Calme plat

Il est de tradition que le mois d’août soit calme.

De fait, le gouvernement y prenant ses vacances et nombre d’industries également, presse incluse,  le consommateur d’informations est un peu rationné, au moins jusqu’au 15 août.

Après, le festival recommence. Chacun en France voulant être « celui qui a marqué » l’été, le nombre de ronds dans l’eau va croissant jusqu’à la rentrée, la dernière semaine d’août étant particulièrement celle des soi-disant « universités d’été » qui n’ont d’université que le nom.

Avec la rentrée scolaire qui est quasiment pour demain on va mettre les bouchées doubles. En spots publicitaires comme en petites phrases destinées à de grands effets.

Mais dans le fond, qu’est-ce qui a bougé en août ?

Localement, ou départementalement, dans les cités c’est effectivement calme. Les « incivilités » ordinaires, mais rien de plus par rapport à un mois de juillet qui avait vraiment commencé à chauffer – et pas qu’au niveau du thermomètre – dans les Alpes Maritimes.

Il faut bien dire que juillet a vu au niveau Européen un vrai flot de migrants tenter de passer en force : 170.000.

Il parait que « ce n’est rien » d’après une partie de la presse et des associations. Essayez donc de les recevoir à la maison, vous verrez si vous y arrivez.

L’Europe prend conscience (il était quand même temps) du problème posé ; et actuellement c’est un peu le réveil du bon sens près de chez vous. La Hongrie en est presque à mobiliser son armée de terre et le barbelé revient à la mode sur ses frontières Sud. Plus près de Nice, à Menton, on commence enfin à travailler plus ouvertement pour faire face à l’afflux.

On constate aussi les complicités (il faut bien utiliser ce mot puisque « passeur » de migrants est réprimé en France) qui sont soit intéressées et qui finissent – réellement - au Tribunal ; soit bêtement désintéressées par le fait d’individus ou d’organisations. Des gens qui par choix idéologique vont délibérément à l’encontre de la réglementation en facilitant l’entrée de « sans papiers ».

L’excuse humanitaire est bien entendu en première page. Le plaisir de contrer l’action de la Police reste prudemment exprimé plus loin, mais pas toujours.

Le sentiment d’impunité est tel que l’on s’en vante.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, aux dernières nouvelles la France en général et les Alpes-Maritimes en particulier n’ont pas assez de logements pour les habitants déjà sur le territoire à ce jour. Il en est de même pour trouver du travail, surtout pour les jeunes et les seniors (+ de 50 ans).

Je ne suis pas certain que l’arrivée de ces braves gens venus trouver par migration  un logement (presque) gratuit et un travail (« au noir » pour bon nombre) en France va améliorer le score en termes de logements disponibles à la location ou en emplois possibles.

Autour d’une tasse de café avec quelques praticiens nous convenions plutôt que septembre serait difficile dans le parc public pour sécuriser les quelques logements louables en état d’être attribués. Quant au travail, ils n’ont pas accès aux emplois publics, mais le privé devrait prendre une vraie gifle.

On se loge dans le public (notre parc HLM) parce qu’il est le plus étendu et souvent le moins sécurisé, même si j’ai entendu parler d’un squat récupéré par la Gendarmerie à … Saint Jean Cap Ferrat.

Nos élus n’étant pas abrutis par le soleil, ont très bien compris les risques. Leurs électeurs risquent fort de souffrir, en septembre et plus encore après la mi-octobre, pour pouvoir se loger. Dans bien des familles se posera aussi la question de l’emploi ; celui du père ou du grand-père, mais aussi celui du fils et du petit-fils. A un mois ou deux d’une élection régionale, ça risque de faire désordre…

Ajoutons le paramètre régional des votes dits « extrémistes » et nous comprenons mieux la rigueur des premiers discours et des premières émissions de radio où nos politiques « traditionnels » s’expriment. Leur discours, habituellement ferme car déjà face à ce problème des migrations touchant à l’emploi et au logement devient plus radical.

Un crime dans un train, même bien au Nord de Nice, même si le caractère terroriste reste à prouver, permet de placer la barre des mesures de sécurité toujours plus haute.

