Le Liban politique : De la science politique à l’art de l’inachevé.

On ne peut pas dire "Je sais" sans avoir pris le temps de savoir. Je n'ai pas la prétention de dire "Je sais", mais j'ai pris le temps d'interroger, de lire, d'écrire. Ceci est mon simple point de vue, sur un point de situation du Liban en juin 2021. This text exists in English, just ask me and I can bring it to you, but only in a personal message. Regards,

Dessin du drapeau du Liban Tiré du site "Fédération du Liban"​ https://fedleb.org © Iyad BOUSTANY Dessin du drapeau du Liban Tiré du site "Fédération du Liban"​ https://fedleb.org © Iyad BOUSTANY

Il serait long et pénible de faire un cours de science politique sur le Liban.

Le texte de base est la Constitution du 23 mai 1926, révisée le 23 octobre 1989 (accords de Taëf) puis en 2004.

La plupart des commentateurs internationaux insistent sur le fait qu’elle organise une répartition des pouvoirs largement basée sur les confessions des Libanais.

Ils oublient généralement de préciser que dans les dispositions finales et transitoires de son dernier Titre VI, figure l’article 95 disposant que : « La Chambre des députés élue sur une base égalitaire entre les musulmans et les chrétiens doit prendre les dispositions adéquates en vue d'assurer la suppression du confessionnalisme politique, suivant un plan par étapes. »

Ainsi, tout en maintenant que « les communautés seront représentées équitablement dans la formation du Gouvernement », la Constitution Libanaise a bien prévu – à terme- que la représentation confessionnelle « sera remplacée par la spécialisation et la compétence ».

L’article 22, qui prévoit l’évolution vers un bi-caméralisme avec la création – à venir – d’un Sénat confessionnel et d’une Chambre des députés « déconfessionnalisée » va exactement dans le même sens :

« Avec l'élection de la première Chambre des députés sur une base nationale et non confessionnelle, un Sénat sera créé où seront représentées toutes les familles spirituelles; ses attributions seront limitées aux questions nationales d'intérêt majeur ».

C’est bien là, clairement et rapidement, que tout achoppe.

En particulier la répartition des portefeuilles ministériels actuellement.

De fait le « Premier ministre désigné » ne parvient pas à constituer un gouvernement car à la logique du 50/50 entre Chrétiens et Musulmans, les Chiites qui ont une minorité de blocage significative voudraient maintenant (juin 2021) substituer une répartition en trois tiers qui leur garantirait une plus grande emprise gouvernementale.

Ce point est souvent omis dans les communications destinées au grand public et particulièrement pour la communauté internationale.

La révision de la Constitution par un vote de la Chambre des députés est prévue au Titre III de la Constitution.

Concernant la majorité requise « La Chambre des députés saisie d'un projet de loi constitutionnelle ne peut valablement délibérer et procéder au vote à son sujet que lorsqu'une majorité des deux tiers des membres qui la composent légalement se trouve réunie et le vote doit intervenir à la même majorité » (article 76).

A cet instant il devient important de bien apprécier la composition de la Chambre, afin de comprendre pourquoi il est difficile de parvenir actuellement à un vote décisif chaque fois que l’on envisage une loi constitutionnelle.

Globalement, pour essayer de rester dans la simplicité et la concision en quelques lignes, il y a une vingtaine d’entités clairement représentées à la Chambre des députés, et une dizaine de listes indépendantes y sont également représentées, pour 128 sièges au total.

Une demi-douzaine de partis et regroupements de partis détiennent l’essentiel des sièges :

102 sièges sur 128.

Le Courant Patriotique Libre et ses alliés détient 29 sièges ;

Le Courant du Futur et ses alliés détient 20 sièges ;

Le Mouvement Amal (Chiite) et ses alliés détient 16 sièges ;

Les Forces Libanaises et ses alliés détiennent 15 sièges ;

Le Hezbollah (Chiite) détient 13 sièges ; et le Parti Socialiste Progressiste (Druze) détient 9 sièges.

Le reste soit 26 sièges est disséminé sur 14 formations politiques différentes.

