Pray for Paris... Justice ou dissidence ?

Justice ou dissidence? Comment on passe du libre arbitre à l'unanimité forcée. Un curé a écrit - en son âme et conscience, ce sont ses propos - que le groupe américain qui se produisait au Bataclan invoquait le Diable et la mort dans ses chansons. Son propos ne plait pas. Sa révocation est demandée. Sa défense est niée. La France de Voltaire est-elle morte?

Pour info et pour bien comprendre qu'on est passé a une unanimité forcée.
Comme en janvier pour "repérer" ceux qui n'étaient pas "Charlie":
http://www.codani.info/Charlie.html

Un curé catholique a écrit - en son âme et conscience, ce sont ses propos - que le groupe américain qui se produisait au Bataclan invoquant ouvertement le Diable et la mort dans ses chansons il n'y avait rien d'étonnant à ce que ce soit ce groupe qui ait été ciblé. Et il fait un parallèle intéressant - quoique très discutable - entre les assassins et les victimes.
Encore une fois c'est son opinion. Ce n'est pas celle de l'Eglise Catholique dans son ensemble.
Je joins le fichier PDF de sa déclaration. Le vrai document.

C'est publié sur ce site: 

Plus précisément ici: http://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/tribune/les-aigles-deplumes-de-la-mort-aiment-le-diable

Là-dessus, un tourbillon médiatique se déchaine contre lui et sa destitution est demandé à son évêque.
Une pétition est mise en ligne pour exiger sa destitution.
Action suivie - au moins en partie - par la hiérarchie ecclésiastique. Qui, elle, a au moins entendu le prélat avant de réagir.

Des catholiques qui ont lu le texte en entier, et pas juste les trois lignes publiées dans la presse, tentent de lancer eux aussi une pétition.
Cette pétition est mise en ligne, elle reçoit une vingtaine de signature, et presque instantanément elle est fermée sans explications.
C'est visible là: http://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/petition-pour-labbe-benoit.
Au point que le curé en question n'a d'autre moyen de se défendre que quelques mots :
http://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/tribune/communique-de-labbe-herve-benoit

L'affaire en est là.
Il y a - c'est l'impression que j'en ai personnellement - deux poids, et deux mesures.
Si l'on permet à des gens d'exiger une sanction disciplinaire, on doit aussi exiger que l'accusé ait les mêmes moyens pour se défendre.
C'est ce qu'exigent le principe du contradictoire, le principe d'équité, et le parallélisme des formes, en droit français actuel.

La "Police de la pensée" ne fonctionne pas ainsi.
Elle instruit exclusivement à charge. Sans défense à opposer.
La liberté d'opinion théoriquement garantie dans la constitution de la Ve République (articles 10 et 11 du préambule) est bafouée.
http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789
Ce prêtre n'a apparemment pas droit à "un procès équitable, dans un délai raisonnable, devant un tribunal impartial" comme le prévoient nos codes de procédure.
Ne parlons même pas de la déclaration universelle des droits de l'homme ou de la convention européenne (article 10) des droits de l'homme...
Alors même qu'il n'a commis aucun délit pénal, il est pratiquement privé du droit de se défendre.

Chacun est libre d'apprécier l'article que ce prêtre a rédigé, et que d'ailleurs il assume. L'Eglise l'a fait, en première analyse.
Ce que je n'apprécie pas, pour ma part, c'est cette manipulation de l'opinion et ce dévoiement des principes élémentaires de notre justice.

Si vous utilisez le logo "Pray for Paris" (fabriqué et vendu par les marchands du temple), vous aurez le droit de vous exprimer.

Logo Pray for Paris Logo Pray for Paris

Si vous avez une autre vision des choses que celle qui est vendue au grand public, vous n'aurez même pas le droit de vous en défendre.
Ce n'est pas là ma conception de la justice en République dans une démocratie. Notre République, notre démocratie.

Notons qu'il n'y a là nulle influence reconnue ou avouée de l'état d'urgence.
L'état d'urgence c'est autre chose: http://petitecitation.blogspot.fr/2015/11/etat-durgence-en-france.html
Ou alors on le dit et on l'écrit; on ne ferme pas une pétition sans raison ni motif.

Qui osera écrire?:
"En application de l'article 11 alinéa 2 autorisant le contrôle de la presse et des publications de toute nature, la pétition est fermée".

Pour mémoire:
   Article 11
        Modifié par Ordonnance 60-372 1960-04-15 art. 1 JORF 17 avril 1960
    Le décret déclarant ou la loi prorogeant l'état d'urgence peuvent, par une disposition expresse :
    1° Conférer aux autorités administratives visées à l'article 8 le pouvoir d'ordonner des perquisitions à domicile de jour et de nuit ;
    Habiliter les mêmes autorités à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections ciné-matographiques et des représentations théâtrales.
    Les dispositions du paragraphe 1° du présent article ne sont applicables que dans les zones fixées par le décret prévu à l'article 2 ci-dessus.

Manque de courage politique ? Peut-être, mais pas seulement.
Il y a là des intérêts commerciaux.
"Pray for Paris" et demandez la révocation du curé...

Pray for Paris © chictopia.com Pray for Paris © chictopia.com

Vu sur Chictopia "Destination for the world's tastemakers and style seekers." No comments...

"Pray for Paris" n'est pas là une prière, mais un slogan commercial. Bientôt une marque déposée...

Révoquer un prêtre, et bloquer la pétition en ligne qui le soutient c'est quoi ?
Je pose la question. Même si pour l'heure, la révocation se limite à une retraite, après avoir eu les arguments du prètre.

Bien peu semblent lui donner le droit de se défendre.

Voltaire l'aurait fait... et il n'était pas si clérical.

Il n'est parti en retraite que volontairement, mais il se faisait publier à Amsterdam.

Lui aussi a été interdit, il paraît que c'était "l'Ancien Régime".

A relire, et à méditer.

Didier CODANI

Pièce jointe: Article de l'Abbé Hervé BENOIT / PDF les-aigles-deplumes-de-la-mort-aiment-le-diable (pdf, 16.0 kB)

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