Attentat de Nice : Une minute de silence. Pas que. Plus que...

Comme plus de 40.000 personnes, 42.000 d'après la Ville de Nice, j'étais présent pour la minute de silence qui a eu lieu devant le monument célébrant le centenaire du rattachement de Nice à la France. Moment amer, ce 18 juillet 2016, dès le début du rassemblement. Moment fort...

Comme plus de 40.000 personnes, 42.000 d'après la Ville de Nice, j'étais présent pour la minute de silence qui a eu lieu devant le monument célébrant le centenaire du rattachement de Nice à la France.

Vue aérienne de la Promenade des Anglais avec 42.000 personnes présentes © Photo Ville de Nice Vue aérienne de la Promenade des Anglais avec 42.000 personnes présentes © Photo Ville de Nice

Moment amer, ce 18 juillet 2016, dès le début du rassemblement. Moment fort.
Avec les Gendarmes, les Policiers, les Pompiers, les Secouristes et quelques Militaires présents, en attendant le début de la cérémonie les commentaires étaient simples, clairs et nets.

Je ne les répèterai pas.
Ce qu'on vous dit parce que l'on vous fait confiance, n'a pas à figurer sur un blog.
J'écrirai juste que la colère était prévisible, tout comme l'on sentait déjà que ceux que l'on nomme "les corps constitués", ceux qui sont en tenue, avaient la faveur - pour ne pas dire l'amour - du public.

Ce n'est pas eux que le public a sifflés, hués; pas à eux que l'on a crié "démission" ou même "assassins". Et je met un S à "assassins".
Car ce n'est pas que Monsieur Manuel VALLS, qui a fait les frais de cette colère populaire.
Pas que.

Une colère rentrée, silencieuse, froide, le temps de la minute de silence.
Le respect pour les victimes et leurs familles, il était là.

Monument du centenaire du rattachement de Nice à la France vu de près © Photo Ville de Nice Monument du centenaire du rattachement de Nice à la France vu de près © Photo Ville de Nice

Et puis... il y a eu la fin de cette première phase de commémoration, ce déplacement du monument du centenaire vers le kiosque à musique du Jardin Albert 1er.
C'est là que les huées ont repris, avec force; c'est là que les barrières ont commencé à bouger.
Je ne crois pas que ces cris de colère étaient destinés à un seul homme, fut-il Premier Ministre.
Pas que.

Il faut juste espérer que les hommes et femmes qui en avaient leur part -méritée ou non - l'ont compris; parce que pour entendre là il n'y a aucun doute, quand des milliers de personnes crient leur colère cela s'entend très bien. Il faut aussi savoir écouter. Un ou deux au moins l'ont fait.

Et puis... "Cedant arma togae" , à la suite des élus et des "hautes personnalités", sont venus des militaires, des secouristes, des gendarmes, des policiers, des sapeurs-pompiers...
Un instant de silence.
Une vague de chaleur qui est arrivée ensuite d'un coup, en forme de "hourra".
Une acclamation immense de milliers de voix qui a frappé au cœur tous ceux qui se dévouent dans l'ombre pour leurs concitoyens, avec une pluie d'applaudissements sous ce soleil d'été.

Oui, les secouristes, les pompiers, ont reçu en un instant la récompense de leurs nuits d'efforts, et ils n'ont pas été les seuls. Il y a eu plus que des pompiers ou des secouristes qui là, d'un coup, ont été plus distingués par la Nation, le peuple assemblé, que s'ils étaient dans une cour d'honneur.
Plus que.

Un contraste éblouissant entre la première partie du cortège qui s'est faite huer, et "la queue de la comète" qui se fait applaudir.
Il y a eu d'autres cris, que l'on aurait qualifiés de séditieux il y a plus de cinquante ans, plus que de colère je crois, qu'il a fallu apaiser, du mieux possible.
Plus que.

Passant devant cette foule en cet instant, avec cette ferveur qui venait de remplacer le mépris, je me rappelle cette petite phrase finale de Jean LARTEGUY dans "Les Centurions":
"Que Rome prenne garde à la colère des légions".

Il serait bon pour la France que cette Rome mythique qu'évoquait LARTEGUY en 1962 soit de nos jours quelque part dans un camp d'Afrique ou au Moyen-Orient, et pas dans un palais Parisien.

Le peuple Français est endurant, tolérant, chaleureux, mais ses qualités ont des limites.
Face au fanatisme, mais aussi à l'arrogance et aux demi-mesures, l'histoire nous enseigne, dès le XVIIIe siècle, qu'aucune garde prétorienne n'a jamais su longtemps résister à son courroux.

C'était une minute de silence.
Bien bruyante, ma foi.
Mais riche d'enseignements pour qui a des yeux et des oreilles.

Didier CODANI

 

P.S.: L'article original a été publié là le 18 juillet 2016 : http://petitecitation.blogspot.com/2016/07/attentat-de-nice-une-minute-de-silence.html

 

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