Les six principaux partis politiques du Liban en juin 2021 © Didier CODANI Les six principaux partis politiques du Liban en juin 2021 © Didier CODANI

Il est à noter dans la composition récente de la Chambre des députés, que trois députés des Phalanges Libanaises (Samy GEMAYEL, Nadim GEMAYEL, Elias HANKACHE) ont démissionné après les explosions du port de Beyrouth le 4 août 2020 en dénonçant l'incurie gouvernementale.

Députés démissionnaires des Phalanges Libanaises (Kataëb) © Didier CODANI Députés démissionnaires des Phalanges Libanaises (Kataëb) © Didier CODANI

En pratique et à ce jour, il y aurait 8 sièges « vacants » dans la Chambre des députés du Liban.

Il convient de relever également les tractations et « l’accord » entre le Courant Patriotique Libre de l’actuel Président de la République Libanaise le général Michel AOUN (dont Gebran BASSIL est le gendre), le Mouvement Amal de Nabih BERRY (actuel Président de la Chambre des députés), et le Hezbollah de Hassan NASRALLAH afin d’avoir, avec au moins 58 parlementaires coalisés, une possibilité de blocage à la Chambre des députés. En réalité cette « alliance » est même plus large.

Mais de ce fait, les députés Chiites ayant intérêt à garder une position d’arbitres, bloquent la situation.

Enfin, pour la République Française, le gouvernement actuel de la République du Liban est toujours  - diplomatiquement parlant - celui de février 2020 dirigé par Monsieur Hassan DIAB (Indépendant).

Même si cette position doit évoluer c’est celle exprimée « officiellement » par la France à ce jour:

Composition du gouvernement - Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (diplomatie.gouv.fr)

Qu’en dire, brièvement ?

Un panorama politique, on le sait, n’est jamais qu’une photo à un moment donné de la vie politique.

Quand on est Français, vivant en France et sans lien direct avec le Liban, on peut se sentir plus libre de parler que d’autres, surtout vu la rareté ou la brièveté des commentaires authentifiés sur Internet.

Bien au contraire, je crois qu’en pareil cas, l’attitude du commentateur doit être empreinte d’humilité, de réserve et de prudence, car on ne parle pas de soi, on ne parle pas de chez soi.

Il faut donc débuter cet exercice sans oublier de spécifier son origine et sa distance (2.500 kilomètres en direction de l’Occident) avec les gens dont on commente la vie, éventuellement la mort, et le plus souvent les souffrances.

C’est facile de commenter calmement, quand le réfrigérateur et le congélateur sont pleins, sans risque de coupure de courant, sans générateur électrique en panne de carburant, dans un continent – l’Europe – et un pays – La France - où il ne faut pas 18.000 Euros pour acheter un unique dollar US.

N’oublions pas non plus que le Liban est un pays merveilleux, pour lequel la France a plus que des liens historiques, elle a de la sympathie.

Et cette sympathie est (au moins dans la rue, au moins dans le peuple Libanais) plutôt réciproque.

Au point de lancer une pétition il y a un an pour demander le retour du protectorat français. La vitesse d’accumulation des signatures, qui a prestement dépassé les 50.000 prévues au départ, a conduit à stopper la pétition dès que les 60.000 ont été atteintes avec force cris d’effroi et protestations juridiques. Mais trop tard. Le geste était fait. 

Le symbole est là, connu du monde entier, même s’il ne débouchait concrètement sur rien de plus qu’un vrai cri d’alarme.

La classe (ou la caste) politicienne Libanaise a eu très chaud, en 2020. Elle est toujours sur le grill.

Pas seulement par le souffle des explosions du port de Beyrouth et par le retentissement de l’une des plus graves crises économique qui soit au monde. Par le souffle de son peuple, qui gronde.

Cette vie politique libanaise, elle nous semble familière en France, mais souvent elle nous déroute.

Elle nous est familière, car les lois civiles du Liban sont souvent celles du Code Napoléon, qui s’est somme toute bien adapté au Liban depuis un siècle.

Elle nous est familière, car sa vie parlementaire nous rappelle celle de la IIIe République ; celle de la France « avant-guerre » (de 1939-1945) que les saccades parlementaristes de la IVe République ne secouaient pas.