Entendons-nous, je ne suis pas de ceux qui souhaitent installer un camp de migrants dans le jardin tout en passant à mi-temps pour permettre à un réfugié presque politique de prendre l’autre moitié. « La fourmi n’est point prêteuse, c’est là son moindre défaut » me direz-vous. Pas faux.

Pensez à vos enfants, à votre travail, au leur demain – s’il en reste –,  et à votre logement.

Vous prêtez ? Si oui, envoyez-moi le détail. Je rencontre chaque jour ou presque des gens intéressés.

Sinon, bienvenue au club.

Un club qui sans extrémisme aucun, grandit chaque jour, en ouvrant les yeux. Tout simplement.

Si j’en parle tant c’est que cela m’inquiète de plus en plus. La France, patrie des droits de l’Homme, la France, pays de référence (on ne rit pas) dans une grande partie du tiers et quart monde, se ferme.

Elle se ferme comme l’avait prévu et annoncé le Général De GAULLE: Les migrations oui, les réfugiés oui, mais modérément, sinon ce n’est plus possible.

Dois-je vous citer mes références ? Auriez-vous un doute ? Cela me vient d’une compilation réalisée par l’écrivain Denis TILLINAC pour les éditions DALLOZ.

DALLOZ, un éditeur bien connu des juristes, qui est assez peu réputé pour publier des blagounettes à deux ronds, mais plutôt des manuels de référence, quand ce ne sont pas les codes des lois de la  République.

C’est paru en 2010, sous le titre « Les mots de De GAULLE ». Si vous l’achetez (pas cher, 3 Euros) allez à la page 55 :

« C’est très bien qu’il y ait des français jaunes, des français noirs, des français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne sera plus la France. Nous sommes tout de même avant tout, un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.

…/…

Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey – les – Deux – Eglises, mais Colombey – les – Deux – Mosquées ! »

Les propos du Général ne m’inquiètent nullement. C’est plutôt sa clairvoyance à terme qui m’interpelle. Cette vision qui autrefois était considérée comme atypique voire extrême, est en train de revenir en force, et de façon populaire.

Nos tribuns, reprennent ces arguments. Terrorisme d’un côté, afflux de population migrante  de l’autre, les inquiètent à – me semble-t-il – juste titre.

Pour les terroristes, l’un de nos élus départementaux les plus en vue en vient à demander des centres de rétention pour des suspects signalés. « On ne peut pas laisser les Français exposés à cette menace, il faut changer d’échelle dans la lutte » est l’argument.

Pour les migrants, « Une politique comparable à celle de l’Australie » est préconisée.

Tout récemment, ce midi, un élu local des plus en vue lui aussi, parlait de placer des bracelets électroniques de surveillance sur les suspects fichés S (5.000 connus environ).

Vivant exposé au quotidien, que l’on applique la loi républicaine ne me trouble ni ne me choque.

En revanche ces mesures que j’entends concernant de simples suspects, jamais jugés, jamais condamnés, donc sans qu’ils aient eu le droit de se défendre de ce dont on les soupçonne, méritent réflexion. Les droits de l’homme et du citoyen ce ne sont pas des mots ordinaires. Ce sont les mots qui ont su provoquer la révolution de 1789. C’est la première référence de notre Constitution.

Le respect de nos lois, et de la Constitution en premier, commande de réfléchir et de bien peser les mots et les projets de réglementation supplémentaire.

La trouille du sang et – pire encore – de la perte des voix, elle peut exister chez nos politiciens, et elle peut mener loin. Peut-être même trop loin. Attention.

Cette peur  ne me semble pas être dans le caractère des élus que je cite. Eux ont encore la tête froide.

La fermeté qu’ils demandent, ils ne la demandent pas d’hier (ou du 12 janvier 2015) ;  mais rien ne dit que tout le personnel politique et des médias  la gardera si froide jusqu’à la fin de l’année.  

La rentrée risque d’être bien animée, que ce soit par les faits ou par les idées.

Profitons des dernières 24 heures de ce « calme » mois d’août sur la Côte d’Azur, nous verrons bien après-demain.

Non ?

Didier CODANI

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