Sò quì

Pour l'ensemble des français qui ne suivent plus rien de la vie courante des Corses une fois passés les mois de juillet et août ce « hashtag » ne veut trop rien dire. Ou plutôt il signifie en corse "Je suis ici" ou "Je suis là" ou encore "Présent" lors d'un appel. C'est ce dernier sens qui fait débat actuellement en Corse...

#SòQuì

Pour l'ensemble des français qui ne suivent plus rien de la vie courante des Corses une fois passés les mois de juillet et août ce « hashtag » ne veut trop rien dire. Ou plutôt il signifie en corse "Je suis ici" ou "Je suis là" ou encore "Présent" lors d'un appel.

C'est ce dernier sens qui fait débat actuellement en Corse, une enseignante de Français ayant fait l'appel de sa classe et ayant eu cette réponse de la part d'un élève.

Collège du Fiumorbu © Education Nationale Collège du Fiumorbu © Education Nationale

A mon humble avis, la langue n'était là qu'un prétexte pour contester l'autorité de l'enseignante, mais bon.

L'enseignante exige l'usage de la langue française pour répondre. L'élève refuse. Le père de l'élève soutient son fils...

Et il n'est plus question de l'insolence d'un gamin en salle de classe mais d'une atteinte aux droits fondamentaux des Corses à parler corse chez eux. On crée un #SòQuì pour animer Twitter, le président de l'Assemblée de Corse s'en mêle pour apaiser le débat (oui, pour apaiser le débat) mais le rectorat dépose plainte, ce qui est vécu comme une provocation, et un parti politique, Corsica Libera, demande le… « Renvoi de l'enseignante dans son pays ».

Là, toujours à mon humble avis, on devrait vite buter sur un problème non plus de langue, mais de géographie, vu que l'enseignante de français est... de Ghisoni. En Corse.

Donc si on la renvoie dans son pays... elle reste en Corse tout de même. Gag.

 

Je vais faire bref et peut-être vous surprendre, mais dans cette affaire, la position intelligente me semble être celle de... LREM Corse. La République En Marche (Corse) a en effet soutenu que le point important était le manque de respect à l'égard de l'enseignante, et pas le prétexte tiré de l'usage de la langue corse pour faire intervenir tous les séparatistes de la création.

Que les enfants soient respectueux de leurs enseignants d'abord, et pour la langue, on verra après.

Je partage assez ce point de vue.

 

Je crois dans le déroulé avoir oublié de préciser que l'enseignante est Corse, qu'elle vit et travaille en Corse et qu'elle habite une commune voisine. Donc les demandes de renvoi "dans son pays" on hésite entre comique et grotesque pour les qualifier.

Après, je suis heureux (pendant le week-end, mais ça a commencé avant) de savoir que le président de l'Assemblée de Corse a du temps libre pour s'occuper de régler les litiges dans les salles de classe et les cours de récréation.

C'est le signe qu'il a réussi à faire tourner cette Assemblée comme jamais, car pour celles et ceux qui ne connaissent pas la Corse, d'Ajaccio au collège du Fium’orbu, il faut trouver le temps d'y aller…

Me Jean-Guy TALAMONI Président de l'Assemblée de Corse © Corse Net Infos Me Jean-Guy TALAMONI Président de l'Assemblée de Corse © Corse Net Infos

Qualifier le dépôt de plainte du rectorat comme il l'a fait me pose question. Jean-Guy TALAMONI est avocat de profession. Déposer plainte est un droit de tout citoyen, de toute personne physique ou morale. Contester qu'une personne physique ou morale demande l'application de la loi me parait curieux.

Je conviens que c'est rarement le meilleur moyen de faire redescendre les pressions, mais pour autant c'est un droit.

 

Qu'espérer de cette affaire?

Pour un certain nombre de nationalistes, c'est un moyen d'occuper le terrain en fin de saison touristique, et de se présenter en chevaliers blancs de la défense de la langue et de la culture corse en Corse.