Celle dont HERRIOT disait « La politique, c’est comme l’andouillette, ça doit sentir un peu la M…, mais pas trop ».

Et puis, on y parle Français.

Comparaison n’est toutefois pas raison. C’est bien ce qui déroute les Français.

Le Liban est un état indépendant, dont la langue officielle est l’Arabe, même si le Français y garde une place particulière ; et son système électoral, monocaméral, confessionnel, lui est bien propre.

Il serait d’ailleurs stupide d’envisager son évolution en y plaquant une copie de la constitution française de 1958.

C’est tentant, mais stupide.

Seule une solution Libanaise peut convenir au Liban.

Tout comme il serait absurde de commencer à parler du Liban en lui proposant une autre Constitution.

C’est un peu comme si l’on voulait débuter la construction d’une maison par le toit, avant même de penser à des fondations solides.

Dans le meilleur des cas, vous avez un vague hangar agricole, un toit posé sur quatre piliers, qui pourrait s’envoler au moindre coup de vent, et obliger à tout reconstruire une fois encore.

On l’a vu d’entrée, la Constitution libanaise actuelle contient déjà les éléments de son évolution (article 22, article 95…), pour peu que la volonté politique de les utiliser existe.

Des réponses existent déjà.

Le risque qui est souvent pris inconsciemment par nos grands médias est donc d’oublier ou de minorer la spécificité Libanaise quand on présente aux français (et au reste du monde) la vie politique du Liban.

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples », disait le général de GAULLE. Mais ce qui est simple est souvent faux, la porte est étroite, en Orient.

« On » oublie le scrutin de liste, on oublie la répartition ancienne par confessions. Ou pire, « on » déclare ce système « ancien » (ce qu’il est) et « archaïque » (ce qu’il n’est pas tant que ça) pour inciter les libanais à copier le système français (qui ne vaut pas mieux) ; sans chercher à vraiment le comprendre.

Le système libanais actuel correspond à une vraie logique, et mérite - en l’état - d’être respecté comme une part de l’histoire du Liban à laquelle la France a contribué. Il est le reflet d’un autre regard sur la vie spirituelle des citoyens. Regard qui ne peut rester figé, regard qui doit évoluer dans le respect des nombreuses minorités qui composent le Liban.

Regard sans doute moins naïf que le regard « français » sur la « laïcité ».

Quand un parti dont le nom traduit en français le dit littéralement « Parti de Dieu » se déclare « mouvement civil » alors qu’il entretient plus d’une brigade mécanisée sous forme de milice armée, les Libanais rigolent. Ils rient jaune (couleur du même parti, d’ailleurs) mais ils ne sont pas dupes. 

La prétendue « laïcité » de tels gens n’est là que pour leur permettre de prendre plus d’emprise sur le pays. Comparativement, en France, c’est la laïcité qui est devenue une forme de religion. Mais qui curieusement, au nom de la « tolérance » et du refus des amalgames, laisse elle aussi bien avancer une religion.

Nous n’avons en France pas vraiment de leçon à donner aux libanais qui se voient peu à peu sous occupation d’un « mouvement civil » prenant de plus en plus d’ampleur, et derrière lui une religion, et derrière cette religion un pays voisin et pas forcément ami.

Car la vie politique libanaise se déchire entre corruption et trafics d’influence mais aussi parce que ses principaux acteurs sont des pions tactiques sur un échiquier stratégique.

La lecture récente de l’éditorial de la rédactrice en chef de « L’Orient – Le Jour » aux abonnés ne dit pas grand-chose de différent.

Emilie SUEUR l’écrit juste bien :

« Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une question : Quand le vent, celui du ras-le-bol, celui qui poussera les incompétents et les irresponsables vers la sortie, celui qui poussera aux commandes des Libanais ayant à cœur leur pays, le vent du changement en somme, se lèvera-t-il »?

Ce ne sont là que les dernières lignes de ce bel éditorial du dernier journal écrit en français au Moyen-Orient. Tout un symbole, là aussi.

Jeudi 24 juin au soir, a eu lieu une prise de position attendue ; orchestrée ; si je puis me permettre de prendre position sur la mise en scène. Un modèle du genre en remise en place diplomatique politicienne.

