés. A l’évidence, même avec beaucoup d’imagination on le voyait mal se surnommer « Scandinave » ou « Asiatique ».

Je n’en avais rien à faire. Je n’ai jamais tiré de conclusions concernant un fonctionnaire sur autre chose que le travail et la discipline. Et il se trouve que cet « Algérien » travaillait fort bien. Il s’investissait dans ce qui lui était confié et il allait au bout même dans l’adversité.

Pour tout dire, il travaillait si bien qu’il a fallu que je le convoque afin de lui dire que son travail et sa droiture étaient remarqués et qu’étant son chef j’allais faire de mon mieux pour qu’il soit récompensé.

Récompenser un fonctionnaire… déjà à l’époque c’était une aventure ; quant à la récompense c’était de l’ordre du symbole.  Cela tombait bien, vu que le symbolique c’était ce dont je disposais à l’époque pour récompenser. Mais enfin, j’avais décidé que même si c’était de ma poche, je trouverai une récompense.

 

Je le convoque donc cordialement dans mon bureau, je le félicite pour son endurance et son esprit d’équipe ; je lui expose qu’il se distingue et mérite récompense. Ce à quoi apparemment il ne s’attendait pas vraiment.

En réponse à mes propos il me répond de façon assez énigmatique que « C’est à l’armée que j’ai appris. J’ai le papier, je vous montrerai ; mais juste à vous ».

Surprenant, mais je me dis qu’après tout, s’il avait une attestation de l’armée Algérienne, il n’avait pas forcément envie d’en parler à tout le monde.  Inconsciemment donc, je le voyais « Algérien ».

Et il s’en va.

Le lendemain en fin de journée, cet « Algérien » vient frapper à la porte du bureau. Je le fais entrer, et là il me sort son « papier ».

Son « papier », qu’il m’a montré comme on montre une relique, était bordé de tricolore.

Attestation entrainement commando © CEC 4 Attestation entrainement commando © CEC 4

C’était un papier bien français.

C’était une attestation certifiant la qualification de cet homme au titre de commando Français.

Mohammed, fils d’immigré Algérien, était né Français, avait fait son service militaire en France, et en gardait un très bon souvenir.

Sa fierté, pour lui, simple appelé du contingent, c’était d’avoir fait honneur à sa compagnie quand ils avaient eu la possibilité de passer cette qualification commando. Il y avait appris l’effort, l’esprit d’équipe, comment commander des hommes  dans un milieu hostile. Il y était Français au milieu des Français, fier de son équipe, de son groupe, de sa section, et des félicitations qu’il avait reçues il y a tant d’années de son capitaine.

Tant d’années ensuite, où « rendu à la vie civile » il en avait entendu des imbéciles le qualifier « d’Algérien » à cause de son visage. Des imbéciles parfois originaires du même pays que son père...

Alors, à force d’entendre des imbéciles coller une étiquette sur son dos... pas méchamment mais parce qu’un détail, une fois, suffit en France à se faire coller une étiquette à vie, il avait gardé pour lui cette fierté ; son attestation dans un vieux cahier, son insigne d’argent au fond d’un tiroir.

C’est cette fierté que j’avais – sans le savoir – réveillée : L’honneur d’être reconnu pour ce qu’il était en vrai.

Insigne de qualification commando CEC n°4 © CEC 4 Insigne de qualification commando CEC n°4 © CEC 4

S’attacher à un mot, à une étiquette, pour juger une personne sans l’entendre, est stupide.

Didier CODANI

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