J'écris clairement ici que c'est une fumisterie, mais comme ils sont partis pour enfumer l'espace médiatique corse pour un moment, autant bien marquer le point de départ du feu.

 

Qui viendra éteindre l'incendie qui démarre?

Les pompiers-pyromanes ne manquent pas chez les séparatistes.

Je tablerai plutôt sur les parents d'élèves, qui eux ont bien compris ce qui s'est passé et ont tout de suite ramené l'incident à sa juste proportion: l'insolence d'un élève qui se sent soutenu par des adultes contre une enseignante.

 

Que deviendra cet enfant quand il cherchera un emploi, si avec sa façon de répondre à l'appel il arrive à avoir un diplôme? On y pense ?

Avec ou sans diplôme, un gamin qui se dit qu'en la ramenant on devient une vedette, vous croyez que ça va lui donner tant que ça le goût du travail et de l'effort?

Moi, personnellement, je lui souhaite, à lui, de savoir comprendre à quel point ce qui se passe autour de sa personne est artificiel.

Je souhaite à cet enfant mineur, d'avoir une famille qui l'aime et qui lui fasse comprendre que nous vivons dans un monde où pour réussir… s'opposer aux enseignants est la mauvaise voie.

Être critique, avoir de l'ouverture d'esprit, explorer au-delà du seul enseignement... oui, bravo.

Faire le beau en jouant sur les arrières pensées politiciennes des adultes qui ne cherchent qu'à se mettre en valeur, c'est un très, très mauvais plan.

 

Entendons-nous bien, je suis pour notre langue et notre culture, notre histoire aussi, qui est peu voir mal enseignée, et où "nos" nationalistes font souvent la part trop belle à PAOLI comme si nul n'avait existé avant.

L'histoire de la Corse n'est pas celle du continent, ni celle de Gènes ni celle de la France, avant l'achat.

Ce n'est qu'après l'achat que la Corse entre dans l'histoire de France. Et là aussi trop souvent on n'enseigne plus rien de ce qui se passe en Corse, tout est absorbé dans l'histoire de France après la révolution.

Quant au royaume Anglo-Corse il faut le chercher pour le trouver autrement qu'en bas de page.

 

Je m'égare, me direz-vous...

Pas du tout.

Je vous dis juste que cette capacité à chercher, à trouver par moi-même, à apprendre et à connaître, je l'ai apprise.

Je l'ai apprise à l'école, au collège, au lycée, et même à l'université. Je l'ai apprise en répondant "présent" à l'appel de mon nom sans provoquer ou mépriser ceux qui avaient la charge et le noble métier de m'enseigner.

J'ai appris en suivant leurs directives, leurs méthodes, leur procédures, sans chercher à leur opposer mes rêves, mes fantasmes ou mes provocations.

Jamais le travail scolaire, dans le respect de mes maîtres, n'a altéré mes rêves.

J'ai suivi ma voie, j'ai forgé mes méthodes de travail avec les outils qu'ils m'avaient donné. J'ai creusé mon sillon, trouvé mon emploi, et tracé mon chemin dans la vie.

Et maintenant oui, Sò quì.

Je suis là, je suis présent, je suis ici. Je suis moi.

Ce n'est pas en faisant le malin alors que je n'avais pas encore gagné le premier centime ou payé la première facture de ma vie que j'y suis arrivé.

Quant à ma première paie, pour mémoire, c’est à ma mère que je l’ai ramenée.

 

Ce n'est pas un service que rendent de soi-disant hommes politiques à ce gamin en lui donnant l'impression qu'il a raison alors qu'ils savent parfaitement que la première règle pour avancer c'est bien de savoir se taire et écouter, pour ne parler, à son tour, que quand on a quelque chose de vrai à dire et pas pour faire du bruit avec la bouche.

Ce n'est que mon opinion, un samedi soir sur la terre.

Vous avez le droit d'en avoir une autre, j'ai celui de vous écouter et de vous respecter.

Je ne vous en demande pas plus pour moi-même.

E Cusì sìa.

 

Didier CODANI

Samedi 22 septembre 2018

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