L’excellent Hassan NASRALLAH, chef du Hezbollah au Liban, vient une fois de plus et une fois de mieux de remettre à sa place avec une délicatesse fabuleuse son « allié » Chrétien Gebran BASSIL, qui le pressait de prendre position pour faire trébucher le Premier Ministre désigné, Saad HARIRI.

Ce faisant, avec une intelligence et une finesse remarquable, Hassan NASRALLAH… Bloque tout !

Il bloque tout, avec son coreligionnaire Chiite, Nabih BERRY, président de la Chambre des députés.

Au Liban qui vit depuis presque un an avec un gouvernement démis expédiant les affaires courantes et un premier ministre désigné dont on attend de savoir s’il aura une majorité pour prendre ses fonctions.

Au Liban où certains jouent la montre inexplicablement (ou presque), alors que les gens meurent de faim, et que de nouvelles cartes de rationnement font leur apparition.

Il y aura celles qui permettront d’avoir du carburant, et il y a déjà, depuis des mois, la carte qui permet aux pauvres « sélectionnés » ou membres du « Parti de Dieu » d’avoir accès à un réseau de type « épicerie sociale » de la taille de supermarchés leur délivrant des produits essentiellement… Syriens ! Pour ne pas dire … Iraniens.

Vous l’avez compris, dans ces boutiques on ne fait pas que du beurre, on y fait aussi de l’électorat.

C’est qu’en réalité, si de nouvelles élections ne sont pas faites, pour diverses raisons et la peur de l’électeur en premier ; c’est que la majorité est difficile à dégager à la Chambre des députés.

Sièges et grands partis à la Chambre des députés du Liban © Didier CODANI Sièges et grands partis à la Chambre des députés du Liban © Didier CODANI

Ce graphique vous donne les principaux partis avec leurs alliés inclus. Il ne détaille pas les « petits » partis et les 10 indépendants, pas plus que les 8 sièges actuellement vacants, dont 3 du parti Kataëb.

Ce « camembert » faisant littéralement hurler les amis Libanais qui l’ont vu, voici le complet, qui détaille les 10 indépendants, les « petits » partis, et qui retire les « alliés » des « grands » partis ; ce qui change un tout petit peu l’allure du graphique (mais pas de beaucoup).

Sièges à la Chambre des députés du Liban en juin 2021 © Didier CODANI Sièges à la Chambre des députés du Liban en juin 2021 © Didier CODANI

La majorité ordinaire c’est 128 : 2 + 1 = 65 députés

La majorité pour une réforme constitutionnelle c’est 128 : 4 X 3 +1 = 97 députés.

Vous devriez assez vite comprendre comment se joue la guerre parlementaire actuellement en cours. Enfin, « si vous arrivez à comprendre, c’est que je vous l’ai mal expliqué », dit la formule rituelle.

Le gouvernement « sortant » était dirigé par un élu « indépendant » Monsieur Hassan DIAB et il expédie les affaires courantes depuis bientôt un an.

L’ennui c’est que les affaires courantes courent de plus en plus vite et deviennent pressantes. Vu que la communauté internationale refuse d’aider plus que juste les armées libanaises, s’il n’y a pas de vraies réformes de fond (réformes constitutionnelles).

Le Président de la République est le Général Michel AOUN, dont le parti (Chrétien) est le Courant Patriotique Libre, dirigé actuellement par son gendre Gebran BASSIL (24 sièges sur 128).    

Le premier ministre « désigné » c’est Saad HARIRI, « Courant du futur » Sunnite et libéral, dit aussi « Courant de l’Avenir » (20 sièges sans ses alliés).

Les Chiites ont deux partis importants : Le Mouvement Amal, 16 députés, de Nabih BERRY, actuel Président de la Chambre des députés, et le Hezbollah (« Parti de Dieu ») 13 députés, de Hassan NASRALLAH.

Avec leurs 29 sièges, sans parler des isolés qui se sentent Chiites le temps d’un vote ou d’un portefeuille ministériel, le Mouvement Amal et le Hezbollah représentent une large part des Musulmans Chiites.

Pas assez pour une majorité, mais bien assez pour une coalition de blocage.

Les deux autres partis importants, sont les Forces Libanaises de Samir GEAGEA (Chrétien), 14 députés ; et le Parti Socialiste Progressiste (Druze) de Walid JOUMBLATT (9 députés).

Si les Druzes sont officiellement des Musulmans, ils sont toujours à considérer comme « à part », donc c’est en premier lieu entre autres grands partis que les alliances vont se décider.

N’oublions pas que 8 sièges sont vacants, dont en particulier, les 3 députés des Phalanges Libanaises (Kataëb) qui ont démissionné pour montrer leur opposition au gouvernement actuel.

Actuellement, le problème vient de ce que le premier ministre désigné avec le soutien de la Chambre des députés, (Saad HARIRI, « Courant du futur ») aurait bien l’appui du Mouvement Amal, mais qu’il a aussi besoin des Forces Libanaises de Samir GEAGEA et du Hezbollah de Hassan NASRALLAH. Or le parti du président de la République (CPL) aimerait lui reprendre la main, grâce à son alliance déjà conclue avec le Hezbollah, et si possible, en jouant sur la défense des intérêts Chrétiens, avec l’aide des Forces Libanaises de Samir GEAGEA.

D’où le rôle clef – en ce jour – du Hezbollah, pour convaincre les Chiites en entier, car si le CPL avec ses alliés parvient à monter un projet étendu au Hezbollah, au Mouvement Amal et aux Forces Libanaises il a quasiment la majorité de la Chambre des Députés sans se perdre en tractations avec les « petits » partis.

En sens inverse, le parti de Saad HARIRI fait tout pour dissocier les Chiites.

Et il semble qu’il ait quelque succès avec le Mouvement Amal de Nabih BERRY.

Les Chiites seraient en fait les grands gagnants des tractations, quel que soit le camp qu’ils choisissent.

Ce genre de tractations ne peut renvoyer un français qu’aux heures sombres de la IVe République, magnifiquement illustrées dans le film d’Henri VERNEUIL « Le Président ».

1961, mais quasiment tout y est.

Et dans le film, c’est la 4e République qui est décrite, ce n’est plus la 3e…

Je ne me permettrai pas de vous dire lesquels sont, ou ne sont pas, les plus corrompus dans cette affaire de tractations parlementaires de bas étage et d’arrière-cour ; mais nous savons tous que la population libanaise en a ras-le-bol et qu’elle souffre fort de la crise.

Malheureusement, les politiciens libanais ne veulent pas dissoudre la Chambre des députés car ils craignent la réaction des électeurs.

Or même si l’un ou l’autre des deux leaders parvient à l’emporter, que ce soit HARIRI ou BASSIL, il n’aura pas pour autant a priori de quoi faire passer une réforme constitutionnelle.

En supposant qu’il y ait réellement une volonté de réformer jusque-là…

« On » laisse donc « pourrir » la situation pour forcer la communauté internationale à composer, afin de transférer vers les opinions publiques occidentales la charge morale des libanais crevant de faim dans un état qui se détruit.

Au bord du gouffre, voire dans le gouffre lui-même, ils jouent toujours la montre…

Ce que Son Excellence Madame l’Ambassadrice des Etats-Unis au Liban qualifie d’un mot aussi terrible que désabusé : « Business, as usual ».

Au moins elle ne se laisse pas abuser.

Le Ministre français des affaires étrangères Jean-Yves LE DRIAN non plus…

Si ça marche, les politiciens les plus retors garderont le pouvoir, expliqueront toute honte bue que c’est grâce à eux que le Liban s’en sort, et ce sera reparti jusqu’à la prochaine crise ou catastrophe majeure.

Les Chiites auront gagné une place d’arbitre, et plus largement encore ils auront une vraie mainmise dans l’appareil d’Etat. Appareil qui restera inchangé, puisque les réformes resteront en ce cas à l’état de simple et vague promesse.

Ajoutons tout de même pour mémoire, dans les Chiites, la place du Hezbollah, organisation reconnue comme terroriste par l’Union Européenne, entre autres, qui a tué des français en commettant l’attentat du « Drakkar » le 23/10/1983.

Pour mémoire. 53 parachutistes français, sans oublier en plus les 241 « Marines » américains dont la base était distincte, morts le même jour, et les 6 civils libanais.

Obsèques des 53 parachutistes tombés au Liban en 1983 dans l'attentat Drakkar © Didier CODANI Obsèques des 53 parachutistes tombés au Liban en 1983 dans l'attentat Drakkar © Didier CODANI

Au terme de ce billet « politique » qui a pu vous sembler long pour des français, mais où j’ai coupé court pour des libanais, il me reste déjà à vous remercier de l’avoir suivi.

En le préparant, avec toutes les difficultés techniques que rencontre un particulier (je n’ai accès à rien d’officiel) j’ai été admiratif durant tout ce mois de juin 2021 (4 semaines que je consulte, sur place et en France) de la lucidité et du courage des hommes et femmes avec lesquels j’ai eu à discuter.

Il n’y en a ceci dit, qu’un qui ait été d’accord pour que je le mentionne, c’est Claude EL KHAL. Les autres non, pour différentes bonnes raisons.

Dans un pays où un père doit faire des excuses publiques à un ministre parce que sa fille n’a pas été aimable avec ledit ministre… Je peux le comprendre. La liberté d’expression que nous avons en France n’est pas la même au Liban.

Je salue sur ce point toutes celles et ceux qui restent tant bien que mal les journalistes au Liban, entre autres ceux d’An–Nahar, même si leur version en anglais est surtout une boite d’archives, pour leurs magnifiques photos dont je me sers afin de vous donner une image récente ; et puis « L'Orient-Le Jour »… « OLJ » que je vous invite vraiment à aider afin qu’il reste de vrais chroniqueurs en français au Moyen-Orient, des gens capables de dire la vérité en face, de dénoncer preuves à l’appui, de démontrer, de montrer, y compris la poussière que l’on cache sous le tapis au point de se prendre les pieds dedans.

Vous avez les liens avec les sources médias après la bibliographie, en bas de page.

Ne rions pas, n’en sourions même pas quand nous savons à qui appartient maintenant la presse, les médias principaux en France… Nous n’avons pas à sourire.

Pas à pleurer non plus puisqu’il nous reste cette petite fenêtre libre avec Médiapart et les blogs qu’il abrite afin de laisser passer un peu la lumière, dans l’ombre des versions officielles.

 

Je vous ai prévenu au départ, je n’allais pas à moi tout seul vous donner des solutions magiques pour le Liban. Mais nous savons ce qu’il y aurait à faire pour avancer :

1/ Aider à rétablir et renforcer les forces armées et les forces de l’ordre au Liban.

2/ Redéfinir la FINUL pour aider à rétablir la situation humanitaire et aider à désarmer les milices.

3/ Instaurer une réelle neutralité du Liban dans la région.

4/ Mettre en place les réformes constitutionnelles fondamentales de la République Libanaise telles que prévues dans sa propre Constitution

Dessin du drapeau du Liban Tiré du site "Fédération du Liban"​ https://fedleb.org © Iyad BOUSTANY Dessin du drapeau du Liban Tiré du site "Fédération du Liban"​ https://fedleb.org © Iyad BOUSTANY

Fédéralisme, Confédéralisme comme en Suisse, pouvoir des Régions, ce n’est pas à moi Français d’entrer dans ce débat, mais il est passionnant. Celles et ceux qui y travaillent m’ont vraiment intéressé. Je les remercie eux aussi pour leur aide.

Ce débat est ouvert, et les derniers auteurs que j’ai pu lire – voir la bibliographie – en parlent assez largement.

Je sais, c’est trop court. Mais je ne voulais même pas écrire dix pages, alors que j’en compte vingt-cinq et il faudrait en écrire cent. Et encore…

Il faut surtout agir, fortement, fermement, pour faire cesser les jeux politiciens.

Même si c’est imparfait, il nous faut conclure.

La conclusion provisoire d’un tel billet, ne peut pas être celle d’un Français, pour aussi intéressé par le Liban qu’il puisse être. Elle ne peut être que celle de Libanaises et Libanais, qui elles et eux sont impliqués.

Vous connaissez la différence entre intéressé et impliqué ? C’est comme pour avoir des œufs au bacon. Il vous faut une poule et un cochon.

Dans les œufs au bacon, la poule est intéressée, le cochon est impliqué.

Alors j’ai choisi très arbitrairement, devant le silence prudent de mes ami(e)s Libanais, d’emprunter cette conclusion au dernier essai, de mai 2021, signé par Nawaf SALAM :

Le Liban, d’hier à demain :

« Par-delà les apparences confessionnelles et politiques, les vicissitudes de l’histoire et leur cortège de violences et de sang, le drame des Libanais est d’être des citoyens empêchés dans un état inachevé. »

J’aurai pu retenir aussi celle de l’ancien Président de la République Amine GEMAYEL en 1988 car hélas, depuis 1988, elle reste intemporelle :

Conclusion du livre "L'offense et le pardon" en 1988 © Amine GEMAYEL Conclusion du livre "L'offense et le pardon" en 1988 © Amine GEMAYEL

Et parce que le Liban ne saurait être réduit à une formule, j’y ajoute trois avis tirés de « L’Orient littéraire » de ce mois de juin 2021.

Arbitrairement encore, parce c’est moi qui suis obligé de décider et de vous les proposer, mais très cordialement.

N.B. : Dossier complet paru dans L'Orient Littéraire du 3 juin 2021.

Lire l'intégralité de ce dossier paru sur le site de L'Orient-Le Jour sur ce lien :      Au chevet du « Liban malade » - L'Orient-Le Jour (lorientlejour.com)

Voir également les articles complets de Lara Karam BOUSTANY / Antoine COURBAN / Mona FAYAD que je cite.

Extraits parus dans "L'Orient Littéraire" © L'Orient Littéraire / L'Orient-Le Jour Extraits parus dans "L'Orient Littéraire" © L'Orient Littéraire / L'Orient-Le Jour

Bises aux dames, salut aux messieurs,

Mes amitiés au Liban. A celles et ceux qui souffrent.

 

Didier CODANI

 

27/28/29/30 juin 2021

« The Art of Boo ». Publié dans L'Orient-Le Jour page 12 le 26 juin 2021 © BOO - "The Art of Boo" « The Art of Boo ». Publié dans L'Orient-Le Jour page 12 le 26 juin 2021 © BOO - "The Art of Boo"

Crédit : « The Art of Boo ». Publié dans L'Orient-Le Jour page 12 le 26 juin 2021 https://www.lorientlejour.com/

Bibliographie :

Amine GEMAYEL, L’offense et le pardon, Gallimard, Lieu commun, Baabda – Liban, 28 février 1988

Gérard de NERVAL, Voyage en Orient, Tome second, Charpentier éditeur, Paris, 1862

Fouad ABOU NADER, Liban : Les défis de la liberté, Editions de l’Observatoire, Paris, juin 2021

Nawaf SALAM, Le Liban d’hier à demain, Simbad / Actes Sud, Paris, Juin 2021

Bibliographie © Didier CODANI Bibliographie © Didier CODANI

Médias :

An-Nahar (Presse quotidienne en arabe, papier et en ligne)

https://www.annahar.com/arabic/home

L’orient – Le Jour (Presse quotidienne en français, papier et en ligne)

https://www.lorientlejour.com/

The Daily Star Lebanon (Presse quotidienne en anglais, uniquement en ligne)

http://www.dailystar.com.lb/

Le Courrier du Maghreb et de l’Orient (Mensuel en anglais, arabe et français, uniquement en ligne)

https://lecourrierdumaghrebetdelorient.info/

Les Cahiers de l’Orient (Trimestriel en français, papier et en ligne, fondé par Antoine SFEIR)

En particulier le numéro 120 : Liban 1975-2015 40 ans d’échecs et d’espoirs

https://lescahiersdelorient.org/

P.S.: Merci en particulier au service clients de "L'Orient-Le Jour", quotidien auquel je suis abonné et que je soutiens, qui m'a permis l'utilisation gratuite de certaines images et articles